Les rêves prémonitoires d’Yvonne Beauvais

Les rêves prémonitoires d’Yvonne Beauvais

Yvonne de beauvais

L’Église catholique possède peu de matériau prouvant l’existence d’aptitudes prophétiques de ses saints. Sans doute parce que la prédiction a été éjectée des religions abrahamiques très tôt, en même temps que s’installait une monolâtrie mâle à la faveur du seul Yahvé-dieu. Lorsque la religion juive de l’Antiquité précoce était dédiée au couple divin, à Ashéra, la déesse, et à Yahvé, son compagnon, la prédiction faisait intrinsèquement partie des pratiques sacerdotales, les devins et devineresses étant attachés au culte d’Ashéra. L’inquisition chrétienne a renforcé un mépris et une haine ancienne liant les dons divinatoires à la sorcellerie et celle-ci aux expressions d’un mal démoniaque.

Cependant, par un coup de chance, les nombreux rêves prémonitoires d’Yvonne de Beauvais furent écrits des années avant leur réalisation dans des lettres lues et annotées par le directeur de conscience de celle-ci, le Père Crété, un jésuite, qui finit par les donner à ranger dans les archives d’une mère supérieure. Ces lettres furent oubliées, avant d’être réclamées, relues et comprises comme des archives de rêves réellement prémonitoires des années plus tard :

« Quel trésor ! affirme-t-il alors et en 1943. J’en garde jalousement la propriété. Je les avais confiées à Mère Assistante il y a plus de 10 ans, pour l’avenir, sans songer à leur utilité présente. En 1922-1923, on ne comprenait rien à ces prédictions, et je n’y songeais plus du tout, non plus que Mère Yvonne-Aimée (…). »

Petite biographie :

Yvonne Beauvais est née en juillet 1901 à Cossé-en-Champagne. Elle a perdu son père très tôt, et sa mère étant institutrice, elle est élevée par sa grand-mère. Enflammée par la lecture de Thérèse de Lisieux, elle décida, enfant, d’être une grande sainte. En 1922, elle commence à voir Jésus avec lequel elle entre en dialogue. Elle devient religieuse à 24 ans, pris le nom d’Yvonne aimée de Jésus, connue aussi sous le nom d’Yvonne de Malestroit (du nom où se trouvait son couvent), et dix après seulement elle devient la mère supérieure de son couvent d’augustines.

Or, avant même d’entrer au couvent, Yvonne commençait à faire preuve de certaines manifestations parapsychiques (les plus connues sont les extases, la vision de Jésus et de la Vierge Marie, xénoglossie, stigmates,  bilocation) dont il fallait à tout prix distinguer si elles étaient bien d’origine divine (et non démoniaque).

Le père Crété demanda donc à la toute jeune aspirante à la sainteté qui avait 22 ans, de lui écrire tout ce qu’elle vivait sans rien lui cacher, y compris les rêves qu’elle faisait.

Ces rêves déconcertaient la jeune Yvonne qui aimerait bien dit-elle dans ses lettres échapper à toutes ces manifestations paranormales qui l’accablaient « je voudrais être comme tout le monde » écrivait-elle ainsi en octobre 1922). Mais obéissant strictement à son directeur de conscience, elle  raconta en détail tout ce qu’elle vivait et rêvait, se plaignant aussi de ne rien comprendre aux songes qu’elle faisait.

Minolta DSCVoici par exemple quelques passages du rêve d’Yvonne qu’elle raconte dans sa lettre du 18 août 1922 :

« (…) je me voyais assister au sacre d’un évêque dans une église que je ne connais pas, et Jésus disait : “Cet évêque sera bon pour toi, et toi, tu le soutiendras par tes prières et sacrifices, surtout quand il sera dans le pays de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus.”

(..) Je me vis aussi en prison et un Ange venant me délivrer. (…) »

Cet évêque se trouva être Mgr Picaud dont le sacre eut lieu à la basilique Sainte-Anne d’Auray le 1er juillet 1925, trois ans donc après ce rêve. Or cet homme fut aussi  l’un des principaux soutiens d’Yvonne, notamment dans ses épreuves. Il devint l’évêque de Lisieux de 1931 à 1954.

Et en 1943, Yvonne s’est bien trouvée emprisonnée par la Gestapo et elle ne dût sa délivrance qu’à une intervention du Ciel bien mystérieuse, un homme qu’elle appela son ange gardien, et qui disparut ensuite, la tirant d’affaire au moment où elle allait être embarquée pour l’Allemagne.

 

 Quelques passages de la lettre du 28 octobre 1922 :


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« Cette nuit, je voyais des démons répandus sur toute la Terre. Je voyais, comme un globe lumineux, le monde tourner. (…) Je vis des hommes habillés avec un drôle de costume, je voyais surtout qu’ils avaient un grand ruban : certains bleus, certains rouges et noirs, avec de très grosses médailles, mais ces décorations étaient maniées par des démons, tournant autour de ces hommes.

Je voyais de ces hommes et ces démons dans toute la Terre, faisant le mal. Ils maniaient beaucoup de sacs d’or et je voyais des pièces d’or comme du feu. Je ne puis vous dire l’impression de tristesse profonde qui traversait mon âme pendant ce temps. Ensuite je voyais ces démons s’acharner sur l’Europe, puis des multitudes d’hommes se battre, se tuer, se déchirer, des foules immenses se sauvant devant des incendies, le feu descendant du ciel et courant sur la Terre.

Jésus quelque fois venait me rassurer et me dire : “souffre, prie, c’est en expiation. (…) Sur cette mappemonde, il y avait un gros chiffre : 17. Sur la France, j’ai vu un chiffre : 39. (…)

J’avais l’impression que ce tableau durait quatre à cinq années, puis d’un temps que je n’ai pu évaluer, après quoi, j’ai vu une France lumineuse, éclairant et pacifiant le monde. (…)

Mon père, quelle litanie d’absurdités, je vous raconte là.”

Bien sûr tout le monde aura reconnu là une incroyable prédiction de l’avenir. Le nazisme, la Seconde Guerre mondiale, l’entrée en guerre 17 ans plus tard, en 1939, la durée de cette guerre, les médailles nazies, les drapeaux rouges et noirs, la violence qui se déchaîne, l’uniforme allemand, les tueries… Puis la renaissance de la France, son rôle dans la construction de l’Europe et la réconciliation franco-allemande.

 

Lettre du 6 juillet 1923 :

Il me semblait que Jésus était près de moi. (…) Il me disait : (…) Tu seras accusée de mensonge par ceux qui auront cru en toi. Un de ceux-là, un religieux, plus orgueilleux et cruel que les autres, poussé aussi par le démon, te fera passer pour une fausse mystique, une créature du péché. (…) Accepte cette épreuve dès maintenant. Le temps de la calamité pendant lequel cette épreuve t’arrivera aidera puissamment à sauver le monde. Tiens-toi bien uni à Moi et prie pour que, fidèle à la grâce, celui qui te brisera redevienne un ami.”

En janvier 1943, un prêtre, qui l’avait beaucoup soutenu au départ, se retourne contre elle. Il l’accuse d’être une “fausse mystique” et prépare un procès pour qu’elle quitte le couvent.

Ce rêve est pour nous l’un des plus intéressant, car il montre que même pour Jésus, le futur bien que déjà dessiné, puisqu’Yvonne en a la vision, est créé aussi par l’activité présente et peut donc être changé. Ainsi, il affirme que si Yvonne prie beaucoup, dès le moment présent du rêve, c’est-à-dire dès 1922, et bien avant la trahison de ce prêtre, ce dernier pourra redevenir un ami.

 

Mère-Y.-DE-jesus2D’autres rêves suivent, certains bien connus. Ainsi, dans une lettre du 29 septembre 1923, Yvonne raconte comment elle vit “des avions jeter de gros cylindres sur les trains, sur les gares et détruire et incendier tout”. A cette époque, l’ampleur future du bombardement aérien n’était pas prévisible. Et le plus connu de tous, celui qu’Yvonne narre dans sa lettre du 25 mars 1929 : “J’ai eu cette nuit un songe curieux. Cette fois, je me demande si je ne suis pas à moitié folle : je me suis vue devant la Clinique avec beaucoup de religieuses autour de moi. Cela semblait être un jour de fête, il faisait beau. J’avais sur la poitrine, épinglées, 4 ou 5 médailles, dont la Légion d’honneur. J’étais au milieu des religieuses et semblais être leur Mère. Un grand officier vint vers moi me saluer.” Le 7 août 1949, toutes les religieuses sont rassemblées devant la Clinique, Yvonne Aimée portait déjà 5 décorations, dont la Légion d’honneur remise par le Général de Gaulle lui-même. Yvonne-Aimée, ce jour-là reçoit du Général Audibert, un des résistants rescapés grâce à l’action d’Yvonne-Aimée, la croix de guerre pour la Clinique.

 

Pour ceux qui continuent à douter des aptitudes prédictives de l’être humain, le cas Yvonne Beauvais est un cas incontestable qui devrait les faire sortir de leur doute. Pour plus de précisions, je vous invite à lire Prédictions de sœur Yvonne-Aimée de Malestroit de R. Laurentin qui est le biographe reconnu de cette grande sainte française. 



Les trois principaux arts divinatoires

 

Les Arts divinatoires sont nombreux, et une certaine confusion règne chez les consultants qui peuvent avoir du mal à s’y retrouver. Donc, un peu de précision ne peut faire de mal à personne. Je n’entre pas dans les détails, ce qui sera fait ailleurs dans ce blog, mais propose quelques définitions claires, pour trois de ces arts.

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Partons de l’un des plus anciens des Arts divinatoires : l’astrologie.

C’est l’art de prédire l’avenir à partir de la confrontation de deux objets astrologiques : le thème natal et l’état du Ciel au présent. Un astrologue confirmé va donc avoir besoin du jour, de l’heure et du lieu de naissance de façon à monter le thème natal qu’il veut étudier.

Dans ce thème, on peut voir la position des planètes dans les 12 maisons, les deux maisons les plus importantes étant signalées par l’Ascendant, début de la maison I, et le Milieu du ciel, début de la maison X. Et ces maisons se trouvent elles-mêmes dans les signes du zodiaque. Ces planètes, qui sont porteuses d’une symbolique, sont plus ou moins à l’aise dans le signe où elles se trouvent, et il en est de même pour la relation de la planète à la maison, ce qui permet déjà de faire des prédictions.

Mais surtout, les planètes sont en relation les unes avec les autres, et selon que la relation est facile (trigone ou sextile signalés en vert ou en bleu dans le thème natal) ou difficile (carré ou opposition signalés en rouge ou en noir), on peut dire que, dans tel domaine désigné par la maison, la vie sera plus ou moins facile…

Prenons un exemple: dans le thème de Mme Soleil, mis ici en illustration, Jupiter, nommé le Grand Bénéfique dans les anciens grimoires d’astrologie, est en maison II, maison de l’argent, mais dans le signe du Capricorne où il est en exil. On peut donc prédire rétrospectivement à Germaine Soleil qu’elle a dû avoir de belles embellies en ce qui concerne ses finances, mais aussi des moments difficiles…

Notons surtout la conjonction exacte du Soleil et de Neptune, en cancer et en maison VIII (la mort, l’au-delà). Neptune est en effet la planète de la voyance, elle ne pouvait être que très valorisée dans le thème d’une des voyantes les plus célèbres.

Par l’analyse du thème natal on peut donc décrire un caractère , parler de ses points forts, de ses difficultés, et faire déjà quelques prédictions.

A ces prédictions à partir du seul thème de naissance, il faut ajouter la relation présente, entre les planètes telles qu’elles existent à la naissance tel que le thème natal les fixes d’une part, et la position que ces mêmes planètes qui continuent leur cours, ont dans le Ciel à un autre moment. La relation entre les planètes de naissance et celles du présent (ou du futur) permet de fonder un autre type de prédictions.

La numérologie : c’est un art divinatoire récent.

C’est art fut inventé par L. Dow Balliett, née Sarah Joanna Dennis, et qui publia le premier livre existant sur la numérologie : Le Pouvoir des nombres. Certes, Mme Dow Balliett s’était appuyé sur des Traditions qui avaient exploré la symbolique des Nombres: l’arithmancie née du Pythagorisme et qui remonte à plus de 2000 ans avant Jésus-Christ, la gématrie kabbaliste.

La numérologie attribue un sens symbolique précis et assez logique aux Nombres, ainsi le 1 parle de commencement, d’unité, de masculinité, d’activité, le 2 de dualité, de réceptivité, de féminité… Et la numérologie lie les lettres de l’alphabet aux Nombres à partir de leur place dans le déroulé de cet alphabet, ainsi le A est lié au 1, le B au 2, le C au 3, etc.

A partir de là, la numérologie étudie le jour de naissance par, ce qu’elle appelle, une réduction : elle additionne tous les nombres contenus dans le jour de naissance, et finit sur un chiffre compris entre 1 et 9, voire entre 1 et 11.

Ainsi, Germaine Soleil qui était née le 18 juillet 1913 avait pour chiffre de naissance, appelé aussi le « Chemin de vie » : le nombre 30 ( 1+8+7+1+9+1+3) réduit à 3. Or le 3 parle de communication, de sociabilité, de créatitivté.

Puis la numérologie prend les lettres du Nom et du Prénom, et additionne tous les chiffres des consonnes, puis celui des voyelle, pour déterminer les nombres de réalisation et nombre intime, etc.

Les prédictions consistent alors dans le fait d’additionner les nombres de naissance, aux nombres du temps présent.

Ainsi, Germaine Soleil qui a pour nombres de naissance le 7 (18 +7), serait, cette année 2014, en année 5. Il suffit alors de connaître la signification du 5 pour faire une prédiction générale sur l’année. On affine ensuite, mois par mois.

La cartomancie : un art divinatoire à partir de Cartes.

L’art de tirer des prédictions à partir d’un tirage de cartes date du XV° siècle, mais a surtout pris un essor nouveau avec la découverte que fit Court de Gébelin, un franc-maçon du XVIII° siècle, de ce jeu de société qu’était alors le Tarot de Marseille.

Court de Gébelin vit immédiatement dans le Tarot, le Livre perdu d’un savoir ésotérique remontant, selon lui, à Thot, le Dieu Egyptien, appelé aussi Hermès par les Grecs, et qui aurait été à la source de l’Alchimie dont le Tarot serait l’illustration.

Le disciple franc-maçon de Court de Gébelin : Etteilla (Jean-Baptiste Alliette de véritable nom) proposa une retranscription du Tarot pour en faire le premier jeu divinatoire, appelé « Tarot Egyptien » qui n’avait déjà plus grand chose à voir avec le Tarot de Marseille qu’avait découvert Court de Gébelin, mais que l’on trouve encore de nos jours

Il existe de nos jours, de nombreux Oracles, jeux de cartes destinés à la divination (comme L’Oracle Gé, inventé par Gérard Barbier, ou L’Oracle de Belline).

Ne confondons pas la cartomancie, art divinatoire pouvant s’exercer à partir de n’importe quel jeu de cartes,  et cela y compris des cartes de jeux de société pour faire d’eux des oracles, la Taromancie qui est une cartomancie spécialisée dans la lecture du Tarot de Marseille, et la Tarologie qui est la science du Tarot, considéré cette fois, non comme un jeu divinatoire, mais comme une Tradition initiatique. Les trois principaux arts divinatoires dans ACTUALITES dans l'univers voyance denierdame-152x300

Tous les tarologues ne sont pas taromanciens, tous les taromanciens ne sont pas de vrais tarologues et tous les cartomanciens ne sont pas ni forcément taromanciens ou tarologues.

Mais, il est vrai que le Tarot est un magnifique oracle.

Ainsi, que nous apprendrait cette Dame de Denier tirée en carte unique ?

Elle désigne une  personne avec un puissant côté féminin, profondément ancrée dans la nature, aimant jardiner, soigner les plantes et les fleurs. Épicurienne, elle adore faire son marché, et la cuisine. Très fine cuisinière, elle régale sa famille de petits plats traditionnels.

C’est aussi une femme ayant une grande maîtrise des conditions matérielles de la vie. Elle gère l’économie familiale avec intelligence et conscience. C’est par exellence, une maîtresse de maison et une femme d’une grande conscience professionnelle.

Puissions-nous, tous avoir à la maison et dans son travail, la Reine des Deniers en protection !

Liliblue



La célèbre précognition du Président Lincoln

LincolnassassinatGriffithLe rêve prémonitoire que fit le seizième président des États Unis, Abraham Lincoln, au sujet de sa propre mort est bien connu.

Abraham Lincoln fut un président exceptionnel des États Unis. Il avait en effet mis fin à la Sécession qui menaçait l’unité de son pays, et à la guerre civile entre le Nord abolitionniste et le Sud esclavagiste, tout comme à l’esclavage. Le Général Lee venait de capituler, en avril 1865. Son biographe, Ward Hill Lamon, raconte qu’un soir d’avril 1865, Lincoln, fatigué et d’humeur sombre, raconta à ses invités le rêve qu’il avait fait dans la nuit précédente :

  • «  Il y a dix jours, j’étais très soucieux, j’attendais des dépêches venant du front. Je me suis couché très tard, et me suis endormi immédiatement.
  • J’ai fait alors un rêve qui me poursuit depuis lors. 
  • J’étais dans ma chambre. « J’entendais des sanglots, c’était comme si un grand nombre de gens pleuraient doucement ; mais cette foule éplorée restait invisible à mes yeux.
  • Je suis passée dans une autre pièce ; il n’y avait personne, pourtant les mêmes bruits de pleurs me suivaient à mesure que j’avançais » à travers la Maison Blanche.
  • « Chaque objet m’était familier, mais je ne pouvais voir nulle part ces gens qui se désolaient comme si leur cœur allait se  briser.
  • J’étais  intrigué et inquiet. Qu’est-ce que tout cela pouvait signifier ?
  • Je suis entré dans le Salon Est. Une surprise m’a serré le cœur. Sur un catafalque reposait un cadavre sous un suaire
  • Des soldats semblaient monter la garde et une multitude de gens contemplaient tristement le corps dont le visage était caché.
  • - Qui est mort à la Maison Blanche, ai-je demandé à un soldat ?
  • - Eh bien, Monsieur, c’est le président qui est mort, il a été assassiné.
  • Un long sanglot de douleur est alors monté de  la  foule et cela m’a immédiatement réveillé »

On sait que quelques jours plus tard, le 14 avril 1865, Abraham Lincoln fut assassiné au théâtre, où il s’était rendu pour se détendre, avec son épouse, par un activiste du Sud.

Ce rêve ne peut qu’interpeller ceux qui en ont entendu parler. S’agissait-il là d’un avertissement divin destiné à être entendu et qui aurait pu sauver Lincoln s’il  avait renforcé les mesures de sécurité qu’il avait tendance à négliger ? Ou bien d’une préparation au grand Départ qu’est la mort ?

Christiane Riedel, une excellente onirologue, répond clairement à cette question : ce rêve était destiné, selon elle, à prévenir le meurtre de Lincoln. Il s’agissait donc d’un avertissement du ciel. Malheureusement, les occidentaux avaient perdu, depuis longtemps, cette relation aux rêves qu’ils avaient pourtant dans l’Antiquité.

 

Pour approfondir l’analyse de ce rêve et découvrir le site de Christiane Riedel :

http://christiane-riedel.blogspirit.com/archive/2011/12/12/le-reve-et-la-mort-d-abraham-lincoln.html

 

Liliblue



Le dernier rêve de Socrate

Socrate, buste au musée du Vatican

Socrate, buste au musée du Vatican

Qui sait que Socrate, trois jours avant de mourir fit un rêve prémonitoire ?

C’est dans un des Dialogues de Platon que l’on apprend que Socrate confia ce rêve à Criton, son ami et disciple, après que ce dernier soit venu le visiter dans la prison où il était enfermé, en attendant que la sentence de mort prononcée par le tribunal d’Athènes soit exécutée.

Criton était entré très affligé dans cette prison d’Athènes où il surprit Socrate en train de dormir. Il  venait lui annoncer que le navire qui suspendait son exécution allait arriver sous peu dans Athènes. Les gens qui venaient de Sounion en avaient fait l’annonce. Socrate devait donc mourir ce jour même où Criton  venait, une dernière fois, lui rendre visite.

Une fois réveillé, Socrate expliqua, cependant, à Criton qu’il se trompait, qu’il n’allait pas mourir ce jour, qu’il resterait trois jours vivant et pourrait encore philosopher avec ses disciples.

Comme Criton s’étonnait de cette prédiction , Socrate s’en expliqua :

  • « Socrate : – (…) je me fonde sur un songe dont, au cours de cette nuit même, j’ai eu un peu auparavant la vision. Il y a même chance que, assez opportunément, tu ne m’aies pas réveillé !
  • Criton : – Mais qu’était donc ce songe ?
  • Socrate : – J’eus l’impression de voir venir à moi une femme, belle et pleine de grâce, portant des vêtements blancs, qui m’appela par mon nom et me dit « Socrate, trois jours après, tu peux arriver dans la Phthie fertile… »
  • Criton : – l’étrange songe, Socrate !
  • Socrate : Bien plutôt parfaitement clair, Criton, à ce qu’il me semble. »

Si Socrate savait quand il devait mourir, c’est parce qu’il venait de voir en songe, la Dame Blanche qui lui donna la date de sa mort. Celle-ci était manifestement une expression de la Déesse de la mort, peut-être la gracieuse Perséphone. Le blanc que porte la Dame, est en effet la couleur de la mort, de l’au-delà, du retour vers la Lumière divine. Cette Dame Blanche pleine de grâce annonça à Socrate que dans trois jour, il arriverait dans la patrie des héros, « la Phthie fertile », patrie d’Achille.

C’était une promesse d’une vie heureuse dans l’au-delà  que cette Dame fit à Socrate , tout en lui délivrant le message sur le temps qui lui restait à vivre.

Et ce rêve prémonitoire se révéla exact, puisque le navire qui suspendait le jugement de Socrate, arriva trois jours plus tard.

Socrate dut alors boire la cigüe, ce poison devenu célèbre en provoquant la mort d’une des personnalités les plus attachantes de l’histoire de la Grèce antique : le père de la philosophie .

 

Liliblue



Joseph, mythique oniromancien

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Dans le Pentateuque, un des Livres sacrés de la culture hébraïque reprise au sein de l’Ancien Testament dans la culture chrétienne, il y a quelques oniromanciens célèbres, mais le plus étonnant et puissant de tous, c’est Joseph, le fils de Jacob.

Joseph est surtout connu pour avoir fait l’interprétation des rêves de  Pharaon, ce qui lui valu le poste d’Intendant au Palais. Grâce à l’oniromancie, il sauva l’Égypte de la famine, mais aussi son Peuple, le peuple hébreu, tout en augmentant très radicalement le pouvoir de Pharaon sur les Égyptiens.

Tout le monde se souvient des sept vaches grasses suivies des sept vaches maigres du rêve que fit Pharaon et que Joseph interpréta comme sept  années d’opulence en matière de récoltes, suivies de sept années de maigres récoltes, ce qui permit l’organisation d’une réserve durant les sept années de riches récoltes, réserve que Pharaon utilisa ensuite pour nourrir un peuple qui, années après années, échangea d’abord son or, puis renonça à ses troupeaux pour obtenir la nourriture et, enfin, accepta le servage afin de ne pas mourir de la famine.

Cette interprétation que fit Joseph du rêve de Pharaon ne doit pas nous étonner. La vache est un animal sacré en Égypte. C’est même l’animal qui représente l’Égypte tout entière, en tant que terre nourricière et cela sous l’égide de la Déesse Hator, symbole de la fertilité et Mère céleste. Voir défiler sept vaches grasses, puis sept vaches maigres, puis voir les vaches maigres dévorer les vaches grasses était clairement l’avertissement onirique d’une grave menace sur l’Égypte. Le génie de Joseph fut de lier la temporalité de 14 années à cet avertissement.

hator-182x300 Joseph dans ONIROMANCIE

Préalablement à cette célèbre interprétation, Joseph s’était fait connaître des Pharaons car il avait interprété les songes de deux malheureux eunuques du Palais qui avaient été envoyés en prison, où Joseph se trouvait lui-même. Joseph, en effet, avait été vendu comme esclave en arrivant en Égypte, et son propriétaire qui l’appréciait, avait fait de lui son majordome. Mais Joseph était beau, et la femme du propriétaire de Joseph chercha à le séduire.  Comme il s’était refusé, la séductrice mentit à son sujet et il s’était retrouvé en prison.

Les deux eunuques dont Joseph analysa les rêves, étaient le grand échanson et le grand panetier de Pharaon :  le premier avait rêvé d’un cep de vigne divisé en 3 sarments et qui se mit à fleurir puis se chargea de fruits, l’échanson se voyant ensuite presser les fruits dans la coupe de Pharaon qui la but. Le second avait rêvé qu’il portait sur sa tête trois corbeilles à gâteaux, mais les oiseaux se chargèrent ensuite de dévorer les gâteaux qui s’y trouvaient.

Joseph fit alors une double prédiction restée célèbre  : au premier eunuque, il affirma qu’après passé trois jours, il retrouverait sa place auprès de Pharaon, au second qu’il serait exécuté et que c’est son corps que les oiseaux charognards se partageront. Et bien évidemment, ces prédictions se réalisèrent, conduisant ensuite le Panetier, revenu au Palais servir Pharaon, à se rappeler de Joseph et à en parler à son maître, quand ce dernier fit ce fameux rêve de Vaches grasses puis maigres et que personne ne parvenait à interpréter.

Avant ce  remarquable usage de ses talents d’oniromancien en Égypte, Joseph avait lui-même fait des rêves qui conduisirent à des prédictions que toute sa famille comprit, et cela, à ses dépens.

Il était alors un adolescent dans la famille de son père, Jacob, une famille polygame, puisque Jacob avait une épouse chérie, Rachel, la mère de Joseph, et une première épouse, Léa, qu’il n’a jamais aimée comme il aimait Rachel. En plus de ces deux épouses, Jacob avait pris deux concubines, Bilha la servante de Rachel, et Zilpa la servante de Léa. Chacune de ces quatre femmes eurent plusieurs enfants. Jacob fut le père de 13 enfants en tout, dont deux furent de Rachel. Léa fut la plus féconde, puisqu’elle eut 6 garçons et une fille, la seule fille de Jacob, la belle Dina.

Rachel par Harold Copping (détail)

On imagine à quel point la vie de ces femmes était difficile, à quel point la jalousie devait créer de graves dissensions entre elles du fait des préférences de Jacob. Les ethnologues des cultures polygames insistent en effet beaucoup sur la nécessité toujours réitérée, par ceux qui vivent dans ce type de communauté, d’une drastique équité dans la façon dont les femmes sont traitées par leur homme, cette équité étant le sol même de la paix et de l’harmonie familiale. Une famille polygame où le mari puis le père fait des différences entre ses femmes et ses enfants, c’est une famille où couve une grande violence.

Or, Jacob ne faisait pas seulement des différences entre ses femmes, il en faisait entre ses enfants. Ses enfants préférés, c’était  Joseph et Benjamin les enfants qu’il avait eu avec sa bien-aimée Rachel. D’où la haine féroce qu’éprouvaient les autres fils à l’égard du préféré, Joseph. D’autant que ce dernier était particulièrement doué.

Voici le rêve que fit Joseph à 17 ans, alors qu’il vivait dans ce type de communauté polygame :

« Joseph fit un songe et il en fit part à ses frères qui le haïrent encore plus. Il leur dit : « Écoutez le rêve que j’ai fait : il me paraissait que nous étions à lier les gerbes dans les champs et voici que ma gerbe se dressa et qu’elle se tint debout, et vos gerbes l’entourèrent et elles se prosternèrent devant ma gerbe. Ses frères lui répondirent : « voudrais-tu donc régner sur nous en roi ou bien dominer en maître ? » et ils le haïrent encore plus, à cause de ses rêves et de ses propos. Il eut encore un autre songe, qu’il raconta à ses frères. Il dit : « j’ai encore fait un rêve : il me paraissait que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. » Il raconta cela à son père et à ses frères, mais son père le gronda et lui dit : « en voilà un rêve que tu as fait ! Allons-nous donc, moi, ta mère et tes frères, venir nous prosterner à terre devant toi ? » Ses frères furent jaloux de lui, mais son père gardait la chose dans sa mémoire. » (Gn, 37, 5-11)

Tout le monde connaît la suite : les frères de Joseph, après avoir eu envie de le mettre à mort, le vendirent à une caravane qui passait par là et se rendait en Égypte, afin qu’il soit mis en esclavage.

Je voudrais juste insister sur l’importance qu’accordait le peuple juif aux rêves dans ce tout début du destin d’Israël, et à la valeur de vérité qu’ils représentaient pour ce peuple. On savait que quelque chose de divin s’exprimait là, on savait aussi que, dans les rêves, se dévoilait, de manière imagée, le futur.

Tout le monde, dans la famille de Joseph avait en effet compris ce que les rêves de ce dernier signifiaient et la prédiction de sa dominance future qu’ils induisaient. Et tout le monde s’énerva, car les rêves de Joseph annonçaient ni plus ni moins qu’il était l’élu de Dieu et qu’un jour sa famille entière s’inclinera devant lui. L’énonciation de ses rêves et l’interprétation spontanée que tous en firent, ont déclenché le destin d’esclave de Joseph puis d’Intendant de Pharaon en Égypte.

Par-là, le Pentateuque annonce aussi que la puissance magique et occulte qui était notoirement celle des Égyptiens change de mains et devient celle des Hébreux parce qu’ils se sentaient le Peuple élu, en alliance avec Yahvé-Dieu. Et de fait, cette puissance magique assistera Moïse quand, des années plus tard, il voudra emmener son peuple, devenu esclave des Égyptiens, hors d’Égypte.

Retenons donc que Joseph, dans son talent exceptionnel d’oniromancien, ne fut pas un cas isolé. Il faisait en réalité partie d’une famille clairement oniromancienne, parce que prophétique, capable entendre la parole de Dieu.

Liliblue



Le troisième rêve de Descartes

descartesLe troisième rêve de Descartes, tel que l’a rapporté son biographe, se présente en deux parties. Dans la première, le rêve est raconté, dans la seconde, commence l’interprétation que Descartes aurait faite dans le déroulé même du rêve, peu après s’être éveillé.

Première partie : le rêve

« Un moment après il eut un troisième songe, qui n’eut rien de terrible comme les deux premiers. Dans ce dernier, il trouva un livre sur sa table sans savoir qui l’y avait mis. Il l’ouvrit et, voyant que c’était un dictionnaire, il en fut ravi dans l’espérance qu’il pourrait lui être fort utile. Dans le même instant, il se rencontra un autre livre sous sa main qui ne lui était pas moins nouveau, ne sachant d’où il lui était venu. Il trouva que c’était un recueil des poésies de différents auteurs, intitulé Corpus poetarum etc. Il eut la curiosité d’y vouloir lire quelque chose et à l’ouverture du livre il tomba sur le vers « Quod vitae sectabor iter ? » (quelle  voie dans la vie sera la mienne ?) Au même moment il aperçut un homme qu’il ne connaissait pas, mais qui lui présenta une pièce de vers, commençant par « Est et non » (ce qui est et ce qui n’est pas), et qui la lui vantait comme une pièce excellente. M. Descartes lui dit qu’il savait ce que c’était et que cette pièce était parmi les Idylles d’Ausone qui se trouvaient dans le gros recueil des poètes qui était sur sa table. Il voulut la montrer lui-même à cet homme et il se mit à feuilleter le livre dont il se vantait de connaître parfaitement l’ordre et l’économie. Pendant qu’il cherchait l’endroit, l’homme lui demanda où il avait pris ce livre et M. Descartes lui répondit qu’il ne pouvait lui dire comment il l’avait eu, mais qu’un moment auparavant il en avait manié encore un autre qui venait de disparaître, sans savoir qui le lui avait apporté, ni qui le lui avait repris. Il n’avait pas achevé qu’il revit paraître le livre à l’autre bout de la table. Mais il trouva que ce dictionnaire n’était plus entier comme il l’avait vu la première fois. Cependant il en vint aux poésies d’Ausone, dans le recueil des poètes qu’il feuilletait et, ne pouvant trouver la pièce qui commence par « Est et non », il dit à cet homme qu’il en connaissait une du même poète encore plus belle que celle-là et qu’elle commençait par « Quod vitae sectabor iter ? » (quelle  voie dans la vie sera la mienne ?). La personne le pria de la lui montrer et M. Descartes se mettait en devoir de la chercher lorsqu’il tomba sur divers petits portraits gravés en taille douce, ce qui lui fit dire que ce livre était fort beau, mais qu’il n’était pas de la même impression que celui qu’il connaissait. Il en était là, lorsque les livres et l’homme disparurent et s’effacèrent de son imagination, sans néanmoins le réveiller. »

Deuxième partie : l’interprétation qu’en a donnée Descartes

« Il jugea que le dictionnaire ne voulait dire autre chose que toutes les sciences ramassées ensemble, et que le recueil de poésies intitulé Corpus poetarum marquait en particulier et d’une manière plus distincte la philosophie et la sagesse jointes ensemble. Car il ne croyait pas qu’on dût s’étonner si fort de voir que les poètes, même ceux qui ne font que niaiser, fussent pleins de sentences plus graves, plus sensées et mieux exprimées que celles qui se trouvent dans les écrits des philosophes. Il attribuait cette merveille à la divinité de l’enthousiasme et à la force de l’imagination, qui fait sortir les semences de la sagesse (qui se trouvent dans l’esprit de tous les hommes comme les étincelles de feu dans les cailloux) avec beaucoup plus de facilité et beaucoup plus de brillant même que ne peut faire la raison dans les philosophes. M. Descartes, continuant d’interpréter son songe dans le sommeil, estimait que la pièce de vers sur l’incertitude du genre de vie qu’on doit choisir, et qui commence par « Quod vitae sectabor iter ? », marquait le bon conseil d’une personne sage ou même la théologie morale. Là-dessus, doutant s’il rêvait ou s’il méditait, il se réveilla sans émotion et continua, les yeux ouverts, l’interprétation de son songe sur la même idée. Par les poètes rassemblés dans le recueil il entendait la révélation et l’enthousiasme, dont il ne désespérait pas de se voir favorisé. Par la pièce de vers « Est et non », qui est « Le oui et le non » de Pythagore, il comprenait la vérité et la fausseté dans les connaissances humaines et les sciences profanes. Voyant que l’application de toutes ces choses réussissait si bien à son gré, il fut assez hardi pour se persuader que c’était l’esprit de vérité qui avait voulu lui ouvrir les trésors de toutes les sciences par ce songe. Et comme il ne lui restait plus à expliquer que les petits portraits de taille-douce qu’il avait trouvés dans le second livre, il n’en chercha plus l’explication après la visite qu’un peintre italien lui rendit dès le lendemain. / Ce dernier songe, qui n’avait eu rien que de fort doux et de fort agréable, marquait l’avenir selon lui et il n’était que pour ce qui devait lui arriver dans le reste de sa vie. »

 Quelques remarques sur le rêve et sur l’interprétation qu’en a donnée Descartes :

Il semble que, préparé par les rêves précédents au sens de ce qui lui arrivaient cette nuit-là, Descartes a fait l’interprétation la plus claire de ces trois songes du 10 novembre 1619. Deux livres s’opposent dans ce troisième rêve. L’un apparaît sur la table, l’autre dans ses mains. Chacun est reconnu pour ce qu’il est, même si l’édition lui reste inconnue : le premier est un dictionnaire, le second un recueil de poésie.

Un dictionnaire a deux caractéristiques : il a une ambition de totalité, et son ordre est purement arbitraire, chaque mot étant convoqué pour lui-même, sans lien avec les autres mots. C’est très utile un dictionnaire, parce qu’il rassemble un savoir linguistique propre à une culture et à un moment donné, et le met à la portée de tout lecteur. Descartes l’aborde dès lors avec enthousiasme : il va lui être très utile. Espérance. Puis le dictionnaire disparaît et quand, convoqué par l’interlocuteur de Descartes il réapparaît, « il n’est plus entier ». Une partie du savoir a disparu, n’est plus disponible.

Pour tout lecteur de Descartes, le symbole est clair : il s’agit du savoir de son temps, savoir sans fondement scientifique, lacunaire, et peu systémique. Dans le Discours de la méthode, Descartes raconte comme il fut déçu par le savoir appris à l’école et dans les livres, un savoir venu de l’Antiquité, d’Aristote surtout, tel qu’il fut repensé par les théologiens. C’est ce qu’on appelait la scolastique, un savoir préscientifique qui ne peut satisfaire l’exigence de rationalité de Descartes. Mais Descartes va s’en défaire et vouloir tout repenser à partir de bases solides. Dans le rêve on voit ce détachement : le dictionnaire reste à l’autre bout de la table. Descartes le met ou le mettra à distance et s’en méfiera.

Au demeurant, dans sa propre interprétation de ce rêve, Descartes explicite lui-même le dédain qu’il a pour la scolastique et la révérence qui est au contraire la sienne pour les poètes qui expriment des vérités bien plus profondes.

Le second recueil a les faveurs de Descartes. D’abord, c’est un recueil de poésie. Deux poèmes s’y confrontent. Dans un premier temps, Descartes tombe sur un poème au sens très évident : « Quod vitae sectabor iter ? » : quelle  voie dans la vie sera la mienne ? Il ne faut pas oublier que Descartes est encore très jeune à cette époque de sa vie (il a 24 ans), et à ce moment, il n’avait pas encore décidé de consacrer sa vie à la connaissance, puisqu’au contraire, il s’était engagé dans l’armée du Prince d’Orange en Hollande. Son rêve manifeste un questionnement important à ce sujet. L’interlocuteur de Descartes (une partie de lui) propose à son attention un autre poème : « Est et Non » ce qui est et ce qui n’est pas. Ce poème existe en réalité, et dans son interprétation, Descartes y voit une expression du poème d’Ausone, intitulé L« Nai kai ou pytagorikon », c’est-à-dire : « le oui et le non des pythagoriciens ». Dans sa vie future, déterminée à partir de ses trois grands rêves, Descartes va se consacrer à la distinction  du vrai d’avec le faux, du réel d’avec l’irréel. C’est donc vers ce travail de  distinction du réel et de l’illusion qu’allait être orientée la vie de Descartes, comme si le second poème répondait directement à la question posée par le premier : « quelle voie sera la mienne ? » « trouver les moyens de distinguer entre ce qui est (et ce qui est vrai) et ce qui n’est pas (ce qui relève de l’illusion).  

Le dernier élément consiste dans ces petits portraits qui illustrent le livre de poésie, qui augmentent la beauté de l’ouvrage et qui n’existent pas dans l’édition réelle que connaît et peut-être possède Descartes. Là encore, on ne peut que constater l’opposition entre un dictionnaire souvent anonyme ou fait collectivement sans qu’on sache à qui appartient telle ou telle pensée, et le recueil que tient Descartes et qui renvoie très exactement à des personnes. Il ne faut pas beaucoup pousser l’interprétation pour rattacher ce détail au fait que la philosophie de Descartes renouvelle la discipline par la mise en lumière de l’importance de la subjectivité : la connaissance avec Descartes, aussi universelle qu’elle ambitionne d’être, est celle d’un sujet de conscience et donc d’une personne singulière. La pensée ne peut donc exister qu’en se désignant elle-même comme appartenant à tel ou tel philosophe, tel ou tel penseur, telle ou telle personne. Pour en revenir à la question posée par le premier poème et à la réponse donnée par le second, nous voyons que les portraits ajoutent une  précision : « à quoi consacrer ma vie ? » « à la recherche de la vérité, ce qui ne peut être le fait que d’une pensée individualisée et singulière (d’un ego cogitans) »

Descartes n’a, au réveil, plus aucun doute, il vient de faire de Grands Rêves, de ceux qui éclairent une destinée et la guident : « il fut assez hardi pour se persuader que c’était l’esprit de vérité qui avait voulu lui ouvrir les trésors de toutes les sciences par ce songe ».

Le père du rationalisme moderne, Descartes, a donc orienté toute sa vie et toute sa philosophie, à la lumière d’une interprétation de ces trois Grands Rêves. Il y a de quoi être surpris !

Liliblue



Le second rêve de Descartes

Descartes jeune (gif)Après s’être réveillé, et avoir prié pour se protéger de toute mauvaise influence, Descartes se rendort, et fait un second rêve, dont Adrien Baillet, dans La vie de Monsieur Descartes de 1691,  nous fait le récit.

Le rêve :

 » Dans cette situation, il se rendormit après un intervalle de près de deux heures dans des pensées diverses sur les biens et les maux de ce monde. Il lui vint aussitôt un nouveau songe dans lequel il crut entendre un bruit aigu et éclatant qu’il prit pour un coup de tonnerre. La frayeur qu’il en eut le réveilla sur l’heure même et, ayant ouvert les yeux, il aperçut beaucoup d’étincelles de feu répandues par la chambre. La chose lui était déjà souvent arrivée en d’autres temps et il ne lui était pas fort extraordinaire en se réveillant au milieu de la nuit d’avoir les yeux assez étincelants pour lui faire entrevoir les objets les plus proches de lui. Mais en cette dernière occasion, il voulut recourir à des raisons prises de la philosophie et il en tira des conclusions favorables pour son esprit, après avoir observé en ouvrant puis en fermant les yeux alternativement la qualité des espèces qui lui étaient représentées. Ainsi sa frayeur se dissipa et il se rendormit dans un assez grand calme. »

Interprétation de Descartes :

« L’épouvante dont il fut frappé dans le second songe marquait, à son sens, sa syndérèse, c’est-à-dire les remords de sa conscience touchant les péchés qu’il pouvait avoir commis pendant le cours de sa vie jusqu’alors. La foudre dont il entendit l’éclat était le signal de l’esprit de vérité qui descendait sur lui pour le posséder. »

Notre interprétation :

N’étant plus à cette époque de Descartes où les rêves pouvaient être perçus comme des avertissements d’un Ciel qui menaçait de châtiments ceux qui désobéissaient à ses injonctions, nous ne pouvons pas suivre Descartes dans l’interprétation très marquée de cette peur propre aux temps passés dans la relation à la religion.

Les étincelles sont des parcelles de lumières, et il ne peut s’agir dans ce « poêle » où dort Descartes, qui est une chambre sans cheminée et chauffée par un chargement extérieur, de véritables étincelles comme on peut en voir parfois quand le bois éclate sous l’effet de la chaleur.

Il s’agit bien là, avec le bruit de tonnerre du début du rêve, d’une symbolique du feu et de la foudre.

Or ce coup de tonnerre évoque une révélation importante ou une prise de conscience aux effets bouleversants, et les étincelles, une régénération spirituelle.

Plus étonnante est la suite du récit où il est question de voir dans cette expérience quelque chose qui a déjà été vécu dans le passé. Descartes a-t-il eu cette vision d’étincelles à d’autres moments de sa vie ?

La fin du récit porte sans doute sur la dilatation des pupilles dans la nuit, ce qui rend Descartes capable de voir les objets de la chambre qu’il ne voyait plus en éteignant sa chandelle. Il éprouve alors, à voir le décor familier de sa chambre suffisamment de réconfort pour se rendormir.

Liliblue



Premier rêve de Descartes

Descartes jeune (gif)

Le premier rêve de Descartes dans la nuit du 10 novembre 1619

Qui sait que Descartes, le père du rationalisme, avait orienté sa vie en écoutant le message de trois rêves, faits en 1619 ?

Malheureusement nous n’avons pas d’écrits de Descartes qui racontent, de manière directe, ces fameux rêves qui ont joué un rôle dans l’orientation choisie de son destin et  considérés par Descartes lui-même, comme de véritables « songes initiatiques ». Il les a cependant bien consignés, en latin, sous le titre d’ « Olympica », mais c’est par son biographe, l’abbée Andrien Baillet, que l’histoire a conservé ces rêves, et nous ignorons dans quelle mesure cet homme fut fidèle à Descartes dans sa traduction. Tels qu’Andrien Baillet les a restitués, ces rêves sont cependant incontestablement parlant pour tous ceux qui ont eux-mêmes travaillés sur les rêves et leurs significations.

Un peu de contexte d’abord :

 Alors qu’il avait une vingtaine d’année, Descartes engagé dans les troupes du duc de Bavière, a quitté Francfort où il avait assisté au couronnement de l’empereur, puis s’est retiré dans une paisible solitude, bien décidé à réfléchir aux moyens de réformer les connaissances de son temps, qu’il jugeait bien trop obscures. Ses méditations sur les conditions et moyens de la vérité ont alors pris un tour surprenant : « La recherche qu’il voulut faire de ces moyens, nous dit son biographe, Adrien Baillet, jeta son esprit dans de violentes agitations, qui augmentèrent de plus en plus par une contention continuelle où il le tenait, sans souffrir que la promenade ni les compagnies y fissent diversion. Il le fatigua de telle sorte que le feu lui prit au cerveau et qu’il tomba dans une espèce d’enthousiasme, qui disposa de telle manière son esprit déjà abattu qu’il le mit en état de recevoir les impressions des songes et des visions. »

Le 10 novembre 1619, Descartes fit donc trois rêves si frappants et tellement signifiants qu’il se persuada qu’il s’agissait-là de visions, c’est-à-dire de messages  « qu’il s’imagina ne pouvoir être venu que d’en haut » et qui allaient l’aider à décider de sa vocation : quitter le monde militaire  pour se mettre au service de la vérité.

Le premier rêve :

« Après s’être endormi, son imagination se sentit frappée de la représentation de quelques fantômes qui se présentèrent à lui, et qui l’épouvantèrent de telle sorte que, croyant marcher par les rues, il était obligé de se renverser sur le côté gauche pour pouvoir avancer au lieu où il voulait aller, parce qu’il sentait une grande faiblesse au côté droit dont il ne pouvait se soutenir. Étant honteux de marcher de la sorte, il fit un effort pour se redresser, mais il sentit un vent impétueux qui, l’emportant dans une espèce de tourbillon, lui fit faire trois ou quatre tours sur le pied gauche. Ce ne fut pas encore ce qui l’épouvanta. La difficulté qu’il avait de se traîner faisait qu’il croyait tomber à chaque pas, jusqu’à ce qu’ayant aperçu un collège ouvert sur son chemin, il entra dedans pour y trouver une retraite et un remède à son mal. Il tâcha de gagner l’église du collège où sa première pensée était d’aller faire sa prière, mais s’étant aperçu qu’il avait passé un homme de sa connaissance sans le saluer, il voulut retourner sur ses pas pour lui faire civilité et il fut repoussé avec violence par le vent qui soufflait contre l’église. Dans le même temps, il vit au milieu de la cour du collège une autre personne qui l’appela par son nom en des termes civils et obligeants et lui dit que s’il voulait aller trouver Monsieur N. il avait quelque chose à lui donner. M. Descartes s’imagina que c’était un melon qu’on avait apporté de quelque pays étranger. Mais ce qui le surprit davantage fut de voir que ceux qui se rassemblaient avec cette personne autour de lui pour s’entretenir étaient droits et fermes sur leurs pieds, quoiqu’il fût toujours courbé et chancelant sur le même terrain et que le vent qui avait pensé le renverser plusieurs fois eût beaucoup diminué. Il se réveilla sur cette imagination et il sentit à l’heure même une douleur effective qui lui fit craindre que ce ne fût l’opération de quelque mauvais génie qui l’aurait voulu séduire. Aussitôt il se retourna sur le côté droit, car c’était sur le gauche qu’il s’était endormi et qu’il avait eu le songe. Il fit une prière à Dieu pour demander d’être garanti du mauvais effet de son songe et d’être préservé de tous les malheurs qui pourraient le menacer en punition de ses péchés, qu’il reconnaissait pouvoir être assez griefs pour attirer les foudres du ciel sur sa tête, quoiqu’il eût mené jusque-là une vie assez irréprochable aux yeux des hommes. »

Adrien Baillet, la Vie de M. Descartes, biographie, 1691, Livre 2, chapitre 1

L’interprétation de Descartes, d’après Adrien Baillet :

Descartes a interprété ses deux premiers rêves comme « des avertissements menaçants touchant sa vie passée qui pouvait n’avoir pas été aussi innocente devant Dieu que devant les hommes. Et il crut que c’était la raison de la terreur et de l’effroi dont ces deux songes étaient accompagnés. »

« Le melon dont on voulait lui faire présent dans le premier songe signifiait, disait-il, les charmes de la solitude, mais présentés par des sollicitations purement humaines. Le vent qui le poussait vers l’église du collège, lorsqu’il avait mal au côté droit, n’était autre chose que le mauvais génie qui tâchait de le jeter par force dans un lieu où son dessein était d’aller volontairement. C’est pourquoi Dieu ne permit pas qu’il avançât plus loin et qu’il se laissât emporter même en un lieu saint par un esprit qu’il n’avait pas envoyé, quoiqu’il fût très persuadé que c’eût été l’esprit de Dieu qui lui avait fait faire les premières démarches vers cette église ».

Nous voyons que cette interprétation de Descartes sur ce fruit, un melon, fruit rond, avec une écorce, signifie l’isolement qu’il apprécie comme condition de la méditation. Pourquoi pas, mais le melon a d’autres significations.

En ce qui concerne le vent, Descartes y voit le contraire du libre-arbitre. Ce serait un vent maléfique qui voudrait lui faire faire quelque chose qu’il avait pourtant bien décidé de faire. C’est très confus.

Notre interprétation :

L’entrée en jeu des fantômes de ce premier rêve ne doit pas nous étonner. Ce type de personnage a sa place dans l’univers onirique pour signaler le passage d’une frontière : celle qui sépare et relie le monde d’ici-bas et l’au-delà, ce passeur se révélant, selon Georges Romey, l’auteur du Dictionnaire de la symbolique, « l’un des plus sûrs conducteurs vers la réalité ». Les fantômes du premier rêve de Descartes indiquent dès lors qu’il prend pied dans l’univers de la surconscience qui parfois s’exprime dans les rêves, quand ceux-ci sont de grands rêves, de ceux qui changent une destinée.la

Il faut savoir aussi que la mère de Descartes est morte alors qu’il avait à peine plus d’un an. Or la mère est la première incarnation du principe féminin incarné par la gauche, cette partie sur laquelle Descartes va s’appuyer tout au long de ce rêve, pour s’ouvrir au message qu’il contient.

Le second élément énoncé dans ce rêve, c’est cette faiblesse que ressent le rêveur de son côté droit et la nécessité d’avancer en s’appuyant et penchant sur le côté gauche. Tout le monde, je pense, comprend que, pour ce mathématicien et rationaliste, le côté droit, fatigué, représente la rationalité, et le côté gauche figure la vie intérieure et poétique qui prendra une place essentielle dans le troisième rêve. En ce qui concerne le choix de sa vocation qui est en question dans les trois rêves de Descartes, il est clair que le rêve l’informe qu’il ne peut s’appuyer sur la seule raison, il doit même la mettre momentanément de côté. Ce symbole rejoint parfaitement le précédent, il s’agit d’une entrée en matière : il faut maintenant écouter la voix intérieure, l’intuition, celle qui, précisément, parle à la conscience de Descartes dans ces trois rêves.

Le vent impérieux qui fit faire au rêveur « trois ou quatre tours sur le pied gauche » peut être pensé comme le vent de Dieu ou le vent de l’intuition qui lui fait effectivement faire trois rêves, trois productions intuitives, qui auront le même but. Nous voyons que ces trois rêves sont nécessaires, car Descartes n’est pas à l’aise dans une telle démarche « étant honteux de marcher de la sorte, il fit un effort pour se redresser », il résiste à cette brusque entrée de l’intuition dans sa vie, et a donc besoin de cette répétition des trois rêves.

Pour sa part, il y voit l’expression d’un mauvais génie, qui veut lui faire faire par force ce que lui ne fera que par libre arbitre : entrer dans une église.

Quand, ensuite, Descartes est détourné de son projet pour suivre un autre homme et revenir sur des connaissances passées, nous voyons bien que c’est un vent de Dieu qui le ramène vers l’église. Cette image montre clairement que Descartes ne peut suivre personne d’autre, il ne ferait alors que régresser. Il doit inventer son propre chemin, mais il y sera conduit avec toute la puissance de son intuition géniale, une intuition presque médiumnique d’après son rêve.

Le quatrième élément c’est l’entrée dans la Cour du collège où se trouve l’église du rêve. Nous sommes là dans le temple intérieur. L’essentiel est désormais abordé, le vent alors peut diminuer.

Devant cette église, une personne accueille le rêveur avec civilité et lui donne un message qu’il comprend : il va recevoir un cadeau d’un certain Monsieur N. dont le biographe ne nous donne aucune indication, mais que le rêveur imagine comme lui donnant un melon. Voici le cœur du message : le fruit de son travail lui est promis, un fruit qui symbolise l’accueil du soleil par la terre (le melon est un fruit gorgé d’eau sucrée et qui ne pousse que dans des lieux très ensoleillés, sa forme et sa couleur évoquant aussi le cercle solaire), et donc cette spiritualisation de la matière que va représenter le travail de Descartes dans son effort pour rendre la pensée de l’homme plus consciente dans son cheminement.

Augustin  voyait dans le melon l’image des « «trésors en or de Dieu» inscrits dans la nature. Sa forme pourrait aussi évoquer le fruit du paradis perdu, celui de l’arbre « de la connaissance du bien et du mal » qui sera transformée par Descartes en connaissance du vrai et du faux. Les rayures du melon pourraient aussi faire penser au globe terrestre avec ses méridiens, et évoque l’idée d’une totalité, en lien avec ce système de connaissance totale qu’était alors la philosophie à laquelle Descartes allait se consacrer .

Le rêve malgré ses aspects pénibles (le vent puissant qui semble emmener Descartes contre sa volonté vers l’église, et la démarche  boiteuse) est très bénéfique : il annonce que Descartes ne travaillera pas en vain, qu’il bénéficiera d’une puissante inspiration qui l’empêchera de se perdre dans son chemin, le détournera des mondanités inutiles et régressives au regard de ce qu’il doit apporter au monde (la civilité qui, dans le rêve, tente de l’emmener à revenir sur ses pas).  Ce rêve annonce le succès éclatant qui sera celui de Descartes ensuite, parce qu’il apportera au monde entier (le globe du melon) une nourriture à la fois spirituelle, solaire, lumineuse et très matérielle, concrète, en adéquation avec la réalité (ce que symbolise encore ce melon promis du rêve).

Mais ce succès n’est pas encore proche dans le temps. Le passage du relais de témoin en témoin montre que l’obtention du fruit de son travail va exiger du temps, de la recherche et de nombreux échanges.

Le sixième élément du rêve, c’est la comparaison que Descartes fait entre lui et les personnes présentes dans l’église. Alors qu’il est tout courbé sur le côté gauche, les autres sont droits. Descartes s’appuie essentiellement sur son côté droit : la rationalité. Il est invité par son rêve à se tenir sur le côté gauche, c’est-à-dire à rééquilibrer sa pensée, faisant une place importante à l’intuition philosophique, et pas seulement à la recherche scientifique qui l’occupait alors beaucoup. Les personnes qui sont dans ce lieu sacré,  représentent au contraire de lui une forme supérieure d’humanité et un idéal à atteindre : l’usage équilibré des deux parties, rationnelle et intuitive, masculine et féminine du psychisme.

La sortie du rêve nous montre à quel point Descartes est pieux. Nous sommes dans une époque où la foi est vécue pleinement, et un tel rêve n’a pas manqué de conduire son auteur à la prière.

Nous voyons aussi comment la réalité du corps peut influencer les rêves. Descartes était couché sur le côté gauche, et souffrait d’une douleur (crampe ?). Cette relation entre réalité et rêve n’empêche rien de la profondeur du message du rêve. D’autant que Descartes fit ensuite, deux autres rêves, qui le prolongèrent et le confirmèrent.

Liliblue



Freud et la prémonition

 Freud jeune (gif)

Freud est un matérialiste, au sens précis du terme : il ne croit pas à l’au-delà, au divin, et à l’existence d’un esprit pur. Toute son œuvre consiste à expliquer les manifestations humaines par un jeu assez mécanique de pulsions, de leur refoulement, de transformation de la pulsion en expression sublimée ou pathologique.

Il n’est dès lors pas étonnant que, dans un texte écrit en 1899, et donc relativement au commencement de ses recherches, la prémonition se ramène pour Freud, à une production de  l’inconscient, et à une simple illusion, une impression de prévision qui est reconstruite après coup. Nous vous proposons quelques extraits de ce texte :

« Mme B, une personne distinguée, et non sans esprit critique, raconte dans un autre contexte, sans être le moins du monde tendancieuse, qu’une fois, il y a des années, elle a rêvé qu’elle rencontrait son ancien médecin de famille et ami, le Dr K., dans la Kärntnerstrasse devant le magasin de Hies. Le lendemain matin, elle prend cette rue et rencontre réellement la dite personne à l’endroit dont elle a rêvé. Voilà l’argument. (…)/ L’analyse tient compte de l’examen constatant qu’on ne peut pas fournir la preuve qu’elle ait remémoré ce rêve le matin suivant la nuit du rêve, précisément avant la promenade. Une telle preuve aurait été la transcription ou la communication du rêve avant son accomplissement. La dame doit plutôt consentir, sans objection, à la représentation suivante de l’affaire, qui est à mes yeux la plus vraisemblable : un matin elle est allée se promener dans la Kärntnerstrasse, et a rencontré, devant le magasin de Hies, son vieux médecin de famille. Lorsqu’elle le vit, elle acquit la conviction que la nuit dernière elle avait précisément rêvé de cette rencontre au même endroit. D’après les règles valables pour l’interprétation des symptômes névrotiques, cette conviction doit être fondée. Son contenu permet qu’on en modifie l’interprétation. (…) Nous ne trouvons rien de remarquable dans cette rencontre si nous songeons au nombre de fois où il a dû lui rendre visite. D’ailleurs de tels hasards, comme s’ils étaient concertés, se trouvent dans toutes les histoires d’amour. Pourtant cette rencontre est vraisemblablement le véritable contenu de son rêve et l’unique fondement de la conviction qu’elle a que ce rêve s’est réalisé. / Entre cette scène de la réalisation du désir et de ce rêve, il y a plus de vingt-cinq ans. Mme B. est devenue entre-temps veuve d’un second mari, qui lui a laissé un enfant et de la fortune. L’inclination de la veille dame se tourne toujours vers cet homme, le Dr K., qui maintenant est son conseiller et l’administrateur de sa fortune et qu’elle st habituée à voir fréquemment. Supposons qu’elle ait, dans les jours précédents le rêve, attendu sa visite, mais que – son empressement n’étant plus celui de jadis – qu’il ne soit pas venu. Elle a pu alors avoir facilement durant la nuit un rêve de désir nostalgique, qui la ramène aux temps anciens. Elle rêve alors vraisemblablement d’un rendez-vous du temps de la passion et la chaîne des pensées du rêve remonte jusqu’à cette fois où, sans s’être concertés, il était venu juste au moment où elle le désirait avec nostalgie. De tels rêves pourrait bien maintenant se produire souvent chez elle; ils sont une part de la punition tardive qui échoit en partage à la femme pour la cruauté de ses jeunes années. Mais comme rejetons d’un courant réprimé et pleins qu’il sont de réminiscences des rendez-vous auxquels depuis son second mariage, elle n’aime plus penser, de tels rêves sont également écartés après le réveil. Il a dû en aller ainsi également de notre rêve prétendument prophétique. (…)/ Ainsi, la création d’un rêve après-coup, qui rend seul possibles les rêves prothétiques, n’est en fait rien d’autre qu’une forme du processus de censure, qui rend possible au rêve la percée jusqu’à la conscience. »

Freud, Une prémonition onirique accomplie, 1899, in Résultats, idées, problèmes, Puf, 1998, p,109-111,

Nous le voyons, chez le jeune Freud, du début de son aventure et de son invention d’un inconscient psychique, pas de doute, la précognition est impossible, et l’impression qu’on peut avoir d’avoir eu un rêve prémonitoire, est souvent fallacieuse, produite par un arrangement de la censure qui nous interdit un désir.

Liliblue



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