Atout XXI-Le Monde

Le Monde

Atout XXI

Intégration, Unité

Humanité divine et intégrative

Bonheur et Paix pour la Terre entière

Exultation de l’univers

Le Monde 

Le Monde contient en lui la totalité du monde, comme l’affirme son nom. Et en tant qu’Atout final du Tarot, il contient la totalité du Tarot, sachant que le Tarot est lui-même une image de l’aventure humaine. Ainsi, quatre personnages symboliques encadrent la mandorle où se tient la danseuse du Monde et ces quatre personnages représentent les quatre Niveaux du Tarot. Ces derniers se situent aussi dans le Nombre de cet Atout : XXI qui se compose de quatre V, placés deux par deux, dans une relation où leur pointe se rejoignent. Ainsi, chaque X renvoie à deux univers complets : la Terre pour le premier X et le Ciel pour le second, et chacun d’eux se décompose lui-même en deux V, deux Calices, où fut recueilli l’essence des éléments propre à chacun des Niveaux : élément Terre pour le premier V tourné vers le bas correspondant au premier Niveau du Tarot, symbolisé par la Vache sacré ; élément Feu pour le second V tourné vers le haut correspondant au second Niveau du Tarot, symbolisé par le Lion sacré ; élément Air pour le troisième V tourné vers le bas et correspondant au troisième Niveau du Tarot ; et enfin élément Eau pour le quatrième V tourné vers le haut et correspondant au quatrième Niveau du tarot.

vache sacréeLa Vache, animal féminin et terrien, renvoie aux Deniers et au premier Niveau du Tarot qui sont liés à l’élément Terre, qui est sec, féminin et froid. Elle parle de la maîtrise de la réalité matérielle et de sa générosité. La Vache est en effet l’animal qui incarne la Mère divine dans sa matérialité, elle est la nourrice de l’humanité, celle qui donne son lait aux petits humains. Elle est la matière nourricière sans laquelle aucun corps, aucune incarnation n’est possible. D’où cette couleur chair qui est la sienne. Or, cet animal fortement terrien qu’est La Vache est représenté, dans l’Atout XXI, comme étant ailée : la matière n’est plus un poids qui tire vers le bas. Elle est remplie de lumière, devenue vase sacré recueillant les émanations du Ciel.

Lion mur du temple d'IshtarLe Lion, animal masculin et solaire, renvoie aux Bâtons et au second Niveau du Tarot qui sont liés à l’élément Feu, lui-même sec, masculin et chaud. Le Lion parle de la puissance et de la générosité d’une activité humaine engagé dans le monde sociétal. Il est l’animal qui incarne le Père divin dans sa créativité et son inventivité. Il est le feu qui protège, éclaire, transforme la matière pour l’humaniser et la mettre au service de l’humanité. C’est un lion ailé et qui n’a donc plus rien de la violence, de la tyrannie et du danger qu’un lion simplement terrestre recèle. Il possède en effet l’auréole de la sainteté.

L'aigle-JeanL’Aigle, animal masculin et aérien, renvoie aux Epées et au troisième Niveau du Tarot qui sont liés à l’élément Air, lui-même humide, masculin et chaud. L’Aigle qui s’élève dans le Ciel et qui, seul, peut regarder le Soleil sans en avoir les yeux brûlé, l’Aigle qui possède un regard perçant symbolise l’intelligence humaine et son aptitude à voir la réalité telle qu’elle est. C’est le temps de la conscience issue des épreuves et des grandes vertus qu’il incarne. Cet Aigle n’est pas seulement royal et perspicace, il est auréolé parce que son intelligence n’est pas au service d’une rationalité coupée de toute spiritualité, mais au contraire est placée sur le cœur.

Ange-femmeL’Ange enfin, être suprahumain, être céleste, renvoie aux Coupes et au quatrième Niveau du Tarot qui sont liés à l’élément Eau, lui-même humide, féminin et froid. Cet ange est féminin en tant qu’il réceptionne et fructifie les essences du Ciel pour les verser sur la Terre. Son visage est de chair, et ses cheveux d’or. Son être n’est pas que céleste. Il est relié à la Terre par la danseuse au centre de la mandorle.

Et bien sûr, il y a un cinquième personnage, car s’il y a quatre Niveaux et quatre Couleurs dans le Tarot, il y a aussi cinq Verticales. Il fallait donc bien qu’un cinquième personnage apparaisse sur la Carte du Monde. Mais, pour lier ce cinquième personnage aux autres, il faut revenir à la Structure de cet Atout.

Nous voyons un mouvement dans cet Atout, un mouvement qui nous a été révélé par La Roue de Fortune, ainsi que par la Structure du Tarot : le mouvement de la vie, dans le Tarot, passe du féminin-terre (la Vache) au masculin-feu (le Lion), puis s’élève au masculin-air (l’Aigle) et se dirige ensuite vers le féminin-eau (l’ange). Ce mouvement translate donc en bas de la gauche vers la droite (ou du féminin matériel au masculin matériel), puis du bas vers le haut (du masculin matériel au masculin spirituel), et enfin en haut, de la droite vers la gauche (du masculin spirituel au féminin spirituel). Cette demi-spirale ne mène pas à revenir à la Terre. Il ne s’agit pas d’un Cercle. Le mouvement a un aboutissement. La haute spiritualité des Coupes qui recueillent les Bénédictions du Ciel.

Cette demi-spirale représente le mouvement naturel de la vie qui va du matérialisme à la vie spirituelle, en passant par des incarnations sexuées qui situe le féminin aux extrêmes et le masculin au cœur. Or, précisément, c’est une femme qui se trouve au cœur de l’Atout XXI, comme c’était déjà le cas dans l’Atout XI. La plénitude est féminine, et cette danseuse en outre représente l’humanité entière.

Mais, pour passer du cadre de l’Atout XXI au centre, et des personnages du cadre, à la Danseuse du centre, il faut croiser ces personnages du cadre. Ainsi, ceux parmi eux qui doivent absolument se connecter, sont précisément ceux qui sont le moins naturellement connectés : la Vache et l’Aigle (Terre-matérielle et Air-spirituel) ainsi que l’Ange et le Lion (Eau-spirituelle et Feu-matériel). C’est ce croisement qui fait émerger l’Individualité sainte et joyeuse qu’est la Danseuse cosmique au centre de la Carte.

Ce croisement apparaît très clairement si on regarde les Atouts du Tarot dans leur ensemble. On voit alors, à travers les Niveaux et les nombres des Atouts, ce croisement a lieu. Ainsi, les Niveaux I et III, ainsi que II et IV portent les mêmes nombres : I et XI, II et XII, III et XIII, IV et XIV, V et XV, puis VI et XVI, VII et VII, VIII et XVIII, VIIII et XVIIII, X et XX.

Verticale des IIIPour prendre un exemple et un seul, car ce n’est pas le lieu ici de tout expliquer, s’il y a une proximité et une complémentarité évidente entre L’Impératrice et La Justice (Atouts III et VIII dans une proximité de situation dans la Structure du Tarot), deux femmes investies de manière centrale dans les deux communautés les plus importantes pour l’être humain : la maison et la société, tout comme entre L’Impératrice et La Lune (qui ont pour lien leur féminité, dans l’ordre de l’humain et du sacré), c’est néanmoins avec L’Atout XIII et la mort que L’Impératrice doit trouver à dépasser l’opposition qui les lie (entre celle qui donne la vie et celle qui l’ôte), afin que L’Impératrice sache bien qu’en donnant la vie, elle fait aussi le don de la mort, et que la mort de son côté sache bien que son don n’a de sens que pour un renouvellement de la vie et dans l’amour maternel. Tel est le message du Monde, Aboutissement du Tarot et sa clé. La connaissance d’une telle clé permettrait, seule, de faire naître à elle-même l’Humanité Royale, Gardienne de la Terre et Protectrice de la biosphère, Danseuse réplique et servante du Divin. Il en est bien sûr de même pour le lien entre les deux autres Atouts les plus opposés de la 3e Verticale : La Justice et La Lune qui portent, dans leur féminité même, le dépassement de l’opposition entre la Raison et l’Intuition. 

 

tombe-du-christParlons maintenant de cette Danseuse. Sa posture fut très longtemps mystérieuse et obscure dans son origine. Ce n’est que depuis cette année, depuis 2016, et l’ouverture du Tombeau du Christ, que nous avons confirmation d’une hypothèse souvent émise : il y a un lien intrinsèque entre Jésus de Nazareth et la Danseuse, et plus exactement entre le Christ triomphant et la Danseuse du Tarot. Regardez ce bas relief qui se trouve au-dessus du Caveau du Saint Sépulcre. Personne ne peut douter que ce bas relief a directement inspiré les inventeurs du Tarot. Une mandorle, ce qui est fréquent autour du Christ, mais la Danse du Christ est bien singulière, on ne la trouve, à ma connaissance, nulle part ailleurs. Et remarquez encore le ruban qui entoure le corps du Christ. C’est le même drapé qui enveloppe la Danseuse du Tarot. On ne peut douter du message des inventeurs du Tarot : c’est bien l’âme christique qui est promise à la fin du Temps. 

Le Monde-DanseuseLa danse, c’est le mouvement à la fois libre, esthétique, rythmé, et qui fait disparaître la pesanteur. La danse, c’est la matière qui entre dans la grâce. Selon l’analyse des rêves éveillés et G. Romey, la danse est le symbole de l’imaginaire universel qui conduit à l’affranchissement des limites spatiales, sans que jamais le danseur se perde dans la démesure. Toujours la danse est circulaire, c’est une ronde qui inclut toute personne et toute réalité. C’est la représentation même du Soi selon Jung : l’individualité réalisée dans son unicité parfaite. C’est un acte de foi en la vie, en son devenir, dans le lien entre son destin et celui du reste du monde. La danse est féminine. C’est l’anima qui est toujours en question dans les rêves où la danse est centrale. Et cette anima n’est autre que le Féminin sacré. Voilà pourquoi, c’est une femme qui est représentée dans l’Atout XXI et non le Christ, premier membre seulement de cette Humanité royale qu’elle représente. 

A la lecture du premier Niveau du Tarot, Le Monde renvoie aux familles très unies, à la naissance d’un enfant, souvent une fille, à la maisonnée dans son ensemble, personnes et animaux, aux fêtes de famille, à la famille recomposée et heureuse, de succès dans les examens etc. Cette Carte parle d’intégration parfaite de chaque partie de soi dans une unité positive : santé physique et mentale. 

A la lecture du second Niveau du Tarot, cet Atout XXI parle d’entreprises de grande envergure, souvent en relation avec l’étranger, de relations internationales, de très bonne entente collégiale, etc.

A la lecture du troisième Niveau du Tarot, Le Monde a deux significations opposées : soit cette Carte parle d’un excès d’intégration et d’unité (de totalitarisme par exemple) soit d’un manque total d’intégration, le fait d’être rejeté de tous, particulièrement avec la présence du Mat. On peut avoir le monde entier contre soi avec une telle Carte en opposition. C’est la fin de cette belle unité alors que cette Carte représente. Ou bien, à l’inverse, une unité oppressive, le contrôle excessif de chacun des membres par les autres. 

Dame de tous les peuplesA la lecture du quatrième Niveau, cet Atout XXI est celui de l’au-delà de la fin des temps. Il s’agit de l’éternité heureuse, non pas dans l’au-delà, mais dans ce monde même.

C’est l’unification d’un monde qui fait place aux contradictions pour en sublimer une unité supérieure.

C’est bien sûr la personne du Christ qui est là en jeu, mais avec la Danseuse, c’est aussi la Déesse mère, l’expression du féminin sacré, Amante et miroir concret du Divin dans sa Créativité abstraite.

Pour finir, voici la prophétie faite par la Dame de tous les Peuples à Ida Peerdeman : « Les êtres humains de tous les pays finiront bien par ne faire qu’un! »  Et ils ne seront qu’un que quand ils auront les yeux orientés vers la croix. 

A cette fin, Ida vit que la Dame manifestait sa Royauté sur le Monde : « la Dame reprit: « Désormais, tous les peuples me diront bienheureuse. La Dame de tous les Peuples désire l’unité dans le Saint Esprit. Le monde est enveloppé d’un faux esprit, de Satan. Quand le dogme, le dernier dogme de l’histoire mariale aura été proclamé, la Dame de tous les Peuples donnera la paix, la vraie paix au monde. Il faut cependant que les peuples prient ma prière, avec l’Église. Ils sauront que la Dame est venue en tant que Corédemptrice, Médiatrice et Avocate. » (31 mai 1954)

Voici la prière de Notre Dame de tous les Peuples :

Seigneur Jésus-Christ, Fils du Père,
envoie à présent Ton Esprit sur la terre.
Fais habiter l’Esprit Saint
dans les coeurs de tous les peuples
afin qu’ils soient préservés
de la corruption, des calamités
et de la guerre.
Que la Dame de tous les Peuples,
qui fut un jour Marie,
soit notre Avocate. Amen.

 

 



Atout XX-Le Jugement

Le Jugement

Atout XX

La fin des temps, Aboutissement, Réussite parfaite

Éveil, Naissance, Renaissance, Guérison

Terre et Ciel réunis dans l’accouchement de l’Individualité sainte

Allégresse

Famille unie

Humanité royale

Élimination complète de l’arbre mort

 Jugement Conver

Cet Atout est le dernier qui appartient à la Structure du Tarot en 4×5 Cartes. Il est à la fois le dernier Atout du 4e Niveau (celui des Émanations célestes) et le dernier Atout de la Verticale des V. En lui son Nombre est l’aboutissement le plus absolu, même si après lui, un autre Nombre viendra mettre cet aboutissement sous l’égide du I. Dans ce double X, il faut voir quatre V, quatre Calices deux tournés vers la Terre, deux tournés vers le Ciel, deux dédiés à la Terre, deux dédiés au Ciel.

Ainsi, désormais nous sommes à la fin du périple que représente l’initiation tarologique, c’est la fin des Temps promis par le Christ qui est là en jeu, quand plus rien d’important ne peut plus arriver, parce que le Ciel et la Terre sont en parfaite communication. C’est ce que signifie le terme, quelque peu mal compris, du Jugement. Il s’agit certes d’une référence au Jugement dernier, puisque ce dernier intervient à la fin des temps, mais il s’agit surtout de marquer un événement majeur : l’advenue d’une éternité, d’un hors-temps, d’une sortie de l’histoire, parce que l’humanité accède à sa royauté et à sa destinée.

Le Jugement représente donc la plus radicale des Atouts-de-la-Bénédiction du Ciel. Il marque la parfaite circulation de l’énergie et de l’information entre le Ciel et la Terre. L’Ange ainsi, se fait entendre dans sa musique, dans ses chants, or ceux-ci ne font rien d’autre que chanter les louanges du Divin. Et l’humanité bleue, l’humanité enfant, née enfin, et déjà adulte, l’entend parfaitement et son cœur se joint à l’ange pour glorifier le Divin. Cette parfaite circulation de la communication entre le haut et le bas est signalée de plusieurs façons, et notamment bien sûr par cette trompette qui claironne dans le Ciel vers la Terre, mais aussi par la croix grecque qui est dessinée sur le drapeau attaché à la trompette angélique. Il ne s’agit pas de la croix chrétienne qui rappelle la crucifixion du Christ, par une croix qui place l’horizontale en haut de la verticale. Ici, l’horizontale est juste au milieu de la verticale. Cela signifie qu’il n’y a pas de privilège du haut sur le bas, de l’ascèse sur la chair, de l’esprit sur la matière, mais la parfaite imprégnation des uns (matière et bas) par les autres (esprit et haut). Ces deux énergies se croisent en leur centre qui exprime l’Individualité sainte.

07-lord-krishnaEt c’est précisément cette Individualité sainte dont la Naissance est ici célébrée. L’Humanité bleue, spirituelle, céleste autant que terrestre se trouve debout dans une sorte de caveau. Cela ne signifie pas que les morts se lèvent, parce qu’on en serait arrivé au jugement dernier religieux, mais que ce qui n’était pas encore vraiment vivant, ce qui restait en partie mort, parce que non traversée par la vraie vie, celle de l’Esprit, est désormais pleinement VIVANT. Cette humanité bleue est née d’une mère et d’un père pleinement de chair comme le montre leur peau nue, mais aux cheveux dorés par la Lumière céleste. Ce ne sont pas des ascètes, des pratiquants de la chasteté, mais des êtres capables de vivre leur incarnation de manière spirituelle comme le montre à la fois leur corps de chair et leur profonde concentration et leur mains en prière. Regardez bien la Mère. Nous avons déjà rencontré cette jeune femme. Il s’agit de L’Etoile, la Mère immaculée du Tarot, la Mère qui est tendre oblation. Le Père est un homme âgé, qui contient en lui toute la sagesse paternelle de la IIIIe Verticale du Tarot. C’est un père solaire. On peut à bon droit voir en eux l’image de la Terre sanctifiée et du Ciel à la fois amoureux et sage. Leur Amour a fait naître l’Humanité bleue, l’Humanité royale. Et c’est cet événement merveilleux que fête l’ange, que claironne sa trompette qui n’est pas un instrument de musique anodin. C’est toujours pour annoncer les grands événements cosmiques qu’elle est en jeu. Elle associe le Ciel et la Terre dans une commune célébration. Elle indique un événement sans précédent et qui change tout, puisqu’il nous fait sortir du temps : la Naissance de l’homme bleu, de l’individualité humaine sacrée, royale, réplique et serviteur du divin, gardien de la Terre, protecteur de la biosphère, et créateur de l’Eden, ce Jardin céleste et terrestre à la fois qui est la destinée du monde matériel.

C’est aussi le sens de cette nuée qui entoure l’ange : toujours et dans toutes les cultures et mythologies elles sont indicatrices d’apothéoses et d’épiphanies : quand, par exemple, le divin désire une compagnie pour l’Adam glébeuse qui se sent seule parmi le monde vivant, elle jette une nuée sur elle et la plonge dans le sommeil pour tirer d’elle deux êtres humains sexués : Isha, la femme, et Ish, l’homme. Elles servent aussi à rendre supportable la lumière divine qui sans elles pourraient aveugler et tuer l’humanité. Elles sont un lien supplémentaire entre le haut et le bas.

radiant-rider-JugementC’est une allégresse que manifeste dès lors cet Atout. Allégresse devant la naissance de l’humanité spirituelle et royale. Et c’est bien ainsi que l’avait compris le Rider qui montre une sorte de Jugement dernier qui est aussi le réveil des morts et une sorte de bonheur collectif. Mais nous n’en sommes pas encore complètement là. Il faut attendre l’Atout XXI pour que l’humanité entière soit en jeu dans cette allégresse. Ce que marque l’Atout XX par rapport à l’Atout XXI c’est l’événement que représente chaque Naissance de chaque être humain à sa royauté, et l’allégresse qu’éprouve alors le Ciel tout comme le profond bonheur de la Terre.

Bien évidemment cet Atout peut être lu aussi à la lumière du 3e Niveau du Tarot, Niveau des épreuves et des grandes vertus humaines issues de celles-ci. A Niveau-là, le Jugement rappelle que si l’humanité n’évolue pas vers le Ciel, si elle ne s’ouvre pas à l’esprit, elle sera comme un arbre mort, qui finira par pourrir. Il ne s’agit pas d’une punition du Ciel, mais d’un arrêt de la croissance qui aboutit à la disparition. Il met donc en garde le consultant en lui rappelant de ne pas se couper de ses intuitions propres.

En lien avec le premier Niveau du Tarot, cet Atout parle de la famille spirituelle, la vraie famille, celle qui est unie par un projet, un style de vie, un accord des âmes. Il parle de communauté unie, de naissance d’un enfant très aimé, très attendu et de célébrations et fêtes familiales. La famille du coeur, la vraie famille, la famille spirituelle. 

En lien avec le second Niveau du Tarot, Le Jugement renvoie à tous les métiers liés à la naissance, mais aussi bien sûr à l’usage d’un instrument de musique, à la communication de masse, mais encore aux métiers de la thérapie. Les fêtes, les moments de joie intense et collectifs sont aussi représentés par cet Atout XX. 

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, l’Atout XXI met en garde sur les effets à long, moyen et court terme du matérialisme coupé du ciel, tout autant que des ascèses religieuses coupées de la terre. Il peut aussi parler de difficultés dans l’ordre de la famille, de la naissance, et encore de communications malsaines (rumeur, médisances).

Cet Atout cependant est radicalement bénéfique dans son premier sens. Il renvoie donc à la récompense suprême et à la capacité de remercier le Ciel pour ses miracles, et le premier des miracles, celui de sa propre sanctification. De ce fait, c’est un Atout en jeu dans la thaumaturgie, celle de Lourdes par exemple. 

JésusEn lien avec le quatrième Niveau du Tarot, Le Jugement marque la Fin des temps, quand chaque être humain fait l’expérience de l’amour conjoint de la Mère-Terre et du Père-Ciel et de ce fait naît à ses intuitions, ses fulgurances, sa royauté véritable. Le premier Frère de cette Humanité née à elle-même c’est Jésus de Nazareth, le premier homme bleu, celui qui, par son sacrifice rachète sans cesse les fautes et l’aveuglement, la longue errance de ceux qui ne sont pas encore nés à leur propre spiritualité.

Jésus attend depuis si longtemps cette immense famille spirituelle qui doit finir par être l’humanité entière que chaque naissance d’un de ses frères ou d’une de ses sœurs né à lui-même ou à elle-même comme être céleste conduit à une Célébration du Ciel tout entier. 



Atout XVIIII-Le Soleil

Le Soleil

Atout XVIIII

Père solaire, Père divin, Père céleste

Protection paternelle, don de la conscience

Idéal de la vérité, révélation, idéal de la justice

Prise de conscience, pleine conscience

Chaleur de l’amour 

Enfant du divin, enfant du père

Âme sœur, égalité, fraternité, solidarité, entraide

Les droits universels de l’être humain

La France des Lumières

Joie, croissance, épanouissement

Brûlure, éblouissement, vérité qui blesse et vérité qui tue

Père oedipien, père incestueux,

amour fusionnel étouffant, gémelléité écrasante

 Le Soleil


Impossible, encore une fois, de comprendre pleinement cet Atout XVIIII sans le situer dans la Structure du Tarot en 4 (Niveaux) x 5 (Verticales). Le Soleil appartient au quatrième Niveau, que nous commençons à connaître et qui met en scène les émanations et bénédictions du Ciel. Cet Atout a donc une signification incontestablement et radicalement positive, bien qu’il puisse aussi être lu à travers le troisième Niveau des épreuves et des grandes vertus du Tarot et prendre une tonalité plus difficile. Cependant, même dans ce dernier cas, cet Atout indique une bénédiction du ciel mais qu’il faut apprendre à recevoir. 

Le soleil Tarot IndiaLe Soleil est aussi au sommet de la quatrième Verticale du Tarot, Verticale Mâle qui offre le don de la lumière aux êtres humains. Cela signifie que cet Atout XVIIII contient en lui toutes les expériences et sagesses acquises de cette voie initiatique. Ainsi, dans Le Soleil se trouve l’autorité paternelle de L’Empereur ( le Père tribal son sens de la protection à l’égard de ceux qui sont sous son autorité), mais aussi l’éclairage et la confiance que donne le Père socratique (L’Hermite), et encore un idéal profondément égalitaire et fraternel (Tempérance). C’est pourquoi, Le Soleil, Père céleste, qui incarne la plus haute figure du Père contient en elle toutes les qualités de sa Verticale : par les deux enfants qui se ressemblent à s’y méprendre, il affirme la radicale égalité des enfants du Père céleste car ce dernier les aime tous de la même manière, avec la même intensité, la même passion protectrice, la même chaleur, le même besoin de les faire grandir et mûrir (héritage de L’Hermite encore).

Sous l’égide d’un amour égalitaire et divin, tous les êtres humains se sentent des frères, et la fraternité et la sororité humaines peuvent s’épanouir et engendrer échanges, partages, entraide, solidarité et affection mutuelle (ce que déjà Tempérance promettait).

Comme l’Atout XIIII, Le Soleil parle d’un idéal élevé : la Vérité. Sous cet Atout, rien n’est caché. Tout se révèle. Et c’est pourquoi, Le Soleil parle d’éclairage de la condition humaine, et de toute situation (L’Hermite encore) Mais l’éclairage du Soleil n’est pas une petite lanterne dans la nuit, c’est celui de l’astre du jour ! Quand cet Atout est en jeu, il est question de révélations, de prises de conscience radicales, de dévoilement complet de ce qui est en jeu.

Le Soleil en tant que Père céleste est aussi l’époux de la Mère divine que représentait La Lune. Avec lui, et par la chaleur de son rayonnement, tout ce qui était en germination dans l’étang de La Lune, tout ce qui devait adopter le langage symbolique des rêves nocturnes et de l’intuition pour pouvoir parvenir jusqu’à la conscience, parvient à la pleine réalisation de soi. Ainsi, c’est la croissance et la joie de la croissance de son être qui est en jeu avec cet Atout. Et la joie d’une croissance partagée dans une fraternité et une sororité heureuses.

lecture_de_Voltaire.Salon_de_Madame_Geoffrin-GrandIl y a un lien très profond entre l’Atout XVIIII et le mouvement philosophique qui a traversé l’Europe et particulièrement la France au XVIIIe siècle : Les Lumières. Ce mouvement correspond en effet à un idéal très élevé, celui d’une fraternité et d’une sororité universelles qui pourraient naître du savoir, de la connaissance, de la vérité sur la nature humaine, des prises de conscience. Les droits universels de l’être humain s’enracinent dans cette époque et ont aboutis à la disparition de l’esclavage, à la Révolution française où il n’y avait plus l’autorité d’un seul et l’obéissance de tous, mais une citoyenneté qui s’exprima dans la célèbre devise des Républiques françaises : liberté, égalité, fraternité.

Les valeurs françaises et l’universalisme ont été remises en question, à la fin du siècle passé, par une gauche qui voyaient en elles des expressions lointaines du colonialisme. Mais cette posture insensée ne repose sur aucune compréhension solide du fait même de la fraternité : impossible aux êtres humains de s’entraider et de se soutenir mutuellement sans la reconnaissance de leur égalité foncière. Or celle-ci ne peut se réaliser complètement qu’avec la certitude, la foi que par delà les différences sexuelles et culturelles, ethnique et générationnelles, nous sommes tous, des enfants très proches, des êtres humains à l’humanité tellement partagée qu’aux yeux du divin, nos différences comptent peu. C’est le sens de cette gémellité qui est dessinée sur la Carte du Soleil : dans et par l’amour du Père divin, nous sommes tellement proches et semblables, tellement aimés chacun pour ce qu’il est, que c’est sous la forme de frères et de soeurs que nous apparaissons, et même de frères et de soeurs jumeaux. La Carte du Soleil est celle qui dissout littéralement l’envie et la jalousie ces deux fléaux de la fraternité et de la sororité familiales tout autant que de la fraternité et de la sororité universels. 

fraternité universelleLe Soleil en aimant tous ses enfants dans la plus parfaite égalité donne à chacun une joie immense, et c’est cette joie qui se redouble dans le partage et la communication qu’exprime cet Atout XVIIII. Cette joie naît aussi de la liberté qu’apporte la confiance du Père céleste en la nature bonne de ses enfants et en leur pouvoir de croissance propre. Ainsi, les murs du Soleil sont ouverts. La Maison du Père est toujours en lien avec le Ciel, jamais fermée sur le haut et depuis l’Atout XVI. Ces murs sont les protections qu’accorde le divin cependant à ceux qui ne sont encore que des enfants à ses yeux, car chacun doit indéfiniment croître dans sa propre divinité. Ce sont les restes de ces limites qu’imposaient les frontières du père tribal L’Empereur : bien que parfaitement libres, les enfants du Soleil ne peuvent pas faire n’importe quoi. Ils ne peuvent pas en particulier nier les besoins et droits des autres enfants du Soleil.

Bien évidemment qu’on trouvera dans Le Soleil des significations moins heureuses, puisque tout Atout peut et doit être lu aussi au 3e Niveau du Tarot : ainsi, Le Soleil peut indiquer un excès de révélation ou de prises de conscience. Il ne faut pas oublier en effet que l’Atout complémentaire du Soleil c’est La Papesse qui voile les secrets et les conserve. On peut se brûler à la vérité si l’on n’est pas prêt. C’est bien pourquoi, le travail de vérité commence avec La Lune et ses Intuitions nocturnes. On le sait, ainsi, la psychanalyse impose au praticien de ne jamais proposer ses interprétations. C’est au patient de parvenir lui-même à la vérité qui l’accable, car cette vérité alors ne lui apparaîtra que quand il pourra la supporter.

Le Soleil peut aussi brûler par un amour paternel œdipien excessif. Nous sommes alors là, dans les malheurs d’une relation triangulaire inadéquate, par une éclipse excessive de la mère, de La Lune donc.

jardin d'eteEn lien avec le premier Niveau du Tarot, Le Soleil parle de santé, de plein air, de corps sportif et bronzé. Bien évidemment il renvoie à un père présent, très affectueux, aimant ses enfants dans un amour égalitaire. Un tel Atout aussi de jumeaux, et d’enfance heureuse. 

En lien avec le second Niveau du Tarot, Le Soleil renvoie aux vacances d’été, et aux métiers liés à ces vacances, aux pays chauds, aux déserts. Tout ce qui correspond au chauffage de la maison est en jeu aussi avec cet Atout. Tout ce qui permet à la lumière d’entrer (vitres, etc.). Un tel Atout répond à la question des relations professionnelles de manière très heureuse : excellents rapports entre les collègues, soutien mutuel, collaboration, égalité, etc. 

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, Le Soleil parle des périodes difficiles liées aux prises de conscience, aux révélations soudaines, aux prises de conscience qui imposent une réforme de vie. L’authenticité, l’honnêteté, la véracité sont les vertus liées à cet Atout.

Un manque de solidarité, d’égalité de partage peut être désigné par cet Atout, tout comme l’orgueil de celui qui se prend lui-même pour un Soleil.

Ou au contraire, un idéal excessif d’égalité qui conduit à briser tout élan de liberté (comme ce fut le cas dans la glaciale URSS).

Un tel Atout peut aussi renvoyer à quelqu’un d’immature, qui refuse de quitter l’enfance, et le confort du Père, qui attend tout des autres et peu de lui-même.

Toujours dans cette interprétation en Niveau III, Le Soleil peut être l’indication d’un père à tendance incestueuse (psychologiquement), d’un manque de mère (rappelons-nous que La Papesse est l’Atout complémentaire). La Mère est alors souvent absente, cette mère qui protège en voilant partiellement l’enfant au père. Ne dirigeant plus vers elle son amour, l’amour du père pour l’enfant devient brûlant et malsain. 

Pourtant, à terme, cet Atout toujours bénéfique, vise l’autonomie et la croissance de l’âme humaine, ainsi que le développement de la solidarité et de l’entraide dans une fraternité universelle qui dépasse Dieu michel angetoutes les frontières terrestres, même si pour cela, il appelle à l’aide les valeurs de La Papesse son Atout complémentaire. 

En lien avec le quatrième Niveau du Tarot, Le Soleil parle du Père divin, Père céleste, ce Père d’amour et de miséricorde tel que le Christ l’a révélé au monde.

 

Pour finir cette présentation du Père Solaire, je vous propose une prière qui lui est particulièrement adressée :

 

Père divin,

Père solaire qui aime tous ses enfants dans la plus parfaite égalité,

Père de la Justice donc,

Mais Père, aussi, du pardon et de la miséricorde,

Pardonne à l’humanité toutes ses erreurs,

Permets qu’elle entre MAINTENANT dans l’ère des Coupes.

Répands dans le cœur de chacun l’esprit saint de fraternité et de sororité de Jésus, et les grâces de Mère divine

Que cela se traduise partout dans le monde en amitié, tolérance,  solidarité,  partage,  respect mutuel, particulièrement entre hommes et femmes et entre Peuples, en amour infini pour Mère Nature et esprit de protection à l’égard de nos soeurs et frères les bêtes.

Permets à ma génération de voir advenir l’ère des Coupes et l’Humanité royale, Réplique et Servante du Divin, Gardienne de la Terre, Protectrice de la biosphère, Créatrice de l’Eden, ce Jardin céleste et terrestre et que l’univers attend depuis toujours et que seule peut créer l’humanité oblative. 

 

 

 

 

 



Atout XVIII-La Lune

La lune

Atout XVIII

Coeur du Ciel

Divine sauvagerie, Nature sauvage

Cycle, passage, métamorphose, ressourcement

La Femme sauvage, la femme qui court avec les loups

Confusion, illusion, folie, schizophrénie

Rêves, Intuitions, Clairvoyance, Avertissements divins

Mère Divine, Mère Nature, Mère Nuit, Terre-Mère

Mère redoutable et mère de tendresse

Don de vie, de mort et de renaissance

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Aucun Atout, en dehors du Monde, n’est aussi important que La Lune. C’est l’Atout central du quatrième Niveau du Tarot, celui qui permet à l’être humain d’avoir accès à tous les autres Atouts des émanations célestes, celui qui fait le lien entre tous les autres. C’est aussi l’Atout sommet du tronc béni de l’Arbre de vie tarologique et de la troisième Verticale, celle de la féminitude, de la vie et de la mort, de la créativité et de la régénérescence. Les mots les plus importants parmi les mots-clés de cet Atout, ce sont : nuit, nature sauvage, mère divine, cycle et passage.

Beaucoup de taromanciens craignent cet Atout, voyant en lui une symbolique de la confusion, de l’imagination coupée du réel, de la folie aussi. En réalité, il s’agit là d’une des expressions les plus importantes des Bénédictions du Ciel qui sont symbolisées par les gouttes lunaires qui tombent sur la Terre. Cette interprétation négative de La Lune doit beaucoup au mental patriarcal qui dure depuis si longtemps sur Terre et qui a conduit à minorer des Puissances féminines parce qu’elles font peur, ses valeurs étant opposées à celles du Soleil, du jour, de la clarté du mental intellectuel et de la réalisation concrète. Mais sans cette puissance féminine, sans le lien sincère et aimant à notre Mère divine, la clarté du Soleil conduit à elle seule à un monde coupé de ses racines, un monde où la nature, les femmes et puis les enfants des femmes, y compris les fils, les futurs hommes sont instrumentalisés au profit d’un pouvoir mâle apparemment rationnel, en réalité totalement fou.

C’était oublier que le féminin sacré est puissant, et le Tarot est la Tradition qui lui rend le plus hommage, unique en cela, ce qui serait à elle seule une raison suffisante pour ne pas chercher à le ramener à tout autre Tradition. Et c’était oublier que cette puissance n’exclut pas le rationnel et encore une fois le Tarot le manifeste. Car, au sein de la Verticale des III, de la Féminité, de la fécondité, des puissance sacrées de la Vie et de la Mort, se trouve La Justice, l’incarnation tarologique de la Raison. L’imaginaire de La Lune ne déploie en effet ses immenses bénédictions qu’en faisant place à la raison, à la justice, à la mesure, à l’équilibre qu’incarne l’Atout VIII.

Mère-divineLa Lune, c’est notre Mère à tous, en tant que Mère-Nature, en tant que Mère-Nuit. L’Astre Lunaire est en effet le symbole par excellence d’un ensemble de Puissance qui relève du Féminin sacré dans sa dimension double de donneuse de Vie et de donneuse de Mort. A elle s’adjoint le symbole de la Mer, de la nature et de ses renouveaux cycliques, de l’instinct que met en scène l’Atout XVIII par les trois animaux de l’image, et enfin la Nuit qui, quotidiennement, nous donne un temps de repos, de petite mort, de ressourcement, de rééquilibrage, de réajustement. Dormir régénère.

Que se passe-t-il durant la nuit, pourquoi le corps repart-il chaque matin avec de telles nouvelles forces, que chaque jour est un nouveau jour ? Les hypothèses les plus intéressantes du monde scientifique actuel affirment que le sommeil et les rêves sont des moyens de réparer le code génétique que la journée aurait abimé, et de revenir à sa programmation individuelle que la société avec son conformisme tend à effacer. Le sommeil est aussi le moyen d’un lien avec le divin, cela les hommes le savent depuis toujours, eux qui ont toujours et partout fait du rêve les messagers des dieux. La capacité de rectifier les erreurs passées, de mieux agir en prévoyant le futur, et donc l’aptitude à la prémonition par les rêves est un des dons précieux de Mère Lune. Et ces dons sont ceux de la Nuit, ceux de la petite mort qu’est la Nuit.

La vie a été sacralisée par l’univers mental patriarcal qui avait en adoration la filiation des fils, et cette sacralisation a été coupée de la sacralité liée à la mort. Le rejet du Féminin sacré a conduit notre monde et surtout notre monde moderne à minorer, à cacher, à refouler le fait évident pourtant que tout don de vie est don de mort. Oublier que la mort est une bénédiction quand le corps est totalement usé, quand l’expérience de la vie humaine est aboutie ou quand au contraire l’individualité humaine s’est tellement éloignée de sa mission sur terre qu’elle est devenue un danger pour l’humanité elle-même… nous conduit à ne pas comprendre cette merveilleuse et puissante Carte qu’est La Lune.

18-LA-LUNAnuitLa Lune, en tant qu’Atout sommet de la 3e Verticale contient en elle la femme (L’Impératrice); tandis que l’humanité féminine toute entière n’est autre que le plus beau visage de la Mère divine elle-même. Les femmes épanouies dans leur féminité sont des Incarnations de La Lune et de ses avatars culturels (Ishtar, Isis, Hécate ou Artemis, Diane, etc.). Toutes possèdent potentiellement le don de donner la vie (et par là la mort, car vivre c’est un jour aller à la mort). Mais ce qui est plus troublant encore, c’est le fait que sans la femme, La Lune et sa grande puissance ne peuvent aller à leur plénitude. Tel est l’un des secrets que le Tarot dévoile à qui sait entrer dans sa structure : si La Lune est l’Atout complémentaire de L’Impératrice, cette dernière est, elle aussi, l’Atout complémentaire de La Lune, ce qui signifie que le pouvoir de vie de la Lune n’est pleinement actif en tant que pouvoir secret de l’intuition féminine et de la clairvoyance que grâce aux femmes et à l’éternel féminin. 

En tant qu’Atout sommet de la 3e Verticale, La Lune contient en elle aussi La Justice qui n’est autre, elle-même, qu’un moyen terme entre la vie et la mort. La Justice en effet est la Jardinière du Tarot, elle mesure les âmes, elle coupe ce qui est pourri, elle punit pour purifier. Elle donne la mort et le deuil pour donner la vie.

Et bien sûr en tant qu’Atout sommet de la 3e Verticale, La Lune contient l’Atout XIII, tout comme l’Atout XIII est porteur de vie (dans son épi de blé en colonne verticale).

Remarquons aussi la symbolique des Nombres. Dans le Tarot, le III est contenu dans le VIII, tout comme dans le XIII et le XVIII. Mais le nombre arabe 3 et aussi la moitié du 8. Le 8 représente deux 3 qui se font face et se joignent.

Vie et mort s’expriment dans le 8 comme deux cercles qui passent l’un à l’autre. Le 8 est aussi mouvement perpétuel, cycle et recyclement. Le cycle rythme la vie des femmes qui sont réglées par ce lien particulier qu’elles ont à la lune. Dans l’Atout XVIII, ces notions de passage et de cycle perpétuel sont mises en scène : deux maisons sont éloignées de la distance de la Carte en fond de paysage. Il s’agit bien d’aller de l’une à l’autre et c’est La Lune qui fait le lien. Ces deux maisons sont celles de la vie et de la mort, de la mort et de la vie, du sommeil et de la veille, de l’illusion et de la vérité, des instincts à la rationalité, etc.

Pleine-luneCe cycle est inscrit dans La Lune elle-même qui est aussi bien pleine lune que lune en croissant. Or la pleine Lune n’a pas du tout le même sens que la lune en croissant du point de vue symbolique. Là encore, c’est Georges Romey et ses précieuses analyses des rêves éveillés libres qui nous permettent de comprendre ce que cette Carte contient comme message : la pleine lune exprime le pouvoir menaçant du féminin sacré quand la lune en croissant manifeste l’amour et la tendresse infinie pour l’enfant. La pleine lune est une lune froide, distante, punitive, redoutable. La lune en croissant est au contraire « une figure d’accueil, une image qui appelle à se blottir ». Et l’une et l’autre sont complémentaires en la femme qui, dans sa tendresse fusionnelle et sans le détachement et l’éloignement promis par La Justice, serait une mère abusive. Pour trouver sa féminité complète et intuitive, toute femme doit donc affronter en elle la mère dure et punitive, la mère qui donne la mort tout autant que la vie, mère toujours juste cependant.

Nous l’avons dit, la Lune qui contient en elle toute la 3e Verticale du Tarot est double, elle est vie et elle est mort, elle est tendresse et elle est justice froide et punitive. Mais il ne faut pas avoir peur de cet Atout quand on le tire. C’est toujours une bénédiction qui vous est offerte. L’un des aspects de cette bénédiction consiste dans la réconciliation possible avec la Mère de notre histoire individuelle : ainsi, l’Atout XVIII présente-t-il le visage de la lune non dans la lune entière, froide, distante, glaçante et punissante, mais dans la tendre lune en croissant qui domine et inclut en lui l’autre lune. L’amour maternel dans sa tendresse contient la droiture froide de la Justice, nous l’avons dit. Cet Atout nous invite ainsi à nous ressourcer auprès de notre maman terrestre, et dans l’impossibilité, de trouver refuge auprès de la Mère divine. La Lune est celle qui guérit l’image dégradée de la mère-araignée que nous rencontrons avec La Papesse et la Verticale des II ou de la mère crabe ou écrevisse qui a refusé le contact de tendresse de peau à peau avec l’enfant et la caresse. Aussi bien est-ce cette même Verticale qui offre la plus belle image de la mère refuge, de la mère de l’absolue tendresse, de la mère miséricordieuse qui guérit et non punit : L’Étoile qui est l’Atout par excellence de la Vierge Marie.

On reproche beaucoup à l’Atout XVIII d’être l’expression de l’illusion, des imaginations vaines, etc. Mais c’est l’inverse : La Lune guérit de l’illusion en envoyant des rêves rectificateurs. Elle demande à ce qu’on écoute le message de ses rêves qui sont des avertissements venus du divin lui-même. Elle accorde le don de double vue, de clairvoyance, de médiumnité (qui fait comme elle le lien entre la vie et la mort). Si La Lune représente  l’épreuve de la folie et de l’illusion, c’est toujours et seulement dans la relation au 3e Niveau du Tarot, niveau des épreuves et des grandes vertus.

loups furieuxOn reproche aussi à La Lune d’être l’Atout de l’animalité, de l’instinctif, du pulsionnel. De fait, aucun être humain n’est présent sur la Carte, ce qui la rapproche de La Roue de Fortune. Mais, contrairement à cette dernière qui avant d’être une porte sur le Ciel ne fait que répéter indéfiniment les mêmes erreurs conformistes et sociétales, La Lune est salvatrice dans son lien à l’animalité. Elle rappelle à l’être humain qu’avant d’être un animal social il est un être vivant, obéissant aux règles de la nature, enracinées dans des pulsions et instincts nécessaires à la fois à sa survie et à son épanouissement individuel. C’est en s’enracinant dans la nuit, dans le ressourcement du sommeil, dans les messages des rêves que l’être humain pourra être enfin un être spirituel. Pour cela, il ne faut pas qu’il refoule son ombre ou l’animalité qui sont en lui mais les sanctifie par une reliance au Ciel. Ne pas perdre la femme sauvage en soi est une dimension essentielle de la réalisation de son humanité féminine.

Chien lunaire et Loups ont leur rôle à jouer dans cette Carte de La Lune : le chien est le gardien de la routine, des cycles, des répétitions rassurantes quand le loup est gardien du seuil, guide du passage d’un monde à l’autre, dévorateur et initiateur, berger qui emmène d’une vie morte à une vie vivante : « le loup se tient à l’orée d’un lieu où le Moi du patient doit accepter de mourir à ce qu’il est devenu pour naître à ce qu’il aurait dû devenir » (G. Romey, Dictionnaire de la symbolique, I). Aucune autre parole ne peut mieux faire comprendre ce lien profond que l’imaginaire fait entre le loup, la lune, la vie, la mort et la renaissance.

Enfin, beaucoup de tarologues évoquent le fait que la lune est un astre à la lumière dérivée, secondaire donc au regard du Soleil. De fait, dans ce quatrième Niveau du Tarot, l’Atout XVIII précède l’Atout XVIIII. La Lune en réalité rend le feu du ciel accessible à l’être humain. Ce feu du Ciel doit être médiatisé avant d’être supporté. Ainsi, La Lune, astre du passage, fait le lien entre L’Étoile qui symbolise l’humanité apte à recueillir les émanations du Ciel. Et après avoir recueilli la musique des sphères, et la lumière astrale, l’âme humaine qu’incarne L’Étoile recueille la rosée argentée de la Lune. Ce n’est que dans un second temps qu’elle recueillera la rosée dorée du Soleil. Ce fait exprime une réalité évidente : c’est souvent la nuit que se fait la digestion de la vérité, que celle-ci s’élabore de manière à être supportée par le rêveur et par les prises de conscience qu’il va faire après avoir compris le sens de son rêve. Les grandes inventions de l’humanité, les grandes intuitions de la vie humaine doivent tout à la tendre sollicitude de la Reine du Ciel, de l’astre lunaire qui est la Médiatrice entre l’humanité et le divinViergeMarielunaire.

En lien avec le premier Niveau du Tarot, La Lune parle de la mère biologique, de la famille, de la communauté familiale. Elle renvoie aussi au corps de la femme, à ses rythmes, aux règles, mais aussi à l’instinctif du corps humain, à son enracinement dans la nature et la vie. Elle rappelle la fécondité féminine et peut être indicatrice de conception.

En lien avec le second Niveau du Tarot, La Lune évoque les métiers de la nuit, métiers liés aux eaux dormantes, aux eaux fermées, à la mer. Elle renvoie à l’élevage des crustacés, des loups, des chiens. Elle parle de déménageurs.

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, La Lune peut être indicateur d’illusions, de brouillards, de perte de repères, de folie même, et de débordement pulsionnel. Elle invite à rétablir l’équilibre entre l’imaginaire et la compréhension rationnelle. Elle oriente vers l’apprentissage de l’interprétation symbolique.

Et de même, si La Lune peut renvoyer à la souffrance infinie de celui ou de celle qui n’a pas eu une bonne mère, elle invite à se lier à la Mère divine et à ses plus belles représentations religieuses et culturelles.

gaia2Enfin, si La Lune renvoie à la sorcière, à la femme sauvage, ce n’est jamais pour nous conduire à les rejeter, mais au contraire pour savoir tirer d’elles les enseignements essentiels dont elles sont porteuses.

En lien avec le quatrième Niveau du Tarot, La Lune parle de Gaïa, notre Mère terre. Elle parle d’Hecate, de Kali, de la sauvage Artémis, sœur du Soleil Apollon.

La Lune est Shakti et Devi. Elle est la Mère universelle de tous les êtres. Elle est la Dame de tous les Peuples. 

 

(merci à Passerelle éco, le chant des arbres pour ces très belle représentation de Mère divine et de Gaïa  )                       



Atout XVII- L’Étoile

L’Étoile

Atout XVII

Foi, mystère sacré, destinée

La Vierge aux grâces et au manteau étoilé

Chant des étoiles, bain de lumière stellaire

Intuition et clairvoyance

Simplicité d’être

Anima, féminité virginale et maternelle

Service, don, altruisme

Vulnérabilité, servitude et humiliation

 17 Etoilenuit

 

Le deuxième Atout du dernier Niveau du Tarot est l’un des plus beaux. Il s’agit de L’Étoile. C’est un Atout de la Nuit, du Mystère sacré, de l’Anima, de la féminitude dans son éternelle virginité. Il n’est pas faux de le considérer comme l’un des Atouts les plus bénéfiques du Tarot, « Atout de la chance pure » disent certains taromanciens, car cet Atout parle effectivement des Bénédictions du Ciel au même titre que tous les Atouts du 5e Niveau, celui qui exprime les émanations du Ciel et la possibilité humaine de les recueillir.

Etoile-viellevilleCertains pourraient s’étonner de cette interprétation qui fait de L’Étoile un Atout cosmique où est en jeu des émanations du Ciel puisque c’est un Ciel étoilé et non un astre qui émet des gouttes de lumières qui est représenté là. Mais le Ciel étoilé des rêves est un Ciel qui offre un bain de lumière, une onde stellaire, et un chant d’étoiles. Regardez le très inspiré Tarot Vieville et son interprétation de l’Atout XVII : un savant, certainement un astronome ou même un astrologue, est assis sous un ciel étoilé, où une immense étoile suinte des gouttes de lumière, à l’instar de La Lune et du Soleil. 

Le dernier Niveau du Tarot est en effet en relation harmonique avec les Coupes et l’élément Eau qui n’est pas l’eau terrestre, mais la rosée spirituelle, l’eau qui s’épanche du Ciel pour nourrir la Terre de sa spiritualité. Avec L’Étoile, nous avons le seul Atout qui traduit très clairement cette réception de la pluie stellaire, de l’onde divine, puisque la jeune femme possède deux vasques remplie de cette eau divine dont elle épanche le précieux contenu dans l’eau et le sol de la Terre.

L'Etoile-sforzaComme aucun autre Atout, L’étoile est, de ce fait, signification du destin ultime de l’être humain : faire le lien entre le Ciel et la Terre, devenir le Gardien et le Protecteur de la biosphère, créer et entretenir l’Eden, ce Jardin céleste et terrestre à la fois que seule l’individualité sainte peut en effet servir. L’Étoile est la Jardinière divine du Tarot. 

Si L’Étoile est à même de devenir ce Serviteur du divin (on la voit un genou à Terre, le genou droit et non le gauche : elle ne sert pas le Roi, le pouvoir politique, mais le divin lui-même), c’est parce qu’elle a renoncé aux expressions égotiques de son être. L’Étoile est une altruiste. Appartenant à la Verticale de l’altérité, elle ne représente le plus haut aboutissement. Après avoir porté l’altérité en soi avec La Papesse, après l’avoir aimé dans son exotisme avec Le Chariot, après avoir appris à supporter son oppression sans se perdre soi-même avec Le Pendu, L’Étoile a appris à Servir et à Aimer. Elle répand sur le monde le flux de sa compassion et de sa tendresse. 

Elle  fut libérée des obsessions égotiques et de la volonté de contrôle par La Maison Dieu. Nue, elle incarne la Simplicité sainte. Entièrement tournée vers la gauche, elle est Méditation et Prière dans son activité même. Elle est Marthe parce que Marie. Et cette oraison qui l’accompagne en tout ce qu’elle fait l’a conduit à l’acceptation la plus parfaite de son destin. Elle n’a nul besoin de le contrôler. Elle a acquis tout ce que Le Pendu a su comprendre de la réalité et désormais, elle a les mains libres pour agir en fonction de ses intuitions fulgurantes et profondes. Elle a la foi et celle-ci s’enracine dans sa confiance absolue dans sa mission sur Terre.

3e oeilLe corps de L’Étoile et son Moi ont été ouverts aux émanations célestes. Et en son être, pénètre les énergies stellaires, symbolisées par la Couleur bleu nuit, bleu presque Indigo, bleu du chakra du troisième œil qui donne la connaissance intuitive et même la clairvoyance. Ce chakra n’est ouvert que quand l’être humain accepte de s’en remettre entièrement à une destinée imprévisible et à sa bonne étoile. Il obtient alors la connaissance véritable. Il voit. Il a les yeux ouverts. Il sait. D’où cette représentation du chakra frontal par un oeil.

Le Serviteur du divin n’a plus jamais peur, n’est plus jamais humilié quoiqu’il arrive, n’est plus jamais en colère. Il sait que tout son être Sert la vérité, la connaissance, l’action juste, le bien. Il agit en étant les mains du Seigneur dans la tendresse, la compassion maternelle. L’Étoile est en effet l’Atout liant le virginal au maternel.

Écoutons ce que dit G. Romey des rêves de Ciel étoilé : « Un ciel de nuit bleue, plein d’étoiles, est un vaste manteau de mystère offrant au regard la contemplation de l’impénétrable. » Un tel rêve de nuit étoilée est rêve de musique des sphères, et les étoiles du ciel emmènent vers la foi, de laquelle la confiance en sa destinée est toujours l’expression la plus sûre : le Ciel étoilé, en effet, « rétablit un rapport de confiance avec le Mystère ». L’étoile toujours montre le chemin. Elle rend l’être à sa simplicité et lui ouvre la porte de la véritable liberté. On ne peut se tromper en suivant sa bonne étoile. Celle-ci ouvre le chemin et mène à la sagesse. C’est un symbole évident de Vénus, mais avant elle d’Ishtar, la Déesse mésopotamienne qui a inspiré l’image d’Ashéra, la Déesse compagne de Yahvé avant l’instauration du monothéisme hébraïque. Comme Ishtar, L’Étoile du Tarot a huit branches. Elle est le guide de tous les bergers et de tous les voyageurs.

En tant qu’étoile du matin et étoile du soir, L’Étoile est aussi ce qui fait le lien entre le jour et la nuit et, dans le Tarot, entre La Lune et Le Soleil qui vont suivre. Entre ces deux mondes et leurs valeurs opposées, elle est fille qui rend le flux des informations possibles. Elle éclaire Le Soleil des intuitions de la Nuit et de La Lune, et elle permet à celles-ci de s’exprimer dans le monde solaire de l’action et de la réalisation.letoile (1)

En acceptant l’imprévisibilité du devenir, expression de la liberté divine elle-même, le rêveur renoue avec la féminité de son âme, son anima. Et tout en lui devient onde : « L’étoile du rêve dit la Source primordiale et le flux de vie qui composent un destin. Elle est du monde de l’humide. Elle est eau, femme, animal. Sa lumière est une lumière qui baigne » rappelle encore G. Romey. Sa longue chevelure ruisselle sur son dos et rejoint l’eau de la rivière. Dans cette humidité féminine et spirituelle, elle a su recueillir l’eau stellaire pour la répandre dans la rivière (l’eau de la terre, les émotions) et sur la terre (les réalisations concrètes), et ainsi transformer la Tour en Arbre de Vie, et la verticalité humaine en verticalité qui entraîne la totalité du monde naturel dans ce lien entre le Haut et le Bas.

Mais bien sûr, L’Étoile bien qu’Atout merveilleusement béni, comporte des significations propres au Niveau III du Tarot, Niveau en lien avec les Épées et l’Air, Niveau des épreuves et des vertus humaines issues de ces épreuves. L’Étoile parle alors de la grande vulnérabilité d’une personne incapable de voiler ses intentions et sa bienveillance et qui se heurte aux manipulations, mensonges, et violences d’autrui. Si elle est protégée, elle est aussi en butte à de nombreuses épreuves qui l’a rapprochent du Pendu, son prédécesseur dans la Verticale des II. Serviteur du Divin, sa foi la protège alors de l’amertume et du désespoir. 

N’oublions pas aussi que le complémentaire de L’Étoile est L’Empereur : sans la réalisation concrète que représente ce dernier, sans la force mâle de celui qui impose sa loi au monde, L’Étoile reste dans les rêveries de la nuit et ne parvient pas à sortir de son seul élan spirituel. L’Étoile tend, si elle ne trouve pas en elle la force de son complémentaire L’Empereur, à rester une sorte de Pierrot lunaire, étourdi, un peu perdu dans le monde réel. Elle reste alors Marie, celle qui prie, sans parvenir à être Marthe, celle qui Sert dans le monde concret. 
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En lien avec le premier Niveau du Tarot, L’Étoile parle de la jeune fille éternelle, de ces femmes qui ne peuvent jamais sortir complètement de l’adolescence, de celles qui sont liées à leur Mère pour toujours, qui n’ont donc jamais d’enfants, dont le destin est d’être la tante parfaite, l’amie de sa mère, la femme enfant de son amant. Ce n’est pas une femme qu’on épouse ou alors c’est une femme qui ne peut évoluer vers la maternité. En vieillissant, elle reste lune éternelle vieille jeune fille. Elle est bien plutôt destinée à être la maîtresse d’un amant plus âgé. Pour advenir à la plénitude de son destin et sortir de l’état de jeune fille, il lui faut rencontrer Le Père et l’homme (par une psychanalyse ou en se mariant avec l’amant et en ayant des enfants).

En lien avec le second Niveau du Tarot, L’Étoile renvoie aux métiers liés à la féminité adolescente, mais aussi à ceux qui traitent de l’eau (travail sur les rivières et fleuves comme pénichiers), de la nature (agriculteur), des oiseaux (ornithologue par exemple). Les métiers de la nuit sont possibles aussi. L’art est en jeu parce que la beauté de la jeune fille renvoie aux peintures et sculptures.

cendrillonEn lien avec le troisième Niveau du Tarot, L’Étoile indique une période de grande vulnérabilité, un manque de souci des apparences, une trop grande transparence de soi. On ne sait pas se protéger. Il faut apprendre à revenir à La Papesse et à son message : savoir se préserver du regard d’autrui. 

L’Étoile renvoie aussi à une idéalisation coupée de toute réalisation. Il faut désormais passer à l’action.

Enfin, l’Atout XVII parle d’humiliations, de vexations, de blessures d’amour-propre, et souvent d’exploitation et de servitude.

Dans l’univers patriarcal qui fut celui de l’ère de Bâton et qui reste en partie celui de l’ère des Épées, les femmes sont toutes des Étoiles entrées dans une servitude, une humiliation, une non-reconnaissance de leur valeur terrestre et spirituelle invraisemblable. Ventres reproducteurs à la filiation des fils, servantes de leurs époux et de leurs fils, esclaves sexuelles, elles ont enduré une aliénation de leur féminité durant plusieurs millénaires.

Mais nous sommes en passe de quitter l’ère d’Épée et d’entrer dans l’ère des Coupes. Alors la féminité ne sera plus un poids et un enfermement, mais le moyen d’une révélation et d’un sacerdoce spirituel qui feront des femmes les guides des hommes, de leur fils, de leur frères, de leur compagnon de vie, de leur amant. Toutes alors seront proches de la Bien-Aimée du Cantique des cantiques. 

Les grandes vertus qui ressortent de ces longues épreuves et qui seront transmises aux hommes, ce sont l’humilité sans humiliation, mais aussi la franchise et la droiture sans exposition à un excès de vulnérabilité.

Mexico-ND-de-Guadalupe-vierge-gros-plan--2-En lien avec le quatrième Niveau du Tarot, L’Étoile parle de l’âme humaine dans sa relation avec le mystère de sa destinée. Elle est aussi le symbole de la Vierge divine qui, dans la religion chrétienne a pris la forme de Marie, mais qui existe dans d’autres cultures. Ainsi, elle est Perséphone pour les Grecs, et Proserpine pour les Romains, cette Déesse essentielle aux mystères d’Éleusis. 

D’où cette désignation ancienne qu’on trouve aussi dans Convers par exemple : Le Toille. La Toile qui entoure le corps nu de la jeune vierge de l’Atout XVII n’est autre que le manteau étoilé de Marie. Cette jeune fille est, en tant qu’âme humaine, en tant que représentante du Féminin sacré dans sa virginité immaculée, l’éternelle Vierge qui est aussi la Mère divine la plus tendre. Toujours accompagnée de l’oiseau car il fait le lien entre le Ciel et la Terre, entre la vie, la mort et la renaissance, qu’il soit rapace noir dans les religions anciennes, colombe blanche dans la religion chrétienne. La Vierge sainte est celle qui offre au monde l’Eau céleste de vie, l’onde qui permet de revivre en accord avec sa destinée, l’onde qui sauve. N’oublions pas l’importance, pour les Apparitions de la Vierge Marie, de ce flux de grâces qui toujours se répandent de ses mains au monde. C’est L’Étoile éternelle de tous les Peuples. 17 Etoile

Nous avons privilégié le bleu nuit pour illustrer L’Étoile, mais nous voyons que le choix de Pamela Smith d’un bleu turquoise pour signifier le Ciel et le manteau de Marie est parfaitement légitime : cette couleur turquoise qu’on retrouve sur les Bouddhas et en Iran est le symbole de la guérison spirituelle et physique, ainsi que de l’amour inconditionnel qui sont les attributs de la Vierge Marie dans la vision chrétienne de la Mère divine. c’est aussi la couleur du ciel à l’aurore, quand l’étoile du matin, fille astrale, fait le lien entre sa mère, La Nuit-Lune, et son père, Le Jour-Soleil. 

Comment terminer ce petit moment passé avec L’Étoile sans offrir une prière à la Puissance féminine virginale et maternelle, et qui offre à l’humanité refuge, protection et consolation. L’Étoile est la médiatrice par excellence. L’énergie qui permet à  l’humanité de supporter le feu du Ciel pour en répandre la semence sur la Terre. 

Mère divine, Mère de tendresse et d’amour,

Étoile du matin et Étoile du soir,

Rose parmi les roses,

Guide, Protectrice et Bienfaitrice de l’humanité,

Sois infiniment remerciée pour le flux ininterrompu de  grâces que tu offres à l’humanité depuis toujours et pour toujours,

Ainsi que pour ton amour maternel miséricordieux.

Libère l’humanité de la guerre, de la corruption, des effets pervers de la mondialisation et de la finance, de l’injustice, de l’envie, de la maladie et de tout ce qui l’accable.

Ouvre maintenant le coeur de tous les êtres humains à l’Esprit saint de Jésus et au flux de tes grâces.

Que chacune et chacun connaisse et accomplisse sa mission sur Terre dans la joie, la santé et le bonheur !

Que chaque peuple soit heureux de former avec tous les autres cette humanité une, et arc en ciel, que tu désires !

 

 

 



Atout XVI-La Maison Dieu

La Maison Dieu

Atout XVI

La Porte du Ciel, la Tour

L’inversion des points de vue

La Révélation, l’Illumination

La Transfiguration

L’Épreuve majeure

16maisondieu 

La Maison Dieu est l’Atout qui pose le plus de problèmes d’interprétation. Certains y voient un feu d’artifice, une fête nationale, le 14 Juillet, une manne céleste, un coup de chance incroyable, un trésor qui bombe du Ciel… et d’autres la Tour de Babel, la catastrophe radicale, un cataclysme naturel, et d’une manière générale le coup de sort qui tombe sur la tête du consultant comme la foudre du Ciel pour détruire sa vie et ses espoirs. Et rien, dans la seule iconographie de la Carte, ne nous permet de trancher entre ces deux interprétations tellement opposées. Pour pouvoir interpréter de manière juste cet Atout, il est donc nécessaire, encore une fois, de le situer dans le Système en 4×5 et comprendre la signification du nombre XVI.

Tout d’abord, il s’agit de l’Atout le plus élevé de la Verticale des I. Il nous parle donc, au sein du cheminement de l’individualité humaine en construction, de la dernière étape, avant que la Réalisation parfaite engagée par la voie initiatique s’exprime dans le dernier Atout du Tarot qui est aussi un Atout où le I est en jeu : Le Monde, Atout XXI. Ce n’est pas un hasard si La Maison Dieu se trouve au-dessus de La Force dans cette Verticale des I : alors que l’individualité représentée par l’Atout XI est fermement installée dans son être (contrairement à L’Amoureux divisé, partagé, tiraillé entre les influences contradictoires qui sont en lui), cette individualité arrivée au Niveau des Calices qui recueillent les émanations du Ciel et la rosée spirituelle doit désormais s’ouvrir au divin. C’est ce que représente l’iconographie de la Tour qui, dans le Tarot de Marseille classique (Conver) est solide, ferme, parfaitement linéaire dans sa verticalité, mais voit sa couronne crénelée ouverte sur le Ciel : la Tour est ouverte et peut recevoir toute la rosée spirituelle qui tombe en pluie du Ciel. 

as-de-coupeLa Maison Dieu est aussi l’Atout qui commence le dernier Niveau, le 4e Niveau du Tarot qui est en relation harmonique avec les Coupes. Tous les Atouts de ce Niveau sont en effet des Calices permettant de recueillir les émanations du Ciel, des émanations très visibles sur les iconographies des Atouts à partir de l’Atout XVI. Ce sont les Grâces et l’aptitude humaine à les absorber que représentent tous les Atouts du dernier Niveau du Tarot. Dans ces conditions, ils ne peuvent jamais être interprétés comme des Cartes négatives. Mais bien sûr, comme toute Carte, les Atouts-Calices obéissent aux quatre Niveaux d’interprétation et ont donc, parmi les significations familiales et corporelles, sociétales, et enfin spirituelles des significations d’épreuves et de la construction de vertus correspondant au 3e Niveau du Tarot en relation harmonique avec les Epées.

Cet Atout de l’Individualité humaine en construction manifeste par son Nombre, le XVI, qu’avec lui tout de la Terre est en place, mais qu’en ce qui concerne le Ciel, un seul Calice est ouvert. Ce dernier est représenté par le premier V, c’est celui de l’aspect mâle du Ciel (ou terre du Ciel qu’incarne aussi, dans les Nombres, l’élément Air et qui est issue de la digestion des grandes épreuves de la vie humaine en une vertu essentielle). Le deuxième Calice, celui qui permettra de recueillir les émanations du Ciel, est à construire, et cette construction qui se termine avec l’Atout XX commence avec La Maison Dieu.

C’est en ayant en tête le croisement de la Verticale des I avec ce 4e Niveau du Tarot, et en n’oubliant pas la posture de première Carte de ce dernier Niveau du tarot que nous pouvons aborder en toute sécurité l’iconographie pour l’interpréter. Que voyons-nous ? Quels éléments doivent être immédiatement et objectivement saisis dans cette iconographie ? Quatre éléments essentiels (n’oublions pas que le XVI est un 4×4, le nombre quatre est redoublé quatre fois) ressentent de la Carte : une Tour d’abord, deux personnages dans une posture inversée (les pieds dirigés vers le ciel, les mains sur le sol), des boules multicolores qui tombent du Ciel, une plume ou série de plumes qui relie (nt) le haut ouvert de la Tour au Ciel.

Que signifie la Tour ? C’est une construction en pierres, souvent carrée, très élevée. C’est une image qui est l’exacte représentation du XVI en tant que 4 fois 4. Or, le 4, représenté dans le Tarot par L’Empereur, est comme les édifices en pierres symbole de frontière, solidité et base. Il est le fondement du carré, lui-même fondement de la Tour. Le seize, carré de quatre, indique dès lors « l’accomplissement de la puissance matérielle » rappelle le Dictionnaire des Symboles Chevalier et Gheerbrant. La solidité, la fermeté, mais aussi la fermeture et la pesanteur sont les expressions de ce nombre seize en tant que 4 fois 4.

La Tour est encore un symbole d’élévation : elle est une construction humaine qui relie la terre au ciel en ligne droite, semblable à cet avant-dernier « I » qu’on voit dans le Nombre XVI. En ce sens, il est bon de rappeler ce que signifie le nom « Babel » de la Tour de Babel biblique : « la porte du Ciel ». Faut-il s’étonner dès lors de ce nom « Maison Dieu » ? La Tour de Babel dans son sens initial, c’est-à-dire avant l’interprétation hébraïque était un Temple habité par le divin. Cette ziggourat mésopotamienne était construite en étages de plus en plus étroits incarnant les Cieux et les planètes : Saturne, en noir à la base, Jupiter avait son séjour dans l’étage dédié au blanc, le rouge était habité par Mercure, le bleu par Vénus, le jaune par Mars, l’argent par la Lune et l’or au sommet était dédié au Soleil. Cette Tour avait pour objectif de permettre aussi bien la descente des dieux sur la terre que la montée des hommes jusqu’au divin.  

Zigourate de BabyloneBien évidemment quand on sait l’importance des couleurs dans les ziggourats mésopotamiennes et leur symbolique stellaire, on comprend mieux le sens de ces boules tombant du ciel. N’oublions pas que le cercle et la sphère s’opposent directement au carré et au cube, le cercle et le carré étant avec la croix et le centre l’un des quatre symboles universels fondamentaux. Alors que le carré indique la séparation et la frontière, le cercle parle d’absence de distinction et de division. Selon le Dictionnaire des symboles, « le cercle symbolise l’activité du ciel, son insertion dynamique dans le cosmos ». Il rejoint les symboles de la divinité penchée sur la création et lui donnant vie. Très clairement, nous avons là une descente des émanations stellaires et célestes sur la Terre que symbolisent ces « confettis » dessinés sur la Carte. Il ne s’agit pas du tout d’une explosion de la pierre et de la Tour, mais d’une imprégnation divine qui se répand sur toute la terre, grâce à ce lien entre le Ciel et la Terre que représente la Tour, ce Temple dédié à la communication entre les hommes et le divin.

PlumeCette interprétation est corroborée par le symbole de la plume qui est lui aussi opposé à la pesanteur que contiennent le nombre 4 et l’image de la pierre. La plume résume l’oiseau qui lui-même résume le lien entre la terre et le ciel, la possibilité d’une élévation sans pesanteur, d’une merveilleuse légèreté. Or cette plume ouvre le haut de la Tour, sa couronne en quelque sorte, permettant aux émanations célestes d’y entrer. Nous avons-là exprimée la transmutation alchimique : quand la pierre devient philosophale, emplie de lumière, investie de divinité. Cette Maison Dieu est dès lors le Temple universel ou la Cathédrale suprême (pierre remplie de lumière, pierre aérienne, pierre libérée de la pesanteur) qui s’opposent aux religions révélées dans leur rigorisme lourd et antispirituel. Le prêtre, rabbin ou imam disparaît et fait place au berger véritable comme le montre clairement le très inspiré Tarot Vieilleville, celui à qui Dieu délègue véritablement une partie de son autorité, parce qu’il est un véritable guide spirituel. N’est-il pas intéressant que dans la cure en rêves éveillés libres, tels que nous les XVIvieville (1)présente G. Romey, le personnage du Berger intervient quand la personnalité est prête à abandonner « l’attitude de compétition exacerbée » qu’incarne précisément l’image de la Tour ? La Maison Dieu indique la fin des guerres de religion. Alors, le véritable lien entre l’homme et le divin cesse d’être une tour, même une tour ouverte sur le haut et allégée, remplie de lumière. Il s’incarne dans l’arbre sacré, le poteau divin, le symbole vivant et le plus ancien du lien entre la terre et le ciel. Un arbre qui va se retrouver dans l’Atout suivant, L’Étoile, mais que symbolise aussi les personnages de La Maison Dieu.

Reste à comprendre, en effet, la posture inversée des personnages de la Carte : deux individus, tournés l’un vers la droite, l’autre vers la gauche, l’un visible tout entier, l’autre par le haut du corps seulement, ont les mains sur la terre et les pieds dans le ciel. Nous n’ignorons pas la signification, dans le Tarot, de cette posture inversée puisque nous l’avons rencontrée avec Le Pendu. Mais, ce dernier était pieds et poings liés. Il était confronté à la verticalité par l’impuissance de l’horizontalité. Ces deux personnes ont au contraire toute leur puissance, puisque leurs mains sont visibles, agissantes et agissante dans ce monde matériel (leur couleur est de chair). Mais ces mains qui agissent sur la matière (elles sont posées sur la terre) le font dans la plus parfaite des inspirations puisque les racines de leur être (les pieds) sont du Ciel et non de la Terre. Les pieds sont donc jaunes, c’est-à-dire solaires et non plus rouges (comme ceux du Mat, de L’Empereur, de l’Amoureux, et du Pendu lui-même), jaunes comme ceux du Bateleur, parce que la potentialité solaire que contient ce dernier est enfin réalisée.


arbre
C’est ce qui explique aussi la raison pour laquelle beaucoup d’arbres de vie se sont incarnés, comme symbole majeur de la spiritualité humaine et dans de nombreuses cultures, dans un arbre inversé : les racines sont celles du Ciel, les fruits sont ceux qui, nourri d’une sève spirituelle, sont néanmoins pleinement terrestres. L’arbre inversée fait circuler les énergies du haut et du bas pour réaliser l’Eden sur Terre, ce Jardin à la fois du Ciel et de la Terre. 

Les deux personnages, en outre, se partagent l’orientation droite-gauche parce que peu importe qu’ils soient femme ou homme, introspectifs ou actifs, c’est toujours la même spiritualité qui agit en eux et par eux. A eux deux, comme l’ensemble des symboles de cette Carte, ils incarnent la réconciliation des contraires : terre et ciel, droite et gauche, féminin et masculin, carré et cercle, pierre et plume, pesanteur et légèreté, matérialité et spiritualité, etc. 

En tant que liée au premier Niveau du Tarot (corps, famille), La Maison Dieu parle de révélations familiales, de prises de conscience salutaires, de libération à l’égard des coutumes et mœurs oppressantes.

Il peut s’agir d’une guérison subite d’un mal ancien, d’un allégement, d’un amincissement brutal par un repositionnement dans la relation à la nourriture.

Elle parle aussi de l’habitat avec soit une impression de surdimensionnement, de pesanteur, de lourdeur, ou au contraire d’un lieu investi par la lumière.

En tant que liée au second Niveau du Tarot (investissement sociétal), La Maison Dieu parle de bâtisseurs, de maçons, de constructeurs, de superstructures, de poseurs de fenêtre et de toits, de métiers liés aux plumes (matelassiers costumiers), mais aussi des métiers qui conduisent à des prises de conscience (thérapie familiale, psychanalyse), à des révélations (enquêteurs). Terrassiers, métiers de l’explosif.

Cette Carte renvoie aussi aux métiers de l’acrobatie, aux artificiers, etc.

Par son nom de Maison Dieu (proche du terme Hôtel Dieu, la maison initialement destinée à l’accueil des pèlerins puis au soins des pauvres, des malades, des handicapés, lepreux, etc. et qui se trouvait toujours accolée à la Cathédrale médiévale), cette carte renvoie à l’hospitalisation et à l’enfermement, ainsi qu’aux métiers de soins médicaux en maison hospitalière, mais aussi la maison de retraite, et tout bâtiment collectif où l’on séjourne sans pouvoir aller et venir à sa guise. 

piemontais (16)En tant que liée au troisième Niveau du Tarot (épreuves et grandes vertus), La Maison Dieu évoque les épreuves qui finissent toujours par une réforme intérieure très bénéfique. Ainsi, on peut retrouver là cette notion de châtiment divin qui est liée à la Tour de Babel biblique, mais en n’inversant complètement la signification de ce châtiment divin : ce n’est pas parce que les hommes cherchent à s’élever jusqu’au divin qu’ils sont punis, mais parce qu’ils tendent, dans leur quête spirituelle ou leur relation à la religion à être figés, oublieux de leur incarnation terrestre, divisés, compétitifs, croyant que le divin leur appartient (parlant de « leur dieu » comme d’une possession).

Et s’ils subissent une épreuve majeure, de type cataclysmique, c’est pour qu’ils aillent non vers la division (la perte de la langue commune que raconte la Bible hébraïque), mais au contraire vers l’unité, la simplicité, la conscience que si Dieu existe il ne peut pas faire autrement de par sa nature divine même qu’aimer tous les êtres humains dans la plus parfaite égalité. Le but est donc plus de conscience, plus d’unité, plus d’amour, plus de lumière.

Retenons surtout cette idée essentielle : La Maison Dieu est un Atout éminemment positif. Certes, il prend souvent la forme d’une épreuve majeure, mais soyez assuré que celle-ci sera réussie et finira par alléger la vie de l’individu, le débarrasser des pesanteurs inutiles, des structures étouffantes de sa vie, et le mènera à la simplicité d’une vie de berger, guidé par les étoiles, ayant lui-même appris à guider avec amour son troupeau.

Alors, oui, la notion de Châtiment divin est bien incluse dans cet Atout, mais ce châtiment est une bénédiction, une manifestation de l’Amour divin pour sa Créature. Il a pour but non d’humilier, non de rabaisser, non de briser, mais de purifier, d’élever, de ramener l’individu enfermé dans sa tour d’ivoire égotique et égoïste, dans ses peurs, dans ses certitudes religieuses mortifères, à sa destinée de confiance et de simplicité qui est celle de toute âme qui se laisse guider par les étoiles. 

C’est en grande partie la signification de l’Atout complémentaire de l’Atout XVI : Le Pape. Celui qui a la chance d’avoir rencontré La Tour et l’éveil spirituel qu’elle enjoint, devra devenir, lui-même, le berger d’un troupeau encore en chemin, tout comme Le Pape est l’enseignant spirituel par excellence du Tarot. 

Trasfiguration-fra-AngélicoCet Atout XVI enjoint enfin de cultiver en soi la parfaite confiance en son destin spirituel, et en l’amour du divin pour chacun de ses enfants. N’oubliez pas que la Tour est toujours cette antique Porte du Ciel qui est le sens véritable de ce symbole : elle ouvre sur le Ciel étoilé qui va suivre avec l’Atout XVI. 

En tant que liée au quatrième Niveau du Tarot (les émanations du Ciel), La Maison Dieu trouve sa signification la plus aboutie.

Elle parle alors d’illumination, de réalisation, de transfiguration, de transmutation, de spiritualisation radicale de la vie humaine. L’éveil a quelque chose de brutal et d’évident. C’est une radicale transformation du rapport au monde qui engendre un nouveau monde autour de soi. L’humanité royale est alors en jeu.

La Maison Dieu représente aussi le dépassement de toute religion, l’ouverture à la sacralité spirituelle quand l’humanité est capable de faire de l’ensemble de la Terre, un Temple sacré. 

 

 

 

Ps : merci pour l’arbre stylisé du site vivre ses racines.

 



Atout XV-Le Diable

Le Diable

Atout XV

Le Tentateur

Faiblesse de la chair

Individualisme, envie, manipulation

lucidité et liberté

spiritualisation de la chair

Le Diable

 

tarot-devilLe Diable représente la dernière Carte du troisième Niveau du Tarot, niveau en relation harmonique avec l’élément Air et avec la Couleur d’Épée. Ce Niveau est celui des grandes épreuves de l’humanité, mais aussi celui des grandes vertus, celles qui ouvrent le cœur des êtres humains aux émanations du Ciel, celles qui les transforment en calices pour recueillir ces émanations et transformer la Terre.

Étant le dernier Atout du 3e Niveau du Tarot, Le Diable représente à la fois la plus grande épreuve que l’être humain et l’humanité dans son ensemble peuvent rencontrer, mais aussi la plus grande vertu qui puisse en être tirée.

Cette épreuve est, d’abord, représentée par les deux diablotins qui sont aux pieds du Diable, enchaînés. C’est leur propre impuissance qui est représentée par le fait qu’ils ont les mains dans le dos, leur incapacité à suivre leur propre chemin, la nécessité qu’ils sont d’obéir aux décisions et volontés du Diable souverain du Monde, placé sur le globe comme s’il en était le maître et qui, au contraire, garde sa main (son pouvoir) libre, visible et bien ouverte.

marionnetteCette main bien montrée du Diable indique qu’il a la main sur la situation. C’est  un « manipulateur » au sens premier du terme : il use de sa main pour faire des autres de purs instruments de sa volonté. Pour lui, les autres ne sont que des pions sur son jeu et des pions qu’il manœuvre à sa guise et à ses propres fins, tel un joueur d’échec. Incontestablement, cette Carte indique l’épreuve qui consiste à être mis en présence d’un pervers narcissique, et de façon plus grave encore, l’épreuve que consiste, pour l’humanité, le risque de devenir ce monstre, cet être à la limite de l’humanité que représente celui qui est dépossédé de tout altruisme et de tout sens moral.

Que nous dit encore l’iconographie du Diable sur cette aliénation humaine ? Le personnage est terriblement puissant. Il domine la scène de bien plus haut que le Pape auquel souvent il est comparé du fait du partage de ce même V qui, en réalité, se trouve aussi dans les Atouts du X (où deux V se rejoignent en leur centre). C’est un être du pouvoir. Il aime le pouvoir qu’il possède sur les autres et c’est une de ses motivations premières.

Bien souvent, on met l’accent sur le flambeau qui est le sien pour rappeler l’un des noms que la religion chrétienne a donnés au démon : Lucifer, le porteur de lumière. Mais regardez bien ce flambeau : c’est le feu rouge de la passion qu’il incarne et non le feu de la lumière qui, au contraire, éclaire d’autres Atouts, particulièrement l’Hermite et Le Soleil. Certes, ce flambeau pourra éclairer la nuit noire d’une lueur rougeoyante, mais ce n’est pas sa première signification. 15-le-diable-Noblet

Pour atteindre la lucidité qu’incarne aussi Le Diable, il faut d’abord prendre en considération l’aveuglement qu’il représente dans un premier temps. S’il est aveuglé, c’est parce que chez lui, le ventre parle avant tout, ventre qui domine l’iconographie traditionnelle et sur lequel un visage apparaît et parfois un visage aux yeux fermés. Qu’est-ce que symbolise ce ventre au visage ? La faim, le désir, la soif de possession et de pouvoir, de gloire, de jouissances orientent toute la personnalité. C’est un être marqué par l’avidité. Nous sommes encore là dans la passion, et cette passion n’a rien de noble, la passion qui organise la perception, si bien qu’on en perd toute objectivité. Ce sont les impulsions les plus vitales, les plus égoïstes qui sont en jeu.

Le corps du Diable est ambigu. Il s’est doté de tous les atouts de la séduction. Il sera femme ou homme pour séduire sa proie. Il refuse de s’enfermer dans un genre parce que son but, c’est manipuler l’autre, et pour cela, il est prêt à jouer tous les rôles et à compléter, apparemment, celui qu’il entend manipuler, lui accordant, en apparence, tout ce dont il a besoin, l’enchaînant en réalité à lui. Les yeux des diablotins sont fixés sur son phallus. Mâle ou femelle, ils sont fascinés par sa puissance de séduction, incapables désormais de penser à autre chose.

yeux-diable_converRegardez les yeux du Diable. Ils louchent. Ce personnage ne voit pas bien. Il ne voit pas clair. Son aliénation est fondée d’abord sur un manque de lucidité. Cette loucherie a cependant d’autres significations. D’abord, c’est un personnage « louche », quelqu’un envers qui notre intuition nous met en garde : il n’est pas ce qu’il paraît être. Il y a une distinction entre un apparaître gentil, plaisantin (la main levé en petit signe, la langue tirée, les yeux croisés), et une réalité dangereuse. Les yeux qui louchent signifient aussi que cet individu est égocentrique. Ses yeux se centrent au lieu de regarder droit devant lui. Le regard qui louche enfin est significateur d’envie : l’envieux louche en effet sur ce qui lui fait envie. Il y a une tradition ancienne qui relie le mauvais œil et l’envie, et dès lors l’envie et la sorcellerie. Nous sommes-là dans l’obscurité la plus profonde de l’âme humaine. L’envie n’est pas, en effet, un défaut, un vice, un péché comme les autres. Il ne contient aucune lumière. Il est une haine de soi redoublée en haine violente, rageuse sur autrui. C’est l’envie la cause du mal qui divise la fraternité humaine, depuis l’aube des temps, et lui nuit comme aucune autre réalité. C’est elle qui a fait de Caïn le meurtrier de son frère. C’est l’envie qui a conduit les frères de Jacob à vouloir le tuer et finalement à le vendre comme esclave. Le Diable est envieux de ceux qu’il s’apprête à manipuler. Il les envie parce que ce sont précisément des êtres qui diffusent une certaine lumière même s’ils sont aussi trop naïfs. Or de cette lumière (altruisme, joie, confiance), Le Diable se sait dépossédé. 

sphinge-roue-de-fortune-camoinCet être mi-homme mi-bête ressemble, cependant et par bien des côtés, à la Sphinge de l’Atout X. De fait, comme dans l’Atout V et dans l’Atout X où le pape et la sphinge surplombaient une scène collective, Le Diable est un personnage qui domine son monde. Marqués par le bleu, la couleur du Ciel, ce personnage est en réalité un Gardien du Seuil. Ce qu’il garde c’est l’entrée dans le dernier Niveau du Tarot. Comme Le Pape et La Sphinge, puis plus tard Le Jugement, Le Diable se trouve à la fin d’un Niveau. Il clôture de Niveau et ouvre sur le suivant.

En tant que gardiens du seuil, le Pape, la Sphinge et Le Diable posent une question à ceux qui arrivent jusqu’à eux : « Es-tu capable de t’émanciper des influences familiales ? » demande le Pape qui enjoint ses ouailles à trouver en eux la curiosité du monde.  « Es-tu capable de sortir de l’éternelle répétition du conformisme ? » demande La Sphinge qui cherche l’individualité potentielle de celui qui vient à elle. « Sauras-tu faire preuve de lucidité sur ta propre nature humaine et admettre tes propres aliénations ? » demande le Diable à celui qui est parvenu jusqu’à lui après avoir traversé toutes les épreuves du 3e Niveau du Tarot.

Ce Diable n’est pas dès lors la seule expression du démoniaque tel que nous l’avons d’abord décrit. Il représente à la fois le personnage de Lucifer et celui de Satan qui ont, tous les deux, un rôle particulier au sein de la Création divine.

Satan, l’adversaire, est le Juge par excellence, celui qui, par les pires épreuves, a pu vérifier la foi de Job. En ce sens, Le Diable mène tout droit à la Carte qui le surplombe dans la Verticale des V : Le Jugement, tout comme il ouvre la porte de cette Maison-Dieu qui le suit, en tant que Maison de Dieu, Temple véritable parce qu’universel. C’est le maître spirituel par excellence, celui qui fait suite à la dureté de l’Atout XIII et qui domine l’ensemble du 3e Niveau fait d’épreuves et de tentations. C’est l’Enseignant par excellence, plus puissant que Le Pape et plus implacable que la sphinge de la Roue de Fortune.

LuciferLucifer est, quant-à lui, l’ange déchu. En réalité, c’était le préféré de Dieu. De ce fait, c’est l’ange de lumière qui a accepté de s’incarner pour ensemencer la Création de la lumière divine et qui, en plongeant dans la matière, savait qu’il s’y oublierait lui-même et sa nature céleste, pour tomber dans le matérialisme, dans la chair, dans l’individualisme qu’implique toute incarnation. Il représente à cet égard, le grand Sacrifié de la Création, et les êtres humains iront jusqu’à perdre l’idée même de son sacrifice, assimilé qu’il fut simplement par eux à la plus grande incarnation du mal.

Pourtant, en s’enfonçant dans l’obscurité de la matière, la lumière qui était en Lucifer a travaillé celle-ci siècle après siècle. Son refus même du divin, sa promotion de l’athéisme sont porteurs d’une lumière indispensable à toute spiritualité authentique. Comme le disait la philosophe et mystique Simone Weil, l’athéisme représente la purification du religieux. Car tout dans le religieux n’est pas spirituel. Beaucoup de chose relève en lui du culturel et même du culturel le moins spirituel, celui qui justifie l’inégalité entre les êtres humains, la soumission des uns aux autres, la manipulation des uns par les autres… ce qui nous conduit tout droit dans les bras…  du Diable.

Et à la fin des temps, Lucifer retrouvera sa place, en tant que maître spirituel de l’humanité. Dès lors, Le Diable est aussi la Carte de la rédemption. Et cette Carte offre dès  lors, aussi, une tout autre symbolique que celle de la perversion narcissique qui est aussi la sienne.

tarotvievillexv-le-diableLe Diable, en tant que Carte du 3e Niveau n’est pas en effet que l’expression d’une terrible épreuve pour l’humanité, elle parle des plus grandes vertus, celles qui transforment l’humain en coupe spirituelle, capable de recueillir la rosée céleste du 4e Niveau. Cet Atout  parle alors de spiritualisation du corps, de la chair et de la matière, mais aussi de la lucidité quant aux capacités de l’humanité à s’élever toute seule jusqu’à sa propre réalisation. Cette lucidité est manifestée par l’iconographie de certains Tarots : des yeux ou des visages se trouvent partout sur son corps. Ce dernier n’est plus seulement une matière vivante biologiquement, c’est une chair de conscience et d’amour. Le corps du Diable est bleu dans presque tous les Tarots anciens. C’est la spiritualisation de la chair que cette couleur désigne et singulièrement celle de la sexualité humaine. Le Diable, dès lors, ne parle plus alors de la dépendance que la sexualité engage entre les hommes et les femmes, mais du don mutuel, de l’union sanctifiée que représente la Chambre d’amour

La main du Diable grande ouverte exprime dès lors le salut, celui que le personnage central rend à l’humanité éveillée à sa propre spiritualité par la sanctification de la chair. C’est une main amicale, sans arme. Les cornes du Diables sont celles du Cerf, bleues, spiritualisées elles aussi. Le Cerf c’est le père et le roi de la forêt, le guide suprême. Le Diable représente alors l’ange qui protège les amants de la forêt par le silence des sous-bois, de tout regard louche sur eux, de toute impudeur du regard. La loucherie du Pape prend aussi un autre sens : celui de la méditation, quand on se recentre sur l’intériorité.Les amants dans la forêt, ou à l’abri des regards dans la chambre, se donnent mutuellement dans un acte de désir et d’amour qui est une véritable méditation et la première Porte du Ciel.

étoile du diableLucifer et la Carte du Diable représentent, aussi, une forme d’humanisme : l’amour de la vérité scientifique et de la rationalité, mais aussi le refus presque iconoclaste du sacré. Le Diable se moque des autres et du sacré en tirant la langue, c’est lui qui invite l’humanité à rire de tout, y compris des images pieuses. La  moquerie à l’égard des imbécillités religieuses et le blasphème se révèlent en effet  des étapes nécessaires, celles qui correspondent au rejet de la valorisation religieuse de l’au-delà et de la chasteté qui, durant des siècles, ont imprégné les esprits aux dépens de l’amour et du respect de la nature, de la joie de vivre, de la liberté, de la réalisation sexuelle et de la plénitude de la chair.

Le BaphometC’est la signification de cette étoile inversée qu’incarne le Diable : la pointe de l’étoile est tournée vers le bas, vers la terre, vers la nature, vers l’obscurité même de la nature humaine, afin que celle-ci soit mise en lumière et transfigurée ce qui sera le fait de la Maison Dieu, Atout qui suit Le Diable. Cette étoile s’est incarnée aussi, au sein de l’histoire de l’occultisme, dans le Baphomet des Templiers et de la franc-maçonnerie. Le Baphomet incarne la sagesse quand celle-ci  ne vient pas d’une vision idéalisée et angélique de l’humanité, mais d’une conception de l’homme acceptant son incarnation comme enracinée dans le plus profond et le plus obscur de la Terre. Le Baphomet symbolise l’humanité ayant accepté l’ombre et la nuit qui sont en lui et qui en a tiré une grande puissance.  En ce sens, Le Diable est l’exact opposé de Tempérance qui représente au contraire une humanité angélique imaginaire coupée de la Terre. Alors que Tempérance incarne l’idéalisme qui risque d’être une brutalité, Le Diable symbolise un réalisme et un matérialisme qui finissent par être un humanisme, quand les hommes ayant renoncé au divin et à l’au-delà s’efforcent de vivre le mieux possible sur la Terre. C’est la spiritualité de la Terre qu’il propose et une spiritualisation de la chair par l’athéisme quand ce dernier s’élève jusqu’à l’humanisme. Et certains d’entre nous, les athées, en resteront là. Et c’est leur droit, par la liberté que le divin a accordé à l’humanité, et une liberté qu’incarne la Carte du Diable.

gratte-ciels

Le Diable est, de ce fait, l’incarnation du monde moderne, monde individualiste, matérialiste, ayant lucidement rejeté les vieilles religions et dénoncé l’aliénation et les illusions qu’elles incarnent. Mais ce stade doit, lui-même, être dépassé, car peu d’êtres humains peuvent être régulés par leurs seules forces propres et par le seul idéal humaniste de la fraternité humaine. De ce fait, le monde moderne athée et individualiste n’est pas assez humaniste pour ne pas courir à sa perte. Ce monde est tellement la proie des pulsions d’appropriation et de possession qu’il s’est coupé de la Mère-Nature pourtant racine des pulsions vitales. Le Diable, Prince de l’âge des Épées, appelle dès lors un dépassement de l’athéisme et de l’humanisme et promet l’entrée dans l’ère des Coupes.

La Terre va cependant à sa perte si les croyants et tous ceux qui ont besoin d’un lien spirituel à la transcendance ne digèrent pas la sagesse du Diable et ses critiques du religieux. Campés sur leur indignation de croyants blessés par le blasphème, ils ne parviendront pas à dépasser les particularismes religieux pour se relier les uns aux autres dans une fraternité universelle fondée aussi sur la foi. Ne parvenant pas à être heureux et à construire leur bonheur sans l’aide du divin, ils doivent cependant dépasser les cloisonnements religieux et leurs particularismes pour s’élever jusqu’à la Cathédrale universelle, jusqu’au Temple unique que représente La Maison Dieu. Mais il ne le pourront que grâce à l’aide de l’athéisme et de ses critiques religieuses, grâce à l’attitude blasphématoire purificatrice du Diable.

Eros-AmoureuxN’oublions pas que Le Diable a pour complémentaire L’Amoureux, celui qui est touché par la grâce divine, par les flèches de l’amour divin. Pour aller à la Réalisation ultime qu’incarne Le Monde dans le Tarot, Le Diable doit donc ouvrir son cœur aux flèches de l’amour divin, à l’érotique mystique ce qui est bien autre chose que la simple transmission religieuse. On comprend alors que cette flèche du petit angelot de l’amour a pour fonction principale de permettre à l’humanité de passer des croyances anciennes, traditionnelles, culturelles (que représente la vénérable dame de gauche), à l’érotique spirituelle universelle qui inclut en elle toutes les religions (qu’incarne la jeune fille en fleur). Car, de même que la lumière blanche n’est accessible qu’en fusionnant toutes les couleurs, la nature divine authentique implique qu’on accepte de nourrir son âme à la Révélation de toutes les religions et même à l’humanisme athée. La lumière divine ne peut en effet être diffusée sur Terre qu’en passant par le prisme de la coloration culturelle. Mais pour remonter à la vérité de sa lumière on doit dépasser chaque coloration culturelle par laquelle l’appréhension humaine du divin est rendue possible.

En lien avec le premier niveau du Tarot, Le Diable parle de sexualité dans le couple et de la dépendance mutuelle, mais aussi de tromperie, d’adultère, d’expériences adolescentes multiples, de bisexualité. Un membre de la famille est dangereux pour l’équilibre familial. C’est potentiellement un pervers narcissique, à tout le moins un manipulateur.

En lien avec le second niveau du Tarot, Le Diable renvoie aux personnalités charismatiques, séductrices, manipulatrices, aux gurus des sectes, aux jeux d’argent, aux casinos, aux débits de boissons, aux thérapeutes de l’addiction, aux sexologues, à la mafia, à la criminalité.

Il invite à faire usage de sa ruse, de ses capacités de dissimulation, de manipulation, et d’être comme un joueur d’échec, avançant ses pions avec une conscience générale du jeu qui est devant soi. 

En relation avec le troisième niveau du Tarot, Le Diable parle de rencontres très difficiles avec un manipulateur, un faux gentil, un menteur, un diviseur, un pervers narcissique d’autant plus dangereux qu’on ne le voit pas du tout comme tel. Il met en garde le consultant, l’informant d’une épreuve l’attend dans l’ordre de la soumission, de l’addiction, de la passion malheureuse et destructrice. Il dénonce l’individualisme, l’envie, la manipulation.

Mais il annonce aussi la possibilité d’une prise de conscience libératrice, d’une nouvelle lucidité. Il est le symbole, par excellence de l’humanisme, de l’athéisme qui est aussi une spiritualité. Il invite à la sanctification de la chair par une sexualité sainte.

as-de-coupeEn relation avec le quatrième Niveau du Tarot, Le Diable met en scène la dernière grande épreuve de l’humanité, celle du monde moderne, celle de l’athéisme et de l’individualisme. Il représente le gardien du seuil d’une ère totalement différente, l’ère des Coupes, où l’humanité royale découvrira l’authentique spiritualité contenue dans chaque religion, mais aussi dans l’humanisme athée.

C’est alors que chaque croyant admettra son besoin de Présence divine non pas parce qu’il obéira au dressage culturel et religieux que représentent les menaces de châtiments et les promesses de l’au-delà paradisiaque, mais parce que sa soif d’amour absolu et sa faim de spiritualité et de grâces ne peuvent être comblées que par la rosée spirituelle promise à tous les êtres humains sur Terre, à égalité.

Le Diable bleu ciel est alors le symbole, par excellence, de la rédemption de l’humanité, de la spiritualisation de la chair et de la sexualité, et des relations charismatiques au monde fondée sur une authentique spiritualité. C’est le maître spirituel par excellence.

 

 

 

 



La Verticale des III

La Verticale des III

ATOUTS III, VIII, XIII et XVIII

L’IMPÉRATRICE, LA JUSTICE, LA MORT (ou Carte sans nom) et LA LUNE

DONNER LA VIE

 

18luneLa Structure du Tarot en 4 fois 5 Atouts encadrés par Le Mat et Le Monde n’a pas seulement pour avantage d’être conforme aux règles du jeu de Tarot dont on peut raisonnablement penser qu’à travers elles quelque chose d’essentiel à la signification profonde du Tarot a pu se transmettre à travers les âges, ni seulement de structurer le Tarot en quatre Niveaux qui sont en harmonie avec les quatre Couleurs qui organisent les Honneurs et les Nombres, elle met à jour cinq Verticales qui sont autant de chemins courts pour relier Le Mat, l’Atout du soubassement, au Monde, l’Atout de l’Achèvement.

Les cinq Verticales ne s’imposent pas seulement par une Structure en 4 fois 5 du Tarot, elles se manifestent par le partage des cinq premiers nombres : en plus de la Verticale des III, il y a donc la Verticale des I qui réunit Le Bateleur, L’Amoureux, La Force et La Maison Dieu ; la Verticale des II où l’on trouve La Papesse, Le Chariot, Le Pendu et L’Etoile, la Verticale des IIII qui lie L’Empereur, L’Hermite, Tempérance et Le Soleil, et enfin la Verticale des V avec Le Pape, La Roue de Fortune, Le Diable et Le Jugement.

Structure du Tarot en 4x5La IIIe Verticale est la plus importante de toutes, car elle se situe exactement au cœur du Tarot. Elle est la Voie par excellence, mais aussi, pour ceux qui connaissent l’Alchimie, la voie humide et féminine que peuvent choisir de pratiquer les Adeptes. Elle est la Verticale de la Vie, verticale qui contient en elle la mort comme un processus de la vie, la petite mort et la grande mort. Elle est la Verticale du renouveau perpétuel de la vie, de la procréation, de la création, de l’accouchement, mais aussi de la taille et de la mort.

Elle lie les quatre Atouts féminins qui incarnent la Vie dans son entièreté : L’Impératrice, La Justice, L’Atout XIII et La Lune : il n’y a pas de vie sans une matrice maternante (L’Impératrice), sans la taille de ce qui est nuisible à la vie (La Justice), sans la mort qui permet le renouvellement de la vie (Atout XIII) et sans la nature et sa puissance de renouvellement continuel de la vie (La Lune). Ainsi la IIIe Verticale élève de la mère terrestre jusqu’à la Mère divine que représente La Lune en passant par la petite mort quotidienne (La Justice) et la grande mort sans laquelle la vie sur terre serait impossible (Atout XIII).

13arcanesansnomDans chaque Verticale nous voyons les Atouts se lier les uns aux autres par affinité, par opposition, par complémentarité. La IIIe ne fait pas exception : A l’Atout III, L’Impératrice qui se situe tout en bas de la Verticale, Atout de la femme, de la féminité procréative et créative, répond par une affinité particulièrement forte, l’Atout XVIII, La Lune qui incarne la Déesse, la Mère divine et la Nature, tout comme le microcosme qu’est le féminin humain répond le macrocosme du féminin sacré de la Divinité.

Cette correspondance forte entre L’Impératrice et La Lune est en accord avec les Couleurs avec lesquelles elles sont en affinité : aux Deniers du premier Niveau du Tarot s’accordent les Coupes du dernier Niveau, Couleurs féminines, réceptives et passives, correspondant elles-mêmes à la Terre et à l’Eau.

Mais L’Impératrice appartient à d’autres Couples au sein de cette Verticale. Ainsi, L’Impératrice, la femme au foyer, la mère et l’épouse fait couple avec La Justice, l’Atout VIII, qui représente la femme puissamment investie dans le monde économique, sociétal et politique, la femme active, la professionnelle, la juge, la femme directrice, la représentante politique.

Il se trouve en effet que les deux premiers Niveaux du Tarot sont aussi en grande affinité, en tant qu’expressions féminines et masculines de la Terre du Tarot, tout comme les deux Niveaux suivants (IIIe et IVe) sont en affinité en tant qu’expression du Ciel du Tarot.

8justiceAinsi, on trouvera une affinité forte aussi entre La Mort et La Lune. On ne doit pas oublier, en effet, que les deux maisons qui sont dessinées sur l’iconographie de l’Atout XVIII représentent la maison de la vie et celle de l’au-delà. La lune et les déesses qui l’incarnent dans l’Antiquité (Hécate en particulier) sont à la fois mères divines de la fécondité, mais aussi grandes passeuses entre la vie et l’après-vie.

Il n’est pas plus étonnant que La Justice (Atout VIII) soit en harmonie forte avec L’Atout XIII (la mort) : la mort est en effet la Justice par excellence, celle qui répare toutes les erreurs judiciaires, toutes les inégalités de la vie, toutes les injustices ordinaires en mettant chaque être humain au même niveau que tous les autres. Et de même que La Justice est la Carte de la petite castration, de la séparation, de la taille de ce qui, en soi, tend à se développer inconsidérément, de même L’Atout XIII représente la grande Castration, la grande séparation, la grande Taille de la vie qui oblige à faire son deuil de ce qui, en soi, doit accéder au renoncement, au détachement.

3imperatriceLa grande affinité qu’il y a entre L’Impératrice et La Lune, tout comme entre La froide Justice et la terrible mort de l’Atout XIII n’empêche pas une affinité secondaire et complémentaire entre L’Impératrice et l’Atout XIII, la mort. Celle qui donne la vie, en la donnant, doit accepter que son don de vie est aussi don de  la mort, puisque la vie n’est possible que dans un laps de temps dont on n’a pas la maîtrise. De même, l’Atout XIII ne trouve son sens véritable que dans la continuité de la vie dont L’Impératrice est l’expression.

Une même affinité secondaire existe entre La Justice et La Lune qui sont complémentaires : la froide, rationnelle et distanciée Justice complète l’imaginative, fusionnelle, confusionnelle Lune. Aussi bien l’une a besoin de l’autre, car l’une et l’autre participent au féminin sacré dans son entièreté, un féminin sacré qui ne serait pas entier sans La Justice, la femme froide qui la tête sur les épaules et qui s’investit dans la vie professionnelle, mais non plus sans l’intuition féminine puissante de La Lune, une intuition qui s’enracine dans la participation du féminin aux mystères sacrés de la Nature, notre mère à tous.

La Verticale des III n’est pas seulement le centre d’une Structure du Tarot qui se distribue en 5 Verticales, elle est le tronc de l’Arbre de Vie qu’est le Tarot. Elle est unique pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle réunit des Atouts qui sont complémentaires l’un de l’autre, quand les autres Atouts trouvent leur complémentaires dans d’autres Verticales – les Atouts de la Verticale du I trouvent ainsi leur Atout complémentaire dans la Verticale des V et vice-versa, et ceux de la Verticale des II dans la Verticale des IIII -. Ensuite parce que ces complémentaires croisent avec les Atouts de la contradiction dont l’Atout XXI révèle l’importance. Il n’est pas lieu ici de tout expliquer de ces complémentarités et du dépassement nécessaire de la contradiction dans une même Verticale, et vous trouverez des articles à ce sujet dans les Catégories Tarot : Structure et tirages, il suffit pour l’heure de savoir que deux Atouts sont complémentaires quand leur addition conduit au nombre XXI, et sont contradictoires quand ils relèvent de Niveaux opposés (I et III, II et IV).

Ainsi, du point de vue des Atouts complémentaires, L’Atout III est complémenté par l’Atout XVIII, et vice-versa, tandis que l’Atout VIII est complémenté par l’Atout XIII. Mais du point de vue des contradictoires, l’Atout III trouve son opposé dans l’Atout XIII, et l’Atout VIII dans l’Atout XVIII. Nous ne sortons jamais de la même Verticale, et en ce qui concerne les complémentaires, c’est unique. Ainsi tous les Atouts de la Verticale des III sont intimement liés les uns aux autres, tous doivent être mis en relation avec les autres et de toutes les manières possibles afin que le centre du réel humain serve de Tronc sacré, Poteau sacré, à partir de quoi se déploie la totalité d’une sacralité humaine et divine. 



Atout XIIII-Temperance

Tempérance

Atout XIIII

Angélisme et brutalité de l’idéalisme

Gnosticisme, vouloir faire l’ange et faire la bête

Idéal tempéré par le réalisme

Partage, échanges, amitié, respect mutuel

Fraternité universelle

 

Temperance-Jodo

 

S’il y a un Atout mal compris, c’est bien Tempérance dont on ignore la situation au sein du Système en 4 x 5 du Tarot, et dès lors qu’il est au croisement d’une Verticale mâle et d’un Niveau dédié aux épreuves et aux grandes vertus spirituelles qui en sont issues. 

Verticale des IIIIComme le manifeste déjà  appartenance à la Verticale des IIII, Tempérance qui n’est pas « La Tempérance » représente un ange de nature masculine, faisant de lui un élément d’une mâlitude archétypale qui réunit L’Empereur, L’Hermite, et Le Soleil.

La lecture d’une iconographie pourtant très claire s’obsède habituellement du seul fait qu’il s’agit d’un ange qui mélange deux types de fluides, pour en tirer toutes sortes d’interprétations qui ne sont que partiellement justes car elles ne  tiennent compte ni du fait que cet ange ailé ne rayonne pas, alors que c’est le cas de tous les autres anges du Tarot, ni qu’il ne vole pas alors que, de même, le vol ailé caractérise la situation ou l’action des trois autres anges du Tarot et qu’on trouve en Atouts VI (L’Amoureux), XX (Le Jugement) et XXI (Le Monde). L’absence de rayonnement et de vol montre bien qu’il ne s’agit pas du tout, dans cet Atout, d’une inspiration divine, mais d’une attitude humaine qu’il faut donc décrypter, en n’oubliant pas l’appartenance à ce troisième Niveau du Tarot et qui est en relation harmonique avec les Épées, Cartes des épreuves avant d’être celles des grandes vertus spirituelles.

Loin d’être cet Atout  si tranquille et serein que certains tarologues et taromanciens ont vu en lui l’expression principale de « vacances », ou cet Atout uniquement positif de l’équilibre et de la mesure, il incarne d’abord une des plus grandes épreuves que doit vivre l’humanité avant de s’éveiller à la rosée du Ciel, une épreuve plus difficile que celles de la violence (Atout XI), de l’impuissance (Atout XII) et du deuil (Atout XIII), mais moins difficile que celle qui est liée au Diable : l’aliénation en toute conscience. Tempérance, parallèlement, promet une vertu supérieure au courage (Atout XI), au renversement des perspectives (Atout XII) et au détachement (Atout XIII), bien que moins essentielle que la lucidité que promet Le Diable.

Le nom de « Tempérance » ne fait que désigner du doigt la vertu qu’il faut cultiver quand cet Atout est en question. Mais ce mot de Tempérance a au moins une autre signification : il devrait, aussi, être entendu dans la langue des oisons en usage chez les alchimistes du XVe siècle qui a vu naître le Tarot : Tempérance est le temps de l’errance, c’est-à-dire un temps long de l’erreur, et une erreur de laquelle l’humanité gargouilles_Notre-Damea bien du mal à se sortir, parce qu’elle ne ressemble pas à une erreur mais, au contraire, endosse l’habit de la spiritualité, l’habit de l’ange.

Quelle épreuve et quelle errance peut ainsi rectifier, cette vertu de tempérance, qu’est aussi l’Atout XIIII ?

C’est l’iconographie qui nous l’apprend : il s’agit pour celui qui veut faire l’ange de garder les pieds sur terre et de mettre de l’eau dans son vin. Il y a un proverbe français qui est admirablement illustré par Tempérance : « qui veut faire l’ange fait la bête ». C’est l’angélisme ou son extension : l’idéalisme, que représente d’abord Tempérance, deux tendances dangereuses pour l’être humain en chemin spirituel car elles conduisent à des excès et même un extrémisme. Cet angélisme et cet idéalisme sont particulièrement en jeu dans les idéologies religieuses, mais on les voit à l’œuvre dans les activités politiques et humanistes. Ainsi, si l’islamisme fondamentalisme qui ravage notre monde est né d’un idéal religieux, l’idéalisme communiste et athée fondé sur une volonté de justice et un idéal de d’égalité a abouti, préalablement et au cours du XXe siècle, à l’un des pires totalitarismes historiques.

Il est éclairant de considérer la Carte complémentaire de Tempérance, le Chariot, pour comprendre l’Atout XIIII : l’idéalisme peut être aussi violent qu’une conquête, qu’une forme de colonisation. Et c’est souvent en son nom que ces dernières sont entreprises. Ainsi, répandre une religion ou un idéal humaniste ont donné bien des excuses aux colonialistes des temps passés.

A l’heure actuelle, nous vivons l’épreuve conjointe, à la fois, de Tempérance et du Diable, et dans leurs milieux naturels respectifs si on peut dire : le milieu religieux fondamentaliste pour Tempérance et le libéralisme économique pour Le Diable. Le terrorisme islamiste fait, en effet, pendant aux excès issus d’une mondialisation libérale qui instrumentalise l’humanité à la recherche du seul profit d’une élite commerçante soumise à un but purement égoïste, celui de la richesse. Mais l’espoir m’anime, car Tempérance et Le Diable sont les deux derniers Atouts avant l’ouverture aux Atouts cosmiques. Nous sommes au plus important tournant de toute l’histoire de l’humanité : où bien elle se détruit, ou bien elle se métamorphose avec l’Atout suivant : La Maison Dieu.

Pour en rester à la partie qui concerne Tempérance, rappelons que le terrorisme islamiste est né dans le sol angélique d’une des religions les plus généreuses qui soient, où l’orphelin et le pauvre sont en particulier traités avec une grande bonté. Les terroristes islamistes, comme tout terroristes, sont des idéalistes qui veulent « sauver le monde » de ses péchés et de ses turpitudes par des actions considérées comme des moyens certes mauvais, mais nécessaires. Or, aucun idéal ne peut, en réalité, justifier l’injustifiable.

Krishnamurti est à mes yeux le philosophe et la personnalité spirituelle la plus consciente des méfaits de l’idéalisme, aussi il ne faut pas s’étonner si l’essentiel de son enseignement incarne, mieux qu’aucune autre philosophie, la sagesse du Diable : seul, affirme-t-il, celui qui a pris conscience de l’aliénation que représentent les religions, les croyances, les idéologies de toutes sortes, y compris de l’humanisme, a les yeux ouverts sur la réalité de la condition humaine. Pour Krishnamurti, il faudra bien qu’un beau jour, l’humanité commence à Voir le réel tel qu’il est et acquiert cette lucidité promise par l’Atout XVKnishnamurti. Autrement dit, il faudra que l’humanité dépasse le stade représenté par Tempérance et cela implique l’acceptation des valeurs positives du Diable tarologique.

L’idéal, affirmait Krishnamurti constamment lors de ses nombreuses causeries, c’est « quelque chose qui n’est pas ». Ce n’est pas le réel. C’est une négation du réel, un refus du réel qui comportent de grands dangers. A vouloir faire plier le réel sous son idéal, on le maltraite et parfois à l’extrême. Les camps de concentration, les génocides, les tortures, les viols, les meurtres sont nés et continuent de naître d’un idéal qui, pour se réaliser, emploie des méthodes pires que les souffrances qui l’ont fait naître. C’est pourquoi, pour Krishnamurti, « l’idéal est une brutalité ». Aucun idéal ne trouvait grâce aux yeux de Krishnamurti, pas même celui de la non-violence, alors en vogue en Inde. Car ce n’est pas en cultivant un idéal de la non-violence qu’on peut se débarrasser de la violence dans le monde, mais selon Krishnamurti en embrassant la violence, elle-même, dans une vision lucide et compatissante.

A cause de l’idéalisme, de l’angélisme qui sont des façades de bonté et d’amour altruiste, je me sépare d’autrui, affirmait encore ce sage et mystique que fut Krishnamurti, je m’oppose à lui, à ses besoins, à sa vision. Drapés dans leurs rôles de prédicateurs, les idéalistes sont “les diviseurs inconscients du monde”. Or la division, la séparation, la violence qui en découlent sont exactement ce le sens que porte le mot « diabolique », ce qui nous envoie directement à l’Atout suivant.

L’une des formes les plus concentrées du danger que représente l’idéalisme se trouve dans le gnosticisme qui a infesté toutes les religions, mais aussi bien les philosophies existantes, même si les gnostiques proprement nommés représentent aussi une secte chrétienne des IIe et IIIe siècles de notre ère et donc un espace culturel restreint.

L’âme gnostique dans ses caractéristiques éternelles est constituée d’un dégoût profond pour la matière, pour le monde réel, pour la nature qui se traduit par une haine des femmes, de la sexualité, de la chair sous toutes ses formes et d’une aspiration à un autre monde, transcendant, pur, dénué de toute souffrance, de toute violence, de tout péché. Ce rêve d’un monde parfait transcendant qu’on trouve dans la poésie de Baudelaire par exemple conduit à renforcer la haine du monde qui l’a fait naître. C’est cet idéal d’un paradis parfait qui motive les djihadistes. Se détourner émotionnellement de la seule réalité existante, parce qu’on la juge mauvaise et la mépriser au nom d’un monde parfait, probablement purement imaginaire, irréel mais qu’un prophète ou gourou quelconque a proposé à l’imagination de ses troupes pour motiver leur ardeur combattive, c’est faire preuve de folie, d’immaturité, de bêtise sans fond. Car le bonheur réel n’est possible que sur terre, ici et maintenant, et pour l’atteindre il faut commencer L'âme qui s'envole vers l'Idéal Transcendant-janmot-idealpar aimer ce qui est.

Ce mépris gnostique, ascétique, angélique du réel, de la nature, de la sexualité qu’on trouve dans la religion chrétienne, dans la philosophie platonicienne, dans la religion musulmane, dans le bouddhisme, etc. est inférieur, en terme d’évolution spirituelle, à l’amour passionnel et aliénant de ces mêmes réalités que représente Le Diable et c’est pourquoi l’Atout XV incarne un stade plus évolué que l’Atout XIIII. Et c’est pourquoi l’ange de Tempérance précède Le Diable de l’Atout XV.

L’iconographie de l’Atout XIIII invite donc à mettre de l’eau dans son vin, et si je dois traduire ce proverbe à partir de son iconographie, du réalisme dans son idéalisme, c’est-à-dire à garder les pieds sur terre. Alors les plus belles qualités de Tempérance se manifeste : celui est mû par un idéal tout en restant conscient des difficultés de ce monde et des nécessaires accommodements à la réalité qu’il doit accepter… devient modéré, sage, tempéré, tolérant, respectueux d’autrui. Il est foncièrement l’ami de tous les autres, et sa posture est celle d’un frère en humanité partagée.

Dès lors, le lien à la complémentaire, Le Chariot, se comprend dans un tout autre sens que celui que nous avons évoqué : le partage dans le respect mutuel est le moyen propre à une humanité réalisée pour découvrir de nouveaux domaines d’exploration. Don et contre-dons enrichissent alors tout le monde sans que personne n’ai rien à perdre.

Il est donc juste de faire de cet Atout, l’image de l’amitié, de la fraternité. Et de fait, il appelle l’Atout qui lui est supérieur dans la Verticale des IIII : Le Soleil où cette fraternité va jusqu’à la gemellité. Avec Tempérance, il y a partage, échange de dons et contre-dons mutuels, de services et d’écoute, et de confidences qui placent les deux personnes, aussi différentes soient-elles par leur genre, leur statut et leur place dans la société, dans la plus parfaite égalité.

Les flux qui se mélangent dans Tempérance sont ceux de la Terre et du réel (rouge et gauche) et du Ciel (bleu et droite), mais aussi du masculin (bleu) et du féminin (rouge), rappelant que l’Atout XIIII fait partie de la Verticale des IIII où il est question de mâlitude : tout de même qu’aucun être humain en chemin spirituel ne peut accéder au Ciel de son être sans accepter son ombre, aucun homme aussi masculin masculin soit-il ne peut vivre sa mâlitude sans avoir accepté sa propre féminité, son anima. Et cette anima est clairement marquée par la fleur qui se trouve au front même de l’ange dans l’iconographie du Tarot de Marseille. C’est l’équivalent, dans cette Verticale du IIII, de La Justice qui, au sein de la Verticale des III représente une incarnation féminine fortement masculine et qui vise le même équilibre qu’on retrouve en Tempérance.

Les deux flux relient deux vasques, l’une en bas, l’autre en haut, mais en montant d’un côté et en descendant de l’autre côté. Ils désignent donc la parfaite égalité des eaux des deux flux. Avec Tempérance, les valeurs de la Terre sont en parfaite égalité avec les valeurs du Ciel. Elles ne sont pas oubliées au nom d’un idéalisme écrasant. Elles sont respectées, et même transfigurées en valeurs célestes, tout comme ces dernières descendent dans la terre en s’incarnant dans le réel.

Tempérance-RiderLes concepteurs du Tarot ont tous été conscients de cette Verticale des IIII qui lie L’Empereur, L’Hermite et le Soleil à Tempérance sous l’égide du nombre quatre. Aussi ont-ils tous, d’une façon ou d’une autre, inscrit Le Soleil dans l’iconographie de Tempérance, l’Atout le plus près de lui au sein de cette Verticale. Dans le Tarot Conver, l’ange de Tempérance porte le Soleil sur la poitrine, moins un quart, et quatre quarts en décoration en dessous, signalant clairement à la fois cette Verticale qui est celle de la mâlitude et qu’avec Tempérance on s’approche du Soleil, même s’il en manque encore un morceau. Dans le Tarot Rider, le Soleil porté au front par l’ange se lève aussi derrière les montagnes.

Que signifie encore cette présence de Tempérance au sein de cette Verticale des IIII au sein des Atouts du Tarot ? Que sans l’amitié, le pouvoir paternel de L’Empereur est tyrannique. Que sans l’échange d’informations entre le maître et les disciples, l’enseignement de L’Hermite ne peut réaliser sa destinée socratique où le maître apprend autant des disciples que ceux-ci du maître. Que sans la parfaite égalité d’amour du Père pour les fils, le Soleil ne peut brûler l’envie qui ravage la relation des frères et des amis.

Quand on rencontre Tempérance dans un tirage, cet Atout indique toujours qu’il faut mettre de l’eau dans son vin, et revenir à une conception plus réaliste des choses. I Il invite à ne pas se laisser emporter par l’intransigeance de ses idéaux et à rester attentif aux vrais besoins d’autrui. Parfois, encore, il conduit ceux qui, dans la gent masculine pourraient affirmer trop vigoureusement leur mâlitude, avec un côté macho inadéquat, à découvrir leur propre féminité, afin que leur véritable masculinité soit équilibrée. Alors, ils pourront être amis avec les femmes, parce qu’une part d’eux pourra s’identifier à leur vision féminine du réel. Mais surtout, Tempérance est une invitation à traiter autrui comme son égal en toutes choses, condition pour que l’amitié et de véritables échanges soient possibles, ouvrant l’interprétation à l’amitié où les partages et les échanges sont centraux.

Dans tous les cas, Tempérance apparaît quand il y a un excès dans ses affirmations identitaires et rappelle que la voie spirituelle n’est possible que par la culture d’un équilibre en toute chose, car toute vertu n’est qu’un moyen terme entre deux excès. Il invite tout un chacun à échanger son point de vue avec celui des autres en respectant ces derniers, ce qui ne signifie pas qu’il doit, pour autant, tout accepter. Car l’inacceptable au regard d’une éthique du respect reste l’inacceptable. Respect d’autrui et tolérance sont donc les vertus qui, alors, rayonnent à travers Tempérance qui est bien autre chose que la culture que cette diététique alimentaire que certains voient, presque exclusivement, en cet Atout XIIII.

En lien avec le premier Niveau du Tarot, Tempérance parle de la fratrie et, secondairement, de la sororité, mais aussi de l’ami intime, du confident.

En lien avec le second Niveau du Tarot, Tempérance évoque les métiers en lien avec les liquides (barman, batelier sur rivières et fleuves, etc.), les métiers de la communication, y compris dans le soin (thérapeute par la parole, par les fluides) ainsi qu’aux métiers de la médiation (conciliateur).

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, Tempérance désigne les excès de l’idéalisme, de la religiosité, de l’ascétisme, le mépris de la chair, mais aussi une ambivalence mal gérée dans l’identité sexuée. Mais ce Niveau est aussi celui de la conquête de la vertu de tempérance, de la modération, de l’aptitude au dialogue et au respect de la parole d’autrui.

l'homme à bébéEn lien avec le quatrième Niveau du Tarot, Tempérance parle d’équilibre intérieur, de tolérance, de respect d’autrui, de justice, d’égalité fraternelle, d’amitié humaniste et de fraternité universelle, mais aussi d’équilibre parfait entre animus et anima et dès lors, plus particulièrement et en lien avec la Verticale des IIII, d’hommes qui s’affirment dans leur masculinité sans avoir besoin de jouer les machos, d’hommes modernes finalement, ce qui montre qu’on est bien, actuellement, dans la construction d’une humanité proche de la fin du 3e Niveau, proche dès lors de l’explosion de souffrance ou de joie spirituelle que représente, dans un cas ou dans un autre, l’Atout XVI.

3-liberte-egalite-fraterniteTempérance, enfin, est par excellence et dans ses valeurs les plus élevées, l’Atout de la France dont deux de ses devises essentielles s’incarnent comme principes fondateurs de la nation. Regardez aussi l’équilibre des flux bleus et rouges, et comment le blanc de l’ange unit les deux autres couleurs, le rouge de la Terre et le bleu du Ciel. Tempérance est un Atout qui possède le pouvoir de nous élever jusqu’au Soleil, pourvu qu’on intègre l’importance de la chair ce qui est le travail du Diable, l’Atout suivant.

 



L’Atout XIII

L’Atout XIII

La Mort

Coeur de toute grande épreuve et de toute grande vertu

Deuil

détachement, transmutation, ascèse

 13-arcane

Verticale des IIIL’Atout XIII est profondément lié à l’Atout III dont elle est la décade supérieure. L’Impératrice est en effet l’Atout de l’accouchement, de la femme qui donne la vie à l’enfant et le soutient de son amour maternel. L’Atout XIII est l’Atout qui enlève la vie, qui tranche bien plus radicalement que ne l’a fait, préalablement La Justice, dans cette Verticale des III, Verticale dédiée à la femme, à la nature et à la vie. C’est le temps du détachement radical, obligatoire, forcé qui conduit à passer son chemin en laissant derrière soi, tout un monde de relations, projets, créations, d’activités (que symbolisent les mains qui sortent du sol), d’honneurs (la couronne sur la tête coupée), de cheminements (le pied coupé), de constructions (les os) et de réalisations (les feuilles) etc. et qui n’ont plus lieu d’être dans sa vie.

Sans la mort, la vie n’est pas possible. En quelque sorte, la mort est l’un des visages de la vie sans laquelle la naissance, la croissance et l’épanouissement des êtres vivants ne serait pas possibles. Imaginez un monde d’êtres vivants sans mort. Impossible ! La surpopulation aurait vite fait de réintroduire ce que notre imagination avait exclu. C’est pourquoi, tout en haut de cette Verticale des III, vie et mort sont unis par La Lune qui possède en effet deux maisons liées, dans la nuit : la maison de la vie et celle de la mort. Toutes les Déesses lunaires antiques, Hécate en particulier, mais aussi les grandes déesses de toute culture, comme Durga ou Kali en Inde,sont déesses de vie et de la mort, représentation féminine du pouvoir divin de la Nature.

Epi de bléDans l’iconographie du Tarot de Marseille, il ne faut pas rater la colonne vertébrale en épi de blé de la grande faucheuse : l’épi de blé est, dans sa symbolique, l’expression de ce lien entre vie et mort qui est l’essence de cet Atout. En tant qu’il nourrit la vie, le blé est en effet le symbole de l’épanouissement vital, mais il est moissonné et dès lors il est sacrifié à cette vie qu’il nourrit. Il est aussi promesse de renouvellement perpétuel de la vie. Voici ce que dit le Dictionnaire de la symbolique de G. Romey au sujet de l’épi de blé : « Vie, le blé est la mère, génération, abondance, multiplication, prolifération. Mais les cycles de la vie comprennent la mort. Le grain nourricier ne peut se réaliser que par le sacrifice. »

La Mort est l’Atout de la quintade supérieure de la Justice, l’Atout VIII. C’est qu’elle représente la plus grande Justice de la vie, dans le traitement radicalement égalitaire qu’elle octroie à tous : nul n’échappe à la mort et nul ne peut prévoir sa propre mort sauf à se suicider. C’est ce qu’on peut voir dans l’iconographie de l’Atout : femme, homme, roi ou roturier, jeunes sont atteints par la grande Faucheuse, au même titre que les vieillards qui sont ses proies les plus évidentes.

Sur le sol noir de l’Atout XIII, des parties du corps humain sont détachées les unes des autres, émergeant encore de la terre. Ce sont les restes d’un passé qui agissent encore sur son humeur, ses émotions, ses pensées. Car le temps de cette Carte est le temps du deuil : quelque chose se termine, une étape est en train d’être franchie qui rend caduques les vérités et les manières d’être et de s’investir dans le monde d’hier sans néanmoins les avoir complètement digérées comme passées et dépassées. Une souffrance, une colère même que représente bien la marche à grands pas du grand squelette, sont à vivre avant que la digestion de la terre, l’oeuvre au noir des alchimistes, fasse de ce qui était vivant hier, devienne l’humus fertile de demain, et c’est pourquoi l’herbe déjà pousse de nouveau sur ce sol noir de la mort.

Le fait que la Carte complémentaire de l’Atout XIII soit La Justice rappelle aux tarologues qu’il ne s’agit pas d’être excessif dans la négation de son être, et de rester indéfiniment, comme le squelette de l’iconographie de l’Atout XIII, dans un amoindrissement de toutes ses affirmations propres. Il s’agit d’apprendre à faire de la place à l’autre, mais sa propre place ne doit pas s’effacer. Le but de L’Atout XIII n’est pas la négation de soi, mais de trouver sa juste place.

Quand cet Atout entre dans le jeu d’un consultant de taromancie, il indique toujours la fin d’une étape importante de sa vie. Quelque chose est en train de se terminer, et doit être digéré pour qu’on puisse rebondir. C’est la promesse d’une renaissance par une métamorphose profonde de soi et de sa vie qui ne pourra être tenue que si l’on accepte de faire son deuil du passé. Cet Atout qui appartient au Niveau III du Tarot, celui des grandes épreuves, mais aussi des grandes vertus de l’humanité, celui qui inaugure le Ciel des Atouts du Tarot, transforme les émotions liées au deuil (déni, colère, désespoir, tristesse) en une acceptation, un détachement, un lâcher-prise qui accompagnent une grande étape de la vie spirituelle humaine. Et cette transformation, même si elle prend son temps, avance à grand pas : la mort sur l’Atout XIII est entièrement tournée vers la droite, l’action et l’avenir. Elle se détourne définitivement du passé, et ferme une porte, tout en nourrissant l’avenir des restes digérés du passé. En cela, L’Atout se distingue complètement de la Carte numérale du 10 d’épée qui ferme une page, marque la souffrance de cette fermeture et n’offre aucun avenir, ni aucune renaissance.

kaliEn lien avec le premier Niveau du Tarot, cet Atout parle de la fille rebelle, de l’enfant mort, des proches perdus, du lien familial à l’au-delà, des grands ancêtres de la famille.

En lien avec le second Niveau du Tarot, l’Atout XIII désigne les pompes funèbres, les cimetières, mais aussi la chirurgie, le laboratoire de biologie, le temps automnal qui suit les récoltes, la jachère, l’hiver. Il parle aussi de régime alimentaire restrictif, de jeune drastique, d’anorexie.

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, cet Atout évoque l’épreuve difficile du deuil et le détachement qui en est la conquête. Il évoque les personnes qui vont à l’essentiel, ou qui vivent de l’essentiel, les ascètes, le travail au noir des alchimistes.

En lien avec le quatrième Niveau du Tarot, l’Atout XIII parle du sacrifice de sa vie au nom de ses valeurs, des martyres de la foi, de l’épreuve initiatique, du fait de mourir au vieil homme pour renaître à l’Adam spirituel. Il parle aussi de la negrido des mystiques, ce temps terrible où le sujet semble coupé de Dieu, où règne, apparemment, dans l’âme humaine les pires ténèbres du doute et de la déréliction. Mais ce temps de ténèbres est un appel puissant à la lumière. L’Atout XIII incarne cet appel. 

 

 (merci au site Le goût de l’Inde pour son image de Kali, la Déesse hindoue de la vie et de la mort). 

 

 



Atout XII-Le Pendu

Le Pendu

Atout XII

Impuissance, subir une oppression totale, être pieds et poings liés

Prière, lâcher-prise, sacrifice

Renversement des perspectives, enracinement dans le ciel

12pendu

 

Le Pendu est l’Atout le mieux compris des taromanciens, car son iconographie très particulière appelle une interprétation précise que corrobore, bien évidemment, sa place au sein de la Structure du Tarot en 4 x 5.

Situé dans la deuxième Verticale des Atouts du Tarot, Le Pendu représente la confrontation à l’altérité vécue au 4e Niveau, celui des Épreuves et des Vertus. Après avoir vécu l’altérité en soi, avec La Papesse, loin de soi et exotique avec Le Chariot, l’altérité apparaît, avec Le Pendu, comme ce qui fait totalement obstacle aux affirmations possibles du soi-même.

Tout chemin à droite comme à gauche est barré par les deux colonnes que dessinent les troncs d’arbres inversés. On ne peut donc ni avancer vers un changement salutaire, ni reculer sur une position ancienne plus confortable. Les mains qui représentent l’emprise sur le réel, la capacité d’action sont, chez Le Pendu, attachées derrière son dos. Son pied droit est, quant à lui, visiblement lié (le pied indique le mouvement, la direction qu’on va prendre). Il met en scène un adage populaire et parle de qui est « pieds et poings liés » c’est-à-dire de qui se trouve confronté à une radicale impuissance. Tout est figé, rien ne peut bouger. Il faut donc cultiver la plus grande patience, non celle qui était déjà en jeu avec L’Hermite qui parvient à ses fins à force de temps et d’effort, mais de qui ne peut prévoir quand va finir son épreuve, et qui de plus ne peut strictement rien faire pour changer les choses. Les branches des deux arbres sont coupées au vif, indiquant donc qu’aucun espoir de renouvellement n’est en vue. Cet Atout est même un avertissement : toute tentative pour changer les choses non seulement n’aura pas l’effet escompté, mais pourrait bien conduire à une aggravation des choses. Le Pendu invite donc à renoncer à agir, et à entrer dans une période de méditation plutôt que d’action.

Tout Atout du IIIe Niveau comporte deux significations : elle indique une des grandes épreuves de la vie, mais elle invite aussi à faire de cette épreuve un chemin spirituel qui transforme alors l’individu, créant à partir de l’épreuve une grande vertu. Bien évidemment, la patience est en jeu avec Le Pendu, mais la grande vertu qu’il cultive est ailleurs. Elle se trouve dans son visage, parfaitement serein, et dans les couleurs qu’il porte, ainsi que dans les deux arbres inversés.

Contrairement à ce qu’on peut lire à droite et à gauche, Le Pendu n’est certainement pas une référence à Odin pendu à l’Yggdrasil pour avoir plus de pouvoir, ni un Yogi tenant la posture inversée, car ces références culturelles sont étrangères à ce début de la Renaissance qui a vu naître le Tarot, même s’il n’est pas interdit de nourrir sa réflexion sur le Pendu à partir de là.

Ce que Le Pendu indique toujours, c’est l’inversion du point de vue qui accompagne celui qui est entrée sur la voie spirituelle ouverte par La Roue de Fortune et entreprise avec La Force. C’est ce que dessine l’iconographie du Pendu : il a les pieds enracinés dans le Ciel tout comme les arbres qui l’accompagnent, et c’est à partir du Ciel qu’il observe le monde qui l’entoure. Ses vêtements portent donc exactement la couleur qui convient : le bleu du Ciel et de son pantalon est en haut, le multicolore fait du rouge, du vert et du jaune, couleurs de  la vie terrestre est en bas.

penduLa spiritualité est, en effet, un renversement du point de vue : ainsi, quand l’élan naturel vise l’égoïsme et l’affirmation vitale de soi-même en priorité, l’élan spirituel est fait d’altruisme où l’autre a une place aussi grande ou plus grande que soi. Ainsi, quand la puissance naturelle s’exprime par la force et fait plier les faibles pour les mettre au service du fort, du point de vue spirituel, le fort est au service du faible. Jésus de Nazareth, Seigneur spirituel, lavant les pieds de ses disciples et demandant à tout être charismatique d’adopter cette humilité qui traduit le fait qu’on a compris quel était le sens véritable de son don et de sa puissance. C’est ce qu’indique aussi le quatre formé par les jambes du Pendu, référence à L’Empereur dont il est l’inversion spirituelle et la réalisation véritable : le véritable pouvoir n’est pas terrestre, mais il s’accomplit dans sa destinée spirituelle qui met le fort au service du faible. l’Inversion spirituelle prend aussi d’autres formes, ainsi, Jésus de Nazareth, homme, devient mère d’une humanité fraternelle en lui donnant son corps à ingérer, tout comme la mère biologique nourrit son enfant de son lait. Ainsi, le féminin matériel (le Denier, la Terre), inférieur au masculin matériel (le Bâton, le Feu), se convertit en Féminin sacré  (la Coupe, la rosée spirituelle) supérieur au masculin sacré (l’Épée, l’air). Ainsi, l’enfant devient l’enseignant du parent, ainsi, le fou devient plus sage que le sage, etc.

Le Pendu qui accomplit son destin spirituel a compris qu’il ne pouvait pas agir dans le monde matériel mais qu’une Verticalité infinie lui est offerte où, au contraire, il ne rencontre plus aucun obstacle : celle de relier la Terre de ses pieds au Ciel et le Ciel de sa tête à la Terre.

Cependant, le fait que L’Hermite soit la Carte complémentaire du Pendu rappelle que cette inversion des valeurs et du point de vue sur le monde doit rester mesuré et prudent. Il ne s’agit pas d’apparaître comme un fou ou un marginal incapable de se lier aux autres et de s’intégrer dans la communauté, mais comme un modèle de sagesse, de lâcher-prise, de recueillement et d’oraison. A terme, Le Pendu est destiné à l’enseignement de son expérience.

Quand le Pendu intervient en taromancie, il indique toujours qu’un changement de regard est nécessaire, qu’il faut se relier au Ciel, et surtout arrêter de courir en tous sens pour changer une situation où, par les moyens de la terre (intelligence, ruse, argent, manipulation, travail), rien n’est possible.

Le Pendu invite à un lâcher prise qui sera cependant mis à dure épreuve par la plus douloureuse des expériences, celle du deuil, que va rencontrer le cheminement du Tarot avec l’Atout XIII.

En lien avec le premier Niveau du Tarot, Le Pendu parle du fils malade proche de la mère, de l’enfant handicapé, hospitalisé, enfermé, emprisonné.

En lien avec le second Niveau du Tarot, Le Pendu renvoie aux acrobates, professeurs de yoga, maîtres de méditation, aux services hospitaliers en lien avec le grand handicap, les gardiens de prison.

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, le Pendu parle de punition judiciaire, d’emprisonnement, de blocages en tout genre, mais aussi du handicap, du chômage, du bouc émissaire, d’une situation bloquée, de harcèlement, de victimisation, mais aussi d’éveil spirituel, de méditation, de transformation du point de vue sur le monde.

jesus-psautier-de-paris-eadwineCette carte en opposition invite à transformer le point de vue sur le monde, d’enraciner sa vision dans la spiritualité, et d’ouvrir son cœur à la prière, car rien de ce qu’on fera ne pourra changer les choses. Seule la prière sincère pourra être efficace. Cet Atout du renoncement, de l’acceptation et du lâcher-prise procède d’une spiritualisation de la relation à l’autre qui conduit à arrêter en soi la réactivité pour qu’émerge, dans le secret encore, l’activité compassionnelle qui est le destin ultime de cette Verticale des II auxquelles appartient Le Pendu et qui se manifestera clairement avec L’Étoile, son supérieur.

En lien avec le quatrième Niveau du Tarot, l’Atout XII évoque le mysticisme, la méditation, le sacrifice spirituel, et surtout Jésus-Christ qui assume la souffrance du monde, ainsi que sa culpabilité, afin de les transmuter.

C’est alors la notion de Sacrifice spirituel qui est en jeu. Le Roi de ce monde, Jésus-Christ est le grand Sacrifié, Celui qui a accepté de prendre sur lui la souffrance et le péché du monde pour les transmuter, pour alléger le monde qui n’aurait pas pu continuer à exister sinon. Beaucoup de mystiques catholiques ont aidé Jésus à porter de poids, dans l’acceptation, dans une spiritualité de la réparation et victimale. Ainsi, Marguerite-Marie Alacoque, Yvonne Beauvais (Mère Yvonne-Aimée de Jésus) ou Marthe Robin furent amenées à prendre en charge, toujours en pleine conscience, une part du fardeau christique et le poids des péchés humains, incarnant de manière exceptionnelle Le Pendu du Tarot.

 Yvonne de Beauvais insistait ainsi dans son témoignage sur l’abandon total entre les mains de Jésus. Tel est le sacrifice de ceux qui se donnent entièrement à la voie spirituelle, sous la forme de la mystique chrétienne. Apprendre cette confiance, cet abandon, cette foi total en l’amour de Jésus et du divin c’est la voie du Pendu.

 

 

 

 

 



Atout XI-La Force

La Force

Atout XI

Violence, guerre, tyrannie

Individualité, puissance, maîtrise

11-LA-FORCE

La Force est au croisement de la Verticale des I (individuation) et du premier Niveau du Cycle du Ciel. Faite d’un X (une réalité complète, celle de la Terre) et d’un I marquant une nouvelle étape, essentielle, dans l’affirmation du Soi, elle est la petite sœur du Monde, le XXI, constituée de deux X, symbolisant successivement la réalité de la Terre, celle du Ciel, deux réalités réunies en une unité : le I de l’individualité.

La Force et Le Monde contenant chacune un monde unifié autour d’un Moi maîtrisé sont les deux Atouts-maîtres des As, cette Carte numérale unique dans le jeu de Tarot puisqu’elle a deux places, au commencement des Nombres et à la couronne des Honneurs. Les As sont donc les plus petites Cartes et, en tant que telles, sous l’égide du Bateleur, mais en tant qu’expression ultime, perfection et en tant qu’essence des Honneurs c’est dans La Force et dans Le Monde qu’ils trouvent leur énergie.

Dans les Tarots anglo-saxons, La Force est placée en VIIIe position, à la place de la Justice, qui prend sa place en tant qu’Atout XI. Quelle hérésie donc que l’inversion de ces postures des Tarots anglais, tous influencés par le Rider, cette production tarologique de la Golden Daw ! La Justice appartient à la Verticale des III qui fait l’équilibre parfait entre les puissances de Vie (L’Impératrice et La Lune) et les puissances de Mort (La Justice et L’Atout XIII). La Justice (Atout VIII) est la petite mort que représente l’épée de la Justice quand pour que la vie vivante perdure et soit sauvée. L’Atout VIII, la jardinière du Tarot, est en effet celle qui opère une taille qui  débarrasse la plante vivante de ce qui est pourri, mort, entravant. La Force au contraire incarne l’un des Atout de la Verticale des I, Verticale du Moi, de l’Individualité.  Elle est placée, au sein de cette Verticale, au-dessus du Bateleur dont elle porte la coiffe, et de L’Amoureux et l’on retrouve le nombre 6 dans le nombre des dents du lion et celui des pointes de la couronne qui surmonte la coiffe , ainsi que dans le nombre de ses orteils.  Et elle appelle le renversement futur de La Maison Dieu, quand le Moi se dépasse lui-même en tant que petit ego, pour se découvrir dans son universalité et son attachement au Ciel. 

Que représente l’iconographie ? Une femme tient sans effort, la gueule ouverte d’un lion, assis à ses pieds. Le Lion est l’animal par excellence du deuxième Niveau du Tarot, tout comme des Bâtons, symbole du feu et de l’énergie sociétale et c’est aussi le plus noble des animaux, le symbole de la force pulsionnelle maîtrisée. Cette femme, en tant que premier individu réalisé dans son unité terrestre, représente la parfaite maîtrise de son corps, de son énergie, de ses impulsions. Sa noblesse se lit dans toute sa posture, mais particulièrement aussi dans sa couronne. Elle ne craint rien du lion qui est devenu son ami, qui est à son service, et dès lors dont elle use au besoin, montrant les dents si nécessaire car elle a pour destin la défense de sa communauté. Elle fait exactement suite à l’Atout X, La Roue de Fortune, quand les animaux au contraire occupent tout l’espace sociétal dans une roue perpétuelle qui ne peut être dépassée que lorsque naît à lui-même l’individu comme Unifié, toutes ses forces intérieures, pulsionnelles et sociétales harmonisée autour d’une conscience claire, d’une volonté affirmée. 

Le fait que la Carte complémentaire de La Force soit La Roue de Fortune indique que l’Atout XI doit désormais se dévouer à la communauté. Car il ne suffit pas d’être soi-même un Individu véritable, ayant maîtrisé ses pulsions, il faut encore se mettre au service d’une communauté d’hommes endormis, restés au stade mécanique du conformisme, afin de la guider vers la conscience.

21-mondeLa Force, en tant qu’Individu royal, représente l’humanité adamique admise dans sa royauté, celle qui se sait faite à la réplique du Divin. C’est pourquoi l’Atout XI est la petite réplique de l’Atout XXI, et le maître-Atout principal des As. Sur l’Atout XI et sur l’Atout XXI, nous voyons une femme et non un homme, car c’est le féminin sacré qui est destiné à être l’Individualité adamique royale, quand la Coupe que sera l’humanité aura recueilli, en soi, la rosée spirituelle. Et c’est pourquoi la Verticale des III, la verticale centrale, est dédiée à la féminité maternelle. Le féminin sacré est le cœur du réel divinisé comme la Vierge Marie est la reine du monde, la Mère divine de tous les peuples.

La Force est traditionnellement identifiée en tant qu’Atout du Courage, et on pourrait s’étonner que cette Vertu mâle par excellence (le mot latin « virtu » est composé du mot « vir » qui signifie « le mâle ») soit représentée par une femme. Le fait que ce soit une femme qui tienne ainsi la gueule du lion ouverte signifie qu’il n’y a aucun effort visible, aucun étalage de sa puissance. Le puissant charisme de cette personne est acquis. Et la Force est féminine car elle ne tire sa puissance que de sa réceptivité au regard des émanations du Ciel.

Cet Atout du Tarot de Marseille est entièrement tourné vers la droite, car il incarne l’être actif, créatif, et procréatif. Il procède d’une énergie mâle, émissive, mais totalement maîtrisée et de ce fait féminisé. C’est l’Atout de l’individualité réalisée comme personnalité dans la famille et la vie sociétale et qui désormais affronte, avec courage, les épreuves de la vie, procédant à leur conversion en épreuves spirituelles.

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Premier Atout du Ciel, la Force contient en elle la totalité des Atouts de la Terre. Et c’est ce que signifie, entre autres, la forme en lemniscate de son chapeau couronné. Deux mondes se rejoignent en elles, l’un étant complet, l’autre en devenir. En cela, l’Atout XI fait pendant à l’Atout I qui démarre le cycle de la Terre. Dans le Tarot Rider, la lemniscate a remplacé le chapeau couronné du Tarot de Marseille. Par derrière, on voit les montagnes : La Force, dans la plénitude de son individualité, et malgré son évident charisme, est seule au sommet des réalisations matérielles, familiales et sociales, tout comme devant les épreuves de la vie. 

Inaugurant le Ciel du Tarot, La Force est aussi la première Carte du IIIe Niveau qui est en liaison harmonique avec les Epées et qui ouvre sur les grandes épreuves de la vie. Ces épreuves bien évidemment sont celles de tout un chacun, mais elles peuvent être l’occasion d’une transmutation du Moi et ouvrir au Ciel. Toutes les personnes en chemin spirituel traversent une vie d’épreuves qui sont autant de martelage du métal dont est fait leur âme. On n’aborde donc pas ce chemin sans courage, et celui-ci représente la première vertu à acquérir, non seulement pour vivre en société ce qu’apportait la Justice, et non seulement pour acquérir la sagesse née d’une longue expérience que promettait L’Hermite, mais pour ouvrir en soi le cœur aux émanations célestes promises au dernier Niveau du Tarot.

Le courage est l’une des grandes Vertus de l’homme, évoqué par le Tarot et repris aux analyses philosophiques antiques. Il apparaît, dans le Tarot, en troisième place, après la Justice et la Sagesse (ou la Prudence et la Patience) respectivement incarnés par l’Atout VIII (La Justice) et l’Atout VIIII (L’Hermite) et qui appartenaient tous les deux au deuxième Niveau du Tarot, celui de la vie sociétale. Cette vertu du courage est pourtant considérée par l’Antiquité comme la vertu guerrière la plus ancienne, la plus primitive. Si le Tarot place le Courage en troisième position et en ouverture du cycle du Ciel, c’est parce que cette vertu naît d’une grande épreuve, celle de la position agressive qu’on subit ou qu’on manifeste, posture faite de colère et d’une violence qu’il faut transmuter en fermeté et courage. La dernière vertu du Tarot, Tempérance, arrivera ensuite, mais, elle aussi, et malgré les apparences, naît d’une épreuve, celle que représente l’idéalisme et l’idéalité qu’il faudra tempérer, en gardant les pieds sur terre, pour en faire une vertu de tempérance, vertu la plus élevée.

De même qu’Éros et son feu accompagnaient chacune des Cartes du deuxième Niveau du Tarot, de même le Courage de la Force accompagne chacun des Atouts du troisième Niveau, celui où l’énergie de l’Épée va trancher tout ce qui n’est pas digne, en soi, de servir à son élévation spirituelle. Et il faudra du courage pour supporter l’impuissance du Pendu, le deuil de l’Atout XIII, le renoncement au pur idéal de Tempérance et l’acceptation de la séparation d’avec le Ciel du Diable.

Tirer cet Atout XI indique toujours une grande force de caractère, une puissance d’action sans besoin de forcer son image, de mobiliser grandement son énergie.

Du point de vue du premier Niveau du Tarot, niveau de la famille et des incarnations corporelles et matérielles, La Force parle de la fille aînée, femme puissante déjà, et autoritaire.

Du point de vue du second Niveau de Tarot, niveau sociétal, l’Atout XI renvoie aux métiers liés au dressage et soins des animaux, aux métiers de courages (force de l’ordre, police, armée) et bien sûr toujours renvoie plutôt aux femmes qu’aux hommes dans ces métiers.

Du point de vue du troisième Niveau, La Force indique qu’une période d’épreuves est possible, avec la nécessité de mettre les points sur les i, et pour le coup de montrer quelque peu ses armes à ses ennemis. Un courage est sollicité car durant un bon moment, on sera solitaire face aux obstacles, ennemis, difficultés. Mais on possède tous  les moyens de triompher, et d’abord de l’emportement, de la colère et de la violence que peuvent provoquer, en soi, ces oppositions. Bien évidemment, à ce Niveau des épreuves, cet Atout peut indiquer un échec à se contrôler, la force des pulsions de violence, la colère et l’emportement.image011

jésus roi de FranceDu point de vue du quatrième Niveau, La Force parle du courage, de la maîtrise de soi, de l’individualité charismatique.

C’est par excellence, la Carte du héros.

Et plus encore de l’Adam royale, l’humanité adamique réplique du divin, et destinée à la royauté de la glèbe.

De ce fait, le XI est par excellence la représentation déployé du chrisme, ce symbole christique, où le I (P ou rhô grec) se place au centre du X (khi). Le X  et le I étant représentant les deux premières lettres du nom écrit en grec du Christ (Χριστός).

Mais nous voyons dans ce chrisme, tout comme dans le nombre XI bien autre chose encore : la réunion du ciel et de la terre, par deux urnes qui se rejoignent au centre, l’une tournée vers le Ciel, l’autre vers la Terre, traversée par la verticalité de l’individualité que symbolise le I.



Atout X-La Roue de Fortune

LA ROUE DE FORTUNE

Atout X

Cycles et répétitions

Conformisme, bêtise humaine

Animalité

Justice de la vie

Passer une étape essentielle

Humanisation, Individuation

roue-de-la-fortune

La Roue de Fortune est l’un des plus mystérieux Atouts et elle conserve, même après l’élucidation que représente sa posture dans la Structure du Tarot, et l’analyse du nombre X qui est le sien, cette signification de mystère. La tirer peut donc conduire à désigner une énigme à résoudre. Mais quelle énigme ?

Sachant qu’il s’agit du dernier Atout de ce cycle tarologique qu’est la Terre des Atouts, la Sphinge qui interroge le consultant, comme elle interrogea, en son temps, Œdipe pose une question qui ouvre la porte du Ciel : « que te faut-il comprendre pour que tu cesses de répéter, sempiternellement les mêmes erreurs, les mêmes errances qui te ferment les portes du Ciel ? »

sphinge_moreauSe souvenir de la question, bien connue, que la Sphinge posa au héros de Thèbes, peut aider à saisir le message de la Roue de Fortune : « qu’est-ce qui, au point du jour, marche à quatre pattes, avance à midi sur deux, et finit, le soir, sur trois jambes ? » La réponse d’Œdipe lui permit de rencontrer, pour la seconde fois, son destin, et d’entrer dans Thèbes en triomphateur. Mais ce succès se transforma en épreuve puisqu’en aveugle sur qui était pour lui la reine, il épousa sa propre mère, eut des enfants avec elle dont il était à la fois le frère et le père, et dut ensuite affronter cette vérité pour sauver Thèbes de la peste. Après s’être crevé les yeux, Œdipe erra aveugle, avec un bâton de pèlerin, et devint un sage, honoré dans la Grèce entière.

On le voit, la Sphinge mêla, à sa question énigmatique, l’essence de l’homme et la temporalité. Etre humain, c’est commencer à quatre pattes, comme un animal car on ne naît à l’humanité que d’une manière potentielle. Il faut, ensuite, la conquérir. Se relever et marcher à deux jambes, c’est verticaliser la relation au monde, c’est être enraciné dans la terre et avoir les yeux levés vers le ciel. Mais cela ne suffit pas, le destin de l’être humain c’est la sagesse et la spiritualité que symbolise, particulièrement dans le Tarot, le bâton du vieillard et du pèlerin.

« Sauras-tu entendre l’énigme de la nature humaine et réaliser ta propre reliance au Ciel ? » demande la Sphinge au Consultant. S’il n’en est pas capable, c’est alors le cycle de la Terre qui va se répéter, indéfiniment, et que symbolise la grande roue qui se trouve au cœur de l’iconographie de la Carte. Sur cette dernière, en effet, il n’y a que des animaux, mais des animaux en habits : cela signifie que la plupart des êtres humains restent très mécaniques, automatiques, réactifs, dans leurs comportements grégaires et conformistes (que symbolise bien le singe attaché à la roue). Leur intelligence reste entièrement encrée dans les besoins matériels. On notera avec intérêt que l’animal en train de monter sur cette roue peut aussi bien être un chien qu’un lièvre. Or ces deux animaux font figure de gardien du seuil. Le Chien est le gardien du seuil de l’autre monde selon de nombreux mythes. Et le lièvre est un passeur, et sa fonction est d’ouvrir « le passage entre le monde de l’apparence et celui de la réalité intérieure, entre le monde visible et les potentialités du devenir » (Dictionnaire de la symbolique de G. Romey).  Dans le Tarot, cet animal qui monte est doté de trois oreilles, l’une est celle qui permet d’entendre ce qui ne passe pas par le son audible habituel. C’est la voix de l’inconscient ou mieux celle du surconscient que le Lièvre grippant possède.

Roue de fortune chez Bocace

Le mouvement de la roue nous éclaire en effet : en bas de la roue, il tourne de gauche à droite, et en haut de droite à la gauche dans un mouvement qui est exactement contraire au mouvement de l’aiguille dans une horloge, comme si on remontait le temps. En réalité, ce mouvement inversé est le mouvement de la vie même : en bas, c’est-à-dire, dans le Cycle de la Terre qu’on vient de finir, il faut avancer de la gauche à la droite : aller du féminin passif au masculin actif, du réceptif à l’émissif, de l’imparfait au parfait ou, en langage de Tarot, des Deniers aux Bâtons. Mais à un moment donné, si on veut s’élever jusqu’au Ciel (que symbolise le haut de la Roue), il faut aller de la droite à la gauche, du masculin au féminin, de l’actif au réceptif, et de l’intellect au spirituel, ou encore, en langage de Tarot, des Épées aux Coupes. La spiritualité est en effet un renversement total des perspectives, comme le montrent deux Atouts essentiels du cycle du Ciel : Le Pendu et La Maison Dieu. Le féminin, le plus bas, le plus enraciné dans la Terre, se révèle aussi le plus élevé, le plus spirituel. « Es-tu capable de ce renversement des perspectives ? » demande la Sphinge au consultant. Il te faudra alors avoir les pieds en l’air : être enraciné dans la Ciel. Le singe prend alors une tout autre signification : il n’est plus le symbole du conformisme bête, mais l’acteur d’une libération psychique, d’une ouverture vers le mystère, le sacré.

Le X est le Nombre de l’Atout. Chaque X signale, dans le Tarot, qu’un cycle entier est accompli. Dans le X, nous avons deux V qui sont reliés l’un à l’autre au centre du X, l’un est un calice ouvert vers la Terre, l’autre vers le Ciel. Ces deux V liés de la Roue de Fortune se trouvent, au demeurant, dans le nom attribué à cet Atout : La Rove de Fortvne, comme une clé supplémentaire au décryptage de cette énigme entière qu’est le Tarot. Ce premier X des Atouts du Tarot indique que les deux Niveaux du premier Cycle de la Terre sont désormais liés l’un à l’autre : celui, le premier, du féminin de la Terre et celui, le second du masculin de la Terre (V+V). La vie familiale et la vie sociale sont l’essentiel de ces deux Niveaux que dessine le X. Chaque élément de ces deux vies sont en place, désormais, et dès lors, le consultant peut s’élever au troisième Niveau qui inaugure le Ciel des Atouts. Ce X qui la caractérise est à la fois le signe qu’un cycle complet est accompli, et une croix qui indique que le chemin est barré. Un chemin est barré, au sens où l’on ne pourra pas aller plus loin dans ce cycle de la Terre. Il  faut désormais élever les yeux, et regarder le Ciel.

Le fait que l’Atout XI soit la Carte complémentaire de  l’Atout X insiste sur ce fait : pour sortir du cycle de la répétition perpétuelle, pour advenir pleinement à son humanité, il faut accéder à sa propre individualisation. Il faut faire preuve de maîtrise de soi.

Verticale des VAu sein de la verticale des V, la Roue de Fortune a parfaitement sa place. Cette Verticale est en effet dédiée aux petits et grands maîtres spirituels, aux petits et grands éveilleurs de conscience, aux petits et grands Inspirés. La forme du V est en effet celui du Calice, et tous les V des Atouts sont des êtres en lien médiumnique au Ciel, d’une façon différente, cependant, des Coupes des Cartes numérales et des Honneurs. Les Atouts représentent les Essences éternelles de l’humanité, ils parlent donc d’archétypes. Et ceux qui sont en question dans les V, ce sont les êtres les plus charismatiques, ce et ceux qui lient les hommes à la communauté fraternelle et au Ciel. Après le prêtre (Le Pape) qui incitait ses ouailles à grandir en changeant de Niveau et surtout en allant voir ailleurs, en sortant de sa famille, de sa communauté, de sa contrée, de sa culture, de son pays… la Roue de Fortune est le grand Juge de la vie terrestre qui incite à changer de Cycle et plus seulement de Niveau. Il ne s’agit plus désormais d’aller se promener dans l’horizontalité d’une géographie ouverte, mais dans la verticalité d’une conscience en éveil. La Sphinge est une reine. Sa tête est couronnée, son pouvoir est total. C’est l’équivalent supérieur au Pape au sens où elle ouvre un nouvel horizon et un  nouvel espoir, mais elle est bien plus dure : la sphinge tient dans la main la même épée que la Justice et comme avec cette dernière l’épée penche, mais beaucoup plus et dans l’autre sens : sur la droite. Ici, pas de tendresse pour la faiblesse humaine, pas d’indulgence. La Sphinge a la dureté du Diable son équivalent supérieur. C’est la dure loi de la vie qui est en jeu, celle que les hindous et les bouddhistes appellent le karma et qui fait qu’on paie toujours exactement ses dettes. Son message est clair : ou bien on est capable d’élévation ou bien on est rejeté dans le flux de l’éternel retour du même. Faite d’un corps de lion et d’ailes d’oiseaux, la Sphinge est femme en partie. Elle réunit donc déjà en elle cette union de la Terre au Ciel qu’incarnera, de façon bien plus accomplie l’Atout du Jugement.

Quand on tire La Roue de Fortune, on peut être certain d’être à un tournant essentiel de sa vie : ou bien on régressera, parce qu’on n’aura pas su élever sa vision des choses, et on retournera au cycle antérieur, du fait de la répétition des mêmes erreurs, ou bien on va passer un seuil, celui de la spiritualité. Cet Atout indique toujours qu’il faut rassembler ses forces MAINTENANT pour trouver des réponses qui ne soient ni réactives, ni automatiques. Il s’agit d’inventer une nouvelle manière d’être au monde qui ouvre sa vie au Ciel.

Du point de vue du premier Niveau des Atouts du Tarot, La Roue de Fortune parle des animaux domestiques.

Du pont de vue du second Niveau, cet Atout X indique qu’un changement de vie est en cours. Il renvoie aux métiers d’élevage, mais aussi aux métiers en lien avec la rivière, le fleuve, les meules, les moulins, ainsi qu’aux métiers en lien avec les énigmes, les enquêtes (inspecteur de police) mais aussi à ceux qui favorisent un questionnement intérieur, une prise de conscience (juge, psychanalyste, prêtre, guru).

Du point de vue du troisième Niveau, la Roue de Fortune parle de karma, de nécessité de faire face à ses erreurs passées, à ses méfaits, à ses défaillances afin de faire les prises de conscience nécessaires. Elle parle aussi de blocage ou de régression. Les vertus induites par cette carte sont celles de la rédemption et la conversion, c’est-à-dire de la capacité à s’engager dans une transformation radicale de sa vie pour l’orienter vers le Ciel.MandalaSable2008-12

Du point de vue du quatrième Niveau, cet Atout ouvre le Ciel. C’est l’indication que l’on est mûr pour entrer dans la voie spirituelle. Bien évidemment cette Carte se rapproche de la notion de Karma hindou et bouddhiste, mais aussi de l’éternel retour de la nature tel que le voyaient les stoïciens, et dès lors aussi du mandala tibétain, éternel et éphémère.

Le X ne représente pas seulement la Croix de Saint André, le premier Appelé, premier Disciple du Christ, cette croix et ce nom d’André sont porteur d’une signification importante pour la compréhension de ce X qui se traduit, dans le Tarot, par la Roue de fortune.

Cette croix en X sur laquelle fut crucifié saint André est aussi la première lettre du nom grec Christos (χριστός), le premier être humain réalisé dans sa royauté céleste, Réplique du divin, Gardien de la Terre, Protecteur de toute la biosphère et de l’humanité endormie. André est un prénom qui signifie sous sa forme grecque (Andros), l’Homme. andrésurlacroix

Dans ce X, si c’est l’humain qui est en question, c’est l’humain qui a accompli le premier cycle, celui de la Terre, qui n’est complet que dans la réunion de la petite Terre (le féminin, l’élément terre et le sec, et fin les Deniers sont en relation harmonique avec ce premier Niveau  dont le symbole est Symbole de la terre) de la Terre et du petit Ciel de la Terre (le masculin, l’élément Feu, le chaud, et les Bâtons et dont le symbole est Symbole de feu). L’un plus l’autre donne un carré sur la pointe, la réunion de deux univers, pour la formation d’un ensemble solide et parfaitement uni : étoile. Cet ensemble est celui de première complétude.



Atout VIIII-L’Hermite

L’Hermite

Atout VIIII

Méditation, Prudence,Comprendre et digérer le passé

Transmettre son expérience

Père spirituel

Grand-père

Sagesse

Se retirer du monde, se replier sur soi, solitude volontaire

Vieillesse, misanthropie

L’alchimiste, L’Hermétiste, Le maître spirituel

9-hermite

L’Hermite est la dernière Carte du deuxième Niveau qui présente un être humain, le deuxième Niveau étant en relation harmonique avec les Bâtons et représentent l’investissement sociétal. Et c’est, temporellement, la plus âgée, puisqu’il fait suite à un développement linéaire des âges de la vie sociale : l’adolescence avec L’Amoureux, le jeune adulte avec Le Chariot, la maturité avec La Justice et l’homme âgé et surtout de grande expérience avec L’Hermite. Et ces Cartes représentent, aussi la maturation de la relation à autrui sur l’espace social et public : avec L’Amoureux, l’être humain subit un attrait puissant qui l’emmène sur une nouvelle communauté sociale, avec Le Chariot, c’est lui qui part à la conquête de nouveaux territoires, avec La Justice, il apprend à partager et dès lors à restreindre son affirmation pour faire place à autrui, avec L’Hermite, il s’agit d’offrir son expérience à la communauté et de la guider vers un agir de sagesse.

En tant qu’appartenant à la Verticale des IIII, L’Hermite incarne une des figures mâles, paternelles du Tarot. C’est bien sûr le grand-père (le père du père et parfois de la mère, surtout dans nos communautés où la monoparentalité conduit les femmes à assumer seule l’éducation des enfants). Il se tient juste derrière L’Empereur dans cette Verticale, il est donc un père de substitution potentiel, mais aussi une figure paternelle différente, dépouillé de la rivalité œdipienne : il n’a pas, comme L’Empereur, pour fonction d’affirmer des frontières, des limites, et l’autorité sur son territoire. Du coup, il a une relation plus socratique à l’enfant : il met en valeur les forces d’affirmation du petit fils ou de la petite fille, éclairant ses potentialités, suscitant leur déploiement.

The Hermite-Enchanted-TarotL’Hermite est un enseignant. Sa lanterne éclaire le chemin qu’il a fait durant une vie entière. C’est son expérience d’être humain ayant longuement vécu, ayant beaucoup expérimenté qu’il offre au monde, petit Soleil dans la nuit c’est-à-dire dans l’ignorance ordinaire des hommes comme le rappelle le Tarot Enchanté d’Amy Zerner qui a dessiné une étoile dans le Ciel de la nuit au-dessus de L’Hermite et de son chemin de lumière. C’est que l’étoile est le reflet du Soleil qui se trouve tout en haut de la Verticale des IIII, symbole du Père céleste qui inonde le monde de sa chaleur et de sa vérité.

Entièrement tourné vers la gauche, L’Hermite se distingue, en tant qu’enseignant, du Pape qui orientait les enfants vers la droite à la fin du Niveau I, c’est-à-dire vers l’avenir de leur  vie sociale et tout ce qui devait les éloigner de leur mère, de leur famille, les conduisant à s’ouvrir au monde et à l’aventure. L’Hermite intervient presque la fin du Niveau II, invitant à avoir un regard de philosophe et de sagesse sur ce qu’on est en train de vivre ou de faire. C’est donc à des prises de conscience qu’il invite plutôt qu’à partir à l’aventure. « Qu’es-tu en train de penser, de dire ou de faire ? » « Quel est le sens de ta vie, de ton activité, de ton désir » tel sont les messages essentiels  de L’Hermite qui demande à chacun de réfléchir si possible avant d’agir, mais dans tous les cas, aussi, après avoir agi.  Contrairement au Pape, encore, L’Hermite, très socratique, ne dit jamais ce qui doit être pensé ou fait. Il se contente d’éclairer la route qu’il a faite, laissant chacun prendre la responsabilité de sa propre sagesse.

L’Hermite du Tarot de Marseille tient un bâton dans la main, mais c’est un bâton ondulé : son pouvoir, son autorité, est tout en souplesse, contrairement à celui de L’Empereur. Il tempère l’autorité de L’Empereur, et la rend moins difficile à supporter, parce qu’il en donne le sens, demandant à chacun de fonder sur sa propre réflexion les limites de son activité.

Le nom d’Hermite renvoie, bien évidemment, à une solitude choisie et L’Hermite est un symbole de réserve, de mise à distance à l’égard d’autrui. Contrairement à La Papesse qui subit souvent une forme d’isolement, L’Hermite a fait le choix de se mettre à l’écart de la société pour réfléchir à ce qu’il a vécu, pour ensuite, transmettre cette aptitude à la réflexion aux autres hommes. Il renvoie aussi à l’alchimie et à Hermès, à qui il a emprunté le H initial. L’Hermite est un alchimiste : il vise la pierre philosophale, c’est-à-dire à la transfiguration de la réalité matérielle par la lumière. Il représente aussi une étape sur la voie sèche que représente la Verticale des IIII.

sculpture-pelerinC’est un pèlerin qui s’avance sur le chemin qui mène à Compostelle et que rappelle encore l’étoile dans le Ciel du Tarot Enchanté. Il avance lentement mais sûrement sur le chemin de la réflexion (tourné à gauche) et de la méditation. Il représente la prudence, cette vertu aujourd’hui peu appréciée et qui pourtant est au fondement de toute sagesse comme le montre l’étymologie (sagesse en latin se disait « prudentia »). Il s’agit en effet avec L’Hermite de réfléchir avec d’agir. L’action de L’Hermite est donc rare et circonspecte, mais alors parfaitement accomplie. Son but est de résoudre les problèmes et de trouver des solutions.

Le fait que la Carte complémentaire de L’Hermite soit Le Pendu nous éclaire encore sur cette prudence qui est la sienne : la sagesse doit en passer par une forme de lâcher-prise et aboutir à un renversement des perspectives.

Quand on tire la Carte de L’Hermite deux choses sont potentiellement en jeu dans le message du Tarot : cette Carte renvoie à la maturation d’une situation, affirmant qu’il est temps désormais de prendre un apprenti, de transmettre son savoir, de réfléchir au sens de la vie, de prendre du recul et de s’isoler pour méditer. Ce peut être ainsi le temps de la retraite. Mais elle peut, au contraire, signifier aussi qu’un long temps de maturation sera nécessaire pour que la réalisation de ses projets puissent avoir lieu. C’est la signification privilégiée quand L’Hermite est en opposition. Le message alors n’est pas négatif, il indique simplement la nécessité d’être patient. La patience est en effet l’une des grandes vertus qui sont associées à L’Hermite, en plus de la prudence, de la circonspection et de la sagesse.

ghirlandaio-le-vieil-homme-et-son-petit-fils-1490Du point de vue du premier Niveau du Tarot, L’Hermite parle du grand-père, souvent le père du père.

Du point de vue du second Niveau du Tarot, l’Atout VIIII renvoie à tous les pères spirituels de la vie sociétale, aux éminences grises, aux conseillers, aux thérapeutes, aux guides moraux, au psychanalyste, au philosophe, à l’homme âgé, au retraité.

Cet Atout indique qu’un long travail arrive à sa fin. Il parle d’un enseignement né d’une longue expérience. 

Du point de vue du troisième Niveau du Tarot, L’Hermite indique une période longue d’attente, de la nécessité d’être patient, de la vieillesse, de la solitude. Période où l’on souffre du froid, de la distance, du sentiment de solitude. 

Du point de vue du quatrième Niveau du Tarot, l’Atout VIIII est la Carte de l’ermitage, de l’alchimie, du pèlerin, de la retraite, de l’ascèse, de la sagesse humaine, de la philosophie, du père spirituel dans sa signification la plus forte : celle d’une personne qui ouvre le chemin spirituel.

 



Atout VIII-La Justice

La Justice

Atout VIII

Coeur de la société

Mère froide, distance

Femme active

Mesurer, rationaliser, Juger, Égaliser, Équilibrer

Trancher, tailler, couper, mettre à distance, refroidir

Pesanteur et tracas administratifs

La Justice divine

8justice

Encore une fois, il est impossible de comprendre La Justice, huitième Atout du Tarot, sans son insertion dans la Structure du Tarot de Marseille.

La Justice se trouve au croisement d’un Niveau – le second – et d’une Verticale – la troisième -. Le deuxième Niveau, en correspondance harmonique avec les Bâtons du Tarot, renvoie à la passion, celle qu’ouvre le petit Eros de L’Amoureux, mais aussi à l’investissement sociétal. La troisième Verticale est celle de la féminité, de la vie, de la mort, de la créativité. La Féminité procréative et créative s’incarne, dans le Niveau sociétal par excellence qu’est le Niveau II,  en cette femme forte, droite et distante qu’est la Justice, une femme fortement impliquée dans la communauté des hommes.

Statue allégorique de la justice. ChancelleriePlacée, au sein de la Verticale des III, entre la procréatrice qu’est L’Impératrice – cette pourvoyeuse de vie -, et l’Atout XIII qui représente la grande Faucheuse (La Mort), La Justice incarne toutes les petites morts nécessaires à la vie humaine pour que celle-ci suive le droit chemin de l’incarnation actuelle. Ainsi, La Justice punit et rectifie, recadre et sépare comme le montre le fait qu’elle porte une épée levée. Elle est souvent interprétée comme une femme castratrice. En réalité, elle représente la mère de famille dans son activité de distribution équitable des récompenses et des punitions correctives aux enfants. La Balance de la Justice est presque en équilibre parfait, et son épée est presque droite mais pas tout à fait : La Justice, dans cette distance, cette froideur, cette raison qui sont les siennes, n’oublie pas l’équité qui consiste à favoriser qui le mérite, ou qui en a besoin. Contrairement aux représentations classiques qui lui bandent les yeux, La Justice du Tarot a en effet les yeux grands ouverts, car il s’agit de traiter chacun, non de la même manière, mais en tenant compte de ce qu’il est.

La psychanalyse nous a habitué à voir dans la mère symbolique une femme protectrice, nourricière, et fusionnelle qui correspond dans le Tarot à La Papesse, ainsi qu’à voir dans le Père symbolique, ce  séparateur d’avec le corps de la mère, ce qui fait obstacle à la fusion, tout comme un modèle et un cadre qui incarne la Loi dans la famille et permet la construction du Surmoi de l’enfant.

Ce n’est pas le récit familial que raconte le Tarot pour qui c’est la Mère elle-même qui, placée au commencement d’une Verticale centrale, la IIIe, et sous la haute figure de L’Impératrice, sait qu’en donnant la vie, elle fait aussi un don de mort (L’Atout XIII), et que tout en étant dans la tendresse, l’amour, et la transmission de la joie à l’enfant, il lui faut aussi incarner la froide dignité de la Justice familiale et accepter la séparation d’avec l’enfant (l’Atout VIII). C’est en assumant pleinement son appartenance à la Verticale du III où se trouvent La Justice et L’Atout XIII que L’Impératrice ou la mère biologique (ou adoptive) incarne la Mère céleste que représente La Lune, l’Atout le plus élevé de cette Verticale.

Le lien particulier entre La Justice et l’Atout XIII est renforcé par le fait que ce sont des Atouts complémentaires. Ainsi, il n’y a pas de justice sans le travail du deuil sur une affirmation propre absolutisée, et sur l’individualisme.

Aucune mère fusionnelle ne peut enfin être juste avec ses enfants, la mère fusionnelle est en effet la mère de la préférence (pour le dernier né, pour le malade, pour le plus petit, le plus en échec, le plus en réussite, etc.) , et dès lors une mère de l’injustice nécessaire au commencement de la vie du petit humain. Une mère qui doit savoir ensuite se mettre à distance. C’est ce moment de la distance et la construction du cadre familial qu’incarne, dans la Famille, La Justice. Ce que représente La Justice en étant dans la quintade supérieure de L’Impératrice, c’est en effet la discipline. Elle est le jardinier de la famille, et son épée est le sécateur des caractères familiaux. Elle taille en chacun tout ce qui n’est pas droit ; elle sépare ce qui doit l’être ; elle se met, elle-même, à distance de ses enfants pour qu’ils puissent grandir et peu à peu s’autonomiser.

La Justice incarne aussi, en étant placée derrière L’Impératrice, la seconde mère : la marâtre, la belle-mère, mais aussi la tante, celle qui, dans la famille, présente un autre modèle de femme à l’enfant. Elle peut aussi représenter la mère distante, voire froide, peu sentimentale et pas assez ou pas du tout sensible aux besoins de tendresse de ses enfants.

Quand cet Atout est tiré, il indique souvent la nécessité d’une prise de distance au regard d’attachements anciens qu’il n’est plus bon de cultiver avec la même détermination. Elle conseille une séparation. Elle peut représenter un conseil de divorce. Mais le plus souvent elle met en garde sur la nécessité de conserver une distance, au sein même de la relation d’amour la plus fusionnelle. Elle parle donc de contrat de mariage, ainsi que de la nécessaire culture de l’indépendance et de l’autonomie de chacun.

La justice incarne particulièrement bien la personne qui aide à couper le cordon ombilical sous toutes ses formes, réelles ou symbolique. Elle est celle qui fait place à l’autre dans la psyché humaine.

Du point de vue sociétal qui correspond au Niveau II du Tarot, La Justice représente les femmes très investies socialement et en retrait face à la famille. Placée entre jeune Chariot et le vieil Hermite, elle vit dans un monde d’hommes. C’est la fille du Père comme L’Étoile est la fille de la mère, du fait de sa proximité avec L’Hermite qui l’a regarde avec amour. En tant que fille du père, elle a une grande intelligence et une grande autorité naturelle comme le montre son trône C’est bien sûr, la femme juge, l’avocate, mais aussi la directrice, et toute femme de pouvoir.

Toujours dans le domaine sociétal, cet Atout VII renvoie, dans un tirage, aux papiers administratifs, aux contrats, mais aussi aux litiges et aux procès, à la nécessité de régler ses dettes, au risque de la prison.

La Justice regarde droit devant elle et même pourrait-on le penser, elle regarde droit dans les yeux du consultant qui la tire : elle incarne aussi les personnes droites, loyales, et parfois brutales dans leur franchise sans concession. Elle peut même être quelque peu rigide dans sa façon d’être, car elle hait toute forme d’hypocrisie, toutes les petites compromissions qui organisent, ordinairement, la vie de tout un chacun. Avec elle, attendez-vous à une parole très directe.

Au sein des facultés humaines, c’est la raison que La Justice incarne, ainsi que le sens de la justice qui conduit chacun à rectifier un comportement trop égoïste.

Du point de vue religieux, l’Atout VIII représente le karma, cette justice cosmique, mais aussi le  Tribunal divin et le Jugement dernier, la nécessité de rendre compte de ses choix de vie passés et de régler la note, de payer ses dettes, mais aussi de recevoir ses récompenses ultimes.

LaJusticeDu point de vue spirituel, La Justice du Tarot incarne l’une des vertus les plus importantes qui puissent être. Aristote voyait en la justice l’essence de toute vertu : impossible d’être courageux, tempérant, magnanime ou généreux sans être juste. Car on ne peut être juste sans accepter d’être relativisé, de ne plus être au centre du monde ou le seul qui compte. L’homme juste fait donc toujours place pour l’autre et ses droits. La Justice s’oppose donc frontalement à l’égoïsme qui est toujours premier, et d’abord celui de l’enfant. C’est pourquoi le Tarot place La Justice à la fois au coeur du Niveau II qui représente la Société (sans la justice, la vie sociale est impossible) et dans la Verticale III de la mère et de la famille : la justice parentale est la condition de l’amour fraternel. Etre juste est donc une qualité essentielle pour la mère. Étant, enfin, sous l’influence d’Éros, comme tous les Atouts du second Niveaux, La Justice du Tarot rappelle qu’elle est un Idéal qui exige un grand investissement et même des sacrifices. Certains, au nom de la justice, mettent en jeu leur vie. C’est pour finir la première des quatre grandes Vertus humaines que le Tarot incarne dans cet ordre : La Justice ou Atout VIII, La Sagesse (L’Hermite ou Atout VIIII), Le Courage (La Force ou Atout XI) et La Tempérance (L’Atout XIIII). Cela signifie qu’elle inaugure des formes d’accomplissement de soi qui sont autant de balises sur le  chemin spirituel du Tarot.

Avec La Justice, notre Bateleur a fait un grand pas sur le chemin spirituel qui est le sien  : au lieu d’être encore dans l’égoïsme et l’affirmation vitale de soi comme l’était encore Le Chariot, il fait place aux besoins et droits d’autrui, à égalité avec ses propres besoins et ses propres droits. Ce n’est pas encore l’oblation  de la sainte Étoile, mais c’est un premier pas vers elle.

En ce qui concerne le premier Niveau du Tarot, La Justice est significative de la mère éloignée, froide, distante ou ses incarnations (belle-mère, tante, mère adoptive, mère biologique perdue). Elle représente aussi la fille proche du père, femme investie dans la vie sociétale. Elle représente toujours la femme qui coupe le cordon ombilical entre la mère et l’enfant, la famille et l’enfant, etc.

En ce qui concerne le second Niveau du Tarot, La Justice renvoie aux femmes-juges, avocates, administratives. Mais aussi à la sage-femme qui coupe le cordon ombilical. Elle incarne donc la sage-femme, l’infirmière, mais surtout la chirurgienne, la psychanalyste et toute personne qui oeuvre à séparer le bon grain de l’ivraie dans le corps et l’âme des patients. Elle est aussi la jardinière du Tarot, celle qui prend soin de la vie en ôtant, coupant, détruisant ce qui doit mourir pour que le jardin resplendisse.

En ce qui concerne le troisième Niveau du Tarot, l’Atout VIII évoque les problèmes de justice, les procès, la lourdeur administrative, la pesanteur de la paperasse, les dettes, l’injustice. En défaillance, elle indique un manque d’équilibre et un manque de mesure et de raison, un comportement emporté, pulsionnel, passionnel qui est nuisible.

En ce qui concerne le quatrième Niveau du Tarot, L’Atout VIII parle des Justes de l’histoire, ceux de la Deuxième Guerre mondiale, mais aussi de la Justice divine, celle qui rectifie les erreurs de la justice des hommes. Elle évoque le parfait équilibre d’une âme en paix. En plus de Thémis, la déesse de la justice, Athéna  déesse de la Raison mais aussi de la guerre, et sa mère Métis, déesse de la sagesse qui distingue le bien et le mal, sont particulièrement bien représentée par cet Atout VIII.



Atout VII-Le Chariot

Le Chariot

Atout VII

Curiosité, exploration, découvertes

Succès, chance du débutant

Christ triomphant

Conquêtes, colonisation, faire la guerre

Fils éternel, fils à maman, adulescence

 

lechariot

Le Chariot confronte l’énergie d’éros (en harmonie avec les Bâtons) à la problématique de la Verticale des II où se joue la relation à l’altérité. Alors que La Papesse, qui se trouve sur la quintade inférieure, portait l’altérité en soi sous la forme d’une fusion (et d’une confusion au même), Le Chariot l’a devant lui et vise à sa conquête (afin, là encore, de le ramener au même par sa transformation et son assimiliation).

Le Chariot du Tarot Visconti-Sforza

Ce jeune homme est sorti de l’adolescence qui est le propre de L’Amoureux et désormais avance à grande vitesse dans l’univers sociétal qui est le sien. C’est cette vitesse qu’a choisi d’illustrer le fameux Tarot Visconti, le plus ancien des Tarots que nous possédons encore.

C’est par excellence le conquérant, le jeune premier à qui tout réussit comme le montre sa couronne et son sceptre. Soutenu par sa mère, par la communauté première tout entière (La Papesse), il n’a aucun doute sur le bien-fondé de son entreprise, et sur ses capacités à la mener à bien. Et de fait, il porte, au-dessus de lui (deux quintades supérieures), L’Étoile de la chance à l’état pur.

Passionné par les voyages, par la diversité culturelle, et fasciné par le lointain, comme le sont tous les Bâtons mais aussi tous les Cavaliers du Tarot dont il est le maître Atout par excellence, Le Chariot passe sa vie à explorer de nouveaux horizons, ramenant de là-bas des richesses et des coutumes qui font sa fortune. Mais, en réalité, cette altérité qui l’attire, qu’il visite et dont il emporte avec lui des symboles reste superficiellement assimilée à ses propres visions, ses propres coutumes. C’est même plutôt lui qui tend à imposer aux autres, aux étrangers, ses propres manières d’être. Le Chariot, ce conquérant, est par excellence le représentant des conquistadors et des colonisateurs pour qui les voyages et les pays lointains sont autant de lieux à découvrir, mais aussi à acquérir, à conquérir, à maîtriser.

S’il va à l’étranger, Le Chariot n’adopte que superficiellement ses coutumes. C’est plutôt lui qui tente d’imposer les siennes à ceux qui l’ont accueilli. Ne doutant jamais du bien fondé de ses propres manières d’être, il considère comme son droit de les importer et de les suivre en dépit de tout respect des habitants en place. Souvent aussi, il s’approprie les biens locaux pour les ramener chez lui, comme des trophées de ses voyages, ne se rendant pas compte qu’il s’agissait d’un trésor national.

La parfaite réussites sociales qui est celle du Chariot n’empêche pas la profonde ambiguïté identitaire qui est la sienne en ce qui concerne son genre. Fils, fondamentalement de la mère (La Papesse est juste en dessous de lui, dans la quintade inférieure), il a manqué, dans l’enfance et à l’adolescence, d’une figure paternelle qui lui serve de modèle. Le Chariot est en effet loin de toute figure paternelle. De ce fait, c’est un homme jeune qui possède une puissante tonalité féminine comme on le voit sur tous les Tarots. Le Tarot Visconti va même jusqu’à le représenter par une femme, mais alors, il désigne une jeune femme qui possède une importante tonalité masculine dans ses manières d’être, une femme sportive, martiale même. Dans le Tarot de Marseille, cette ambivalence qui est portée aussi par sa Verticale, se manifeste par le visage unisexe du Chariot, et surtout par ses épaulettes qui portent, à gauche, un soleil et, à droite, une lune, dans une inversion des  symboliques sexuelles (la lune est féminine et ordinairement placée à gauche du soleil, masculin) qui désigne encore une fois l’ambivalence des identités de genre. Elle est portée encore par la Carte complémentaire de l’Atout VII : Tempérance, la Carte la plus ambivalente de la Verticale mâle du Tarot, la Verticale des IV.

Que Tempérance soit la Carte complémentaire du Chariot nous donne encore cette indication essentielle : tout conquérant doit savoir faire place à l’autre et à ses expressions propres. Il ne peut y avoir de vraie conquête que dans le partage et l’échange où l’autre est entendu et respecté.

Du fait de cette ambivalence, l’activité intense dans le monde sociétal du Chariot n’empêche pas son introspection et sa rêverie : il regarde vers la gauche. Il est en effet marqué par un passé où régnait une figure maternelle puissante.

À bien des égards, cet Atout est l’un de ceux qui expriment l’homosexualité, particulièrement quand elle ne s’est pas pleinement révélée.

L’orientation des chevaux du Chariot corrobore cette ambivalence. L’un des chevaux tire sur la droite et l’autre sur la gauche, et bien que le cheval de droite force puissamment vers la droite, ses regards portent sur la gauche. Il ne faut pas y voir l’indécision qui est le propre de la Verticale des I dans ses deux premiers Niveaux. Il s’agit, là, en tant que représentant de la Verticale des II, d’une dualité qui est le propre de ces Atouts systématiquement illustrés par la bivalence. Il n’y a donc pas de choix à faire, mais bien une dualité qui est assumée. Deux métiers, deux orientations, deux passions peuvent être ainsi désignées.

Cette Carte de la conquête et du succès du débutant, du jeune adulte, est aussi une Carte de la quête spirituelle : les chevaux sont bleus, couleur du Ciel, couleur de la spiritualité.

ChariotIl ne faut pas oublier que le Tarot a été inventé à la Renaissance, en Italie, durant une période où l’intelligentsia redécouvrait Platon, le philosophe de l’Antiquité que le Moyen-Age avait mis de côté au profit d’Aristote. Or, Platon voit dans le Chariot une allégorie de l’âme humaine, tirée par deux chevaux, celui de la pulsion (celui de gauche et que Platon imagine comme un cheval noir) et celui de l’énergie mâle, du courage, de la vertu (celui de droite, qui est blanc dans l’imaginaire platonicien). Le conducteur représente la Raison humaine, celle qui doit imposer à ses deux chevaux, sa loi. Il n’est pas inconsidéré de penser que le Chariot du Tarot reprend cette allégorie pour désigner le moment de la vie humaine, celui du jeune adulte où il s’agit de devenir maître de soi, par la domination des impulsions vitales.

La Verticale des II où se situe le Chariot met en garde celui qui en fait le tirage : il a devant lui une période faste, de triomphe, de conquêtes, de réalisations tous azimuts mais il s’agit pour lui de ne pas écraser ceux qui se trouvent sur son chemin ni de leur imposer ses manières d’être, sous peine de perdre son âme. Le Chariot doit spiritualiser sa relation au monde en retrouvant des moments de calme, et de retrait et comprendre que réussir implique souvent une forme d’inaction (La Papesse et Le Pendu), ainsi qu’une grande générosité qui doit le conduire, dans son triomphe même, au Service d’autrui (L’Étoile), et plus particulièrement, du fait de son immersion dans le Niveau II du Tarot, au sein de la société, cette communauté des échanges de biens et de services. Dans tous les cas, ce tirage indique une période de mouvements et de changements, et potentiellement de voyages et déplacements. Il renvoie souvent à une personnalité très ouverte à la diversité culturelle, attiré par l’exotisme du lointain, mais aussi à une personnalité théâtrale (l’iconographie le suggère par les rideaux qui encadrent le personnage central), voire très médiatique (cinéma, télévision, radio, internet).

A sa mesure, Le Chariot est une Star. Il a, en effet, L’Étoile deux quintades au dessus de lui qui veille sur ses intérêts, et la plupart des Tarots, y compris de Marseille, ont signalé ce lien à L’Étoile qui partage, non seulement le II, mais le VII avec lui, par la présence d’étoiles dans la représentation de l’Atout. Dans le Tarot convers, c’est dans le drapé qui l’encadre que se trouve ce signe discret.

En ce qui concerne l’interprétation du Chariot à la lumière du premier Niveau des Atouts, le Chariot représente le fils aimé de la mère et le fils aîné.

En ce qui concerne l’interprétation du Chariot à la lumière du second Niveau des Atouts, l’Atout VII incarne les jeunes premiers, les jeunes hommes à succès soutenus par une femme plus âgée (Macron est l’incarnation actuelle la plus évidente du Chariot), les golden boy, les stars de cinéma, mais aussi d’étrangers.

Bartolomeo_Montagna_-_Saint_Paul_-_Google_Art_ProjectEn ce qui concerne l’interprétation du Chariot à la lumière du troisième Niveau des Atouts, Le Chariot parle d’envahisseurs, de colonisateurs, de guerre, d’échec, de confiance excessive en soi, de soumission masculine à la mère, d’incapacité à murir, d’adulescence.

En ce qui concerne l’interprétation du Chariot à la lumière du dernier Niveau des Atouts, le Chariot parle d’équilibre de l’âme humaine, d’amour pour la transcendance et de conscience verticale, d’élan puissant vers le divin.

En tant que chef des armées , il représente le prince chevalier qui veille sur les frontières du royaume.

Il incarne aussi les grands missionnaires et, les premiers de tous, les Apôtres et particulièrement Paul qui fut sans doute le véritable créateur de la religion chrétienne, en tant que religion séparée du judéo-christianisme initié par Jésus de Nazareth et qui s’est diffusée partout dans le monde.

En tant que Fils de la Mère divine, Le Chariot incarne le Christ triomphant.

Voici le Psaume 45 qui, pour de nombreux chrétiens, fait la louange de ce Christ Triomphant que met en scène le Tarot avec l’Atout VII :

« Tu es le plus beau des fils de l’homme, La grâce est répandue sur tes lèvres: C’est pourquoi Dieu t’a béni pour toujours. Vaillant guerrier, ceins ton épée,

Ta parure et ta gloire, Oui, ta gloire!

Sois vainqueur, monte sur ton char, Défends la vérité, la douceur et la justice, Et que ta droite se signale par de merveilleux exploits!… »



Atout VI-L’Amourevx

L’Amourevx

Atout VI

Tiraillement entre l’ancien et le nouveau

Deux voies possibles

Adolescence, Jeunesse, beauté

Coup de foudre, vie affective

Entrée dans la vie sociale

Eros, inspiration

l-amovreux

L’Amoureux est le premier Atout du deuxième Niveau du Tarot. Il ouvre ce deuxième Niveau qui est en harmonie avec les Bâtons et le Feu. Il est aussi la première Carte en laquelle un V s’ajoute au Nombre de sa Verticale. Ainsi, toute la symbolique de L’Amoureux se trouve dans ce « Un » ( I ) qui s’ajoute au « Cinq » (V). Or, le V, nous l’avons vu avec Le Pape, est significatif d’Union, de communauté, de famille.

L’Amoureux, comme Le Chariot, La Justice, L’Hermite et La Roue de Fortune se caractérise donc par le fait que, désormais, la notion de communauté est acquise, elle est devenue, en profondeur, une part essentielle de son être. Le V est aussi le symbole d’une inspiration de nature divine qui sera en jeu dans toutes les Cartes désormais. Et c’est pourquoi dans le nom des Cartes,  et à partir de  L’Amourevx, le « u » est souvent remplacé par un « v », rappelant l’importance à la fois de la communauté et du lien spirituel et vertical avec le divin.

En tant que membre de la Verticale des I, L’Amoureux confronte donc l’Individualité à la communauté : comment être Soi-même, en face de sa famille ? L’individuation qui mène à l’autonomie et à la responsabilité de la personne humaine implique un certain détachement au regard de la première communauté et une ouverture au regard de la seconde (la société). Ce détachement ne serait pas possible si l’individu n’était pas profondément réorienté par le feu de l’éros. C’est ce que met en scène l’iconographie de L’Amoureux : un jeune homme, L’Amoureux, ancien Bateleur, est  désormais au stade de l’adolescence. Il  se trouve pris entre deux femmes, chacune incarnant une communauté (le V), l’ancienne et la nouvelle, la famille et la société. Et au-dessus de lui, Éros se charge de le motiver en faveur d’une union avec la jeune fille, union vers laquelle tend sa flèche et qui le détache de la famille en lui permettant d’entrer dans une vie sociétale nouvelle. Cette érotique du feu, qui est celle des Bâtons et qui s’incarne là dans le petit dieu Éros, dieu de l’amour, joue un jeu essentiel dans l’ensemble de ce deuxième Niveau des Atouts du Tarot.

Il faut savoir que les Grecs dont la philosophie a inspiré les créateurs du Tarot à l’époque de la Renaissance n’avaient pas de mot pour dire l’unité du fait d’aimer ; ils divisaient donc ce que nous appelons l’amour en deux réalités distinctes : philein (aimer par la durée, par la complicité, par la tendresse) et erein (aimer par le coup de foudre, dans le feu de la passion et de l’état amoureux). Les deux femmes représentent ces formes distincts d’amour : la femme plus âgée, placée sur la gauche (le passé) incarne l’amour de type philiaque et que le jeune homme a pour ses parents, sa famille, sa communauté d’origine, sa patrie, ses acquis du passé, tandis qu’à droite (l’avenir) la jeune femme couronnée de fleurs incarne l’amour érotique que le jeune homme éprouve soudainement pour une femme extérieure à sa famille et à sa communauté, pour une activité qui le passionne, pour un nouveau pays où il désire intensément se rendre, etc.

Les tarologues voient généralement en L’Amoureux la carte du choix. C’est assez juste, mais ce choix est celui qui nous place à la croisée d’un chemin précis : celui qui est en train de bifurquer pour nous réorienter vers le Nouveau, par l’énergie d’éros, ce qui implique qu’on doit apprendre à se détacher partiellement de l’Ancien. Or, c’est précisément ce dont L’Amoureux n’est pas encore capable. Ce n’est donc pas tant le choix qui caractérise cet Atout VI que le tiraillement entre l’ancien et le nouveau.

Remarquons l’intelligence de la vie que manifestent les créateurs du Tarot : rien n’emmène mieux l’adolescent à sortir des « jupons » familiaux que de tomber amoureux. C’est la jeune fille qui, sur la Carte, représente l’attrait de l’amour, l’attrait de la nouveauté, et stimule le besoin de s’émanciper de sa mère, de sa famille, de ses habitudes et coutumes apprises dans l’enfance et qui possède encore sur soi un grand pouvoir, comme on le voit dans le fait que la femme âgée, porte une couronne de laurier.

Notons que ce dieu de l’amour qu’est Éros apparaît de manière traditionnelle comme un petit angelot avec un arc, prêt à décocher ses flèches d’amour. Le Tarot a respecté cette iconographie traditionnelle, en ajoutant quelque chose d’essentiel : les flammes qui entourent l’angelot. Ces flammes sont toujours, dans le Tarot, l’expression d’une inspiration divine. Bien qu’appartenant à l’univers chrétien de la Renaissance italienne, les inventeurs du Tarot étaient très marqués par la culture grecque qu’ils redécouvraient avec délice et qu’ils réinterprétaient à la lumière d’un message hermétique et alchimique. Cette Carte de L’Amoureux indique dès lors qu’une énergie divine, de nature amoureuse, oriente l’individualité en construction vers de nouveaux objets, de nouvelles personnes, de nouveaux rivages. C’est la passion amoureuse, la passion d’une vocation, d’un hobby essentiel que désigne L’Amoureux et qui va le conduire à se détacher des premiers attachements (ceux de sa famille), des premières expressions culturelles (ceux de son ethnie), des premiers enseignements (ceux de l’école), etc. Bien que motivé par éros, le détachement n’est jamais facile, et la tarot-loversréorientation crée souvent des tensions. Il peut y avoir ainsi des conflits entre d’anciennes et de nouvelles loyautés, d’anciens attachements et de nouveaux liens, les anciens liens ayant autorité encore sur L’Amoureux comme le montre la main de la femme de droite, posée sur son épaule et qui tente de le retenir.

Le Rider a fait une interprétation intéressante de ce VIe Atout. Il a privilégié l’érotique amoureuse sur la problématique du conflit de loyauté, du tiraillement qui est central dans le Tarot de Marseille classique. Le Diable (Atout XV) étant l’Atout complémentaire de L’Amoureux, c’est un immense Ange rayonnant de l’amour qui préside à l’instant de la déclaration d’amour d’une espèce d’Eve et d’Adam primordiaux, que le Rider place là où, dans l’Atout XV, Le Diable tarot-devilpréside aux âmes enchaînées. Il met alors l’accent sur le bonheur très intense qu’il y a à être amoureux dans la réciprocité ce qui nous situe dans une espèce d’Éden de l’Amour. C’est en effet une sorte de fusion que vivent les amants qui sont, momentanément, en accord sur tout. Plus tard, les différences seront en jeu et il faudra reprendre la problématique de l’altérité et celle de la dépendance qu’incarne de manière très visible l’Atout XV.

Cette complémentarité entre Atout VI et Atout XV rappelle aussi à quel point l’amour qui règne entre l’homme et la femme s’exprime par la sexualité, ce qui fait de l’amour platonique une expression incomplète de la relation d’amour.

En tant qu’appartenant à la Verticale des I, celle qui met en scène et en jeu la construction individuelle, L’Amoureux signale pourtant bien une étape essentielle, celle de l’adolescence, quand Éros et l’énergie passionnelle du feu ouvrent à la société et au nouveau, au différent, à l’altérité au regard des habitudes acquises et des premières communautés. Il s’agit donc d’un moment-clé, quand encore enraciné dans sa communauté première, un jeune homme s’éprend de la jeune fille qui va l’ouvrir à un nouveau monde.

Ce tiraillement est très visible dans le corps du jeune Amoureux au sein de l’iconographie de la Carte du Tarot classique : il se trouve doublement orienté entre les deux femmes : ses pieds sont écartés, son corps oscille. Mais les pieds parlent clairement d’une orientation vers la jeune fille. Même s’il a le regard portant encore sur la femme plus âgée qui représente sa première communauté, ses premiers attachements, et le regard exprime les pensées et intentions conscientes, les pieds ne se distribuent pas de la même façon, et le pied droit, de l’avenir, des intentions inconscientes et du mouvement réel du corps, s’installe bien plus avant vers la jeune fille que le pied gauche, orienté vers la mère.

Quand L’Amoureux apparaît dans un tirage tarologique, il signifie toujours qu’on se trouve pris entre un amour ancien (celui qu’on porte à sa famille par exemple, à ses habitudes, à ses anciens choix de vie) et l’attirance puissante pour une personne extérieure à ces premiers attachements, pour une nouvelle activité, une nouvelle manière d’être. La Carte de L’Amoureux parle donc moins de choix que de passage, difficile, et douloureux parfois, de l’ancien au nouveau, et de la nécessité d’une croissance intérieure qui fait place à de nouvelles manières d’être, à de nouveaux amours, à de nouvelles passions.

En lien avec le premier Niveau du Tarot, L’Amoureux parle des fratries, des relations frères-soeurs, de la communauté des écoliers et autres expressions collectives de l’enfance mais surtout de l’adolescence.

Il indique un tiraillement entre les valeurs familiales et les valeurs sociales.

erosEn lien avec le second Niveau du Tarot, L’Amoureux parle d’orientation, d’hésitation et de choix entre deux formations, de passion pour telle ou telle activité.

Il désigne tous les conseillers en orientation, les conciliateurs. Il indique les métiers liés à la recherche amoureuse (créateur de site de rencontre, agence matrimoniales, etc.). 

Il concerne tous les métiers du luxe, de l’esthétique, du design, de la recherche de la beauté sous toutes ses formes, et donc de l’art. 

Enfin, il désigne les métiers en relation avec l’adolescence, mais moins le professorat que le monitorat, l’animation socioculturelle, etc. Il n’y a pas, en effet, un statut nettement plus élevé au regard de ceux qui bénéficient de son aide, mais une complicité, une transmission de grand frère ou de grande soeur. 

En lien avec le troisième Niveau du Tarot, L’Amoureux parle de l’épreuve du déchirement (triangle amoureux, déchirement entre communauté d’origine et nouvelle communauté, etc.).

Il indique une forme d’adulescence, une immaturité qui conduit à rester au niveau de l’adolescence et de ses problématiques, une impossibilité d’engagement. 

L’Amoureux enjoint de trouver en soi-même la réponse, sans se laisser influencer outre mesure. Il oriente clairement vers la nouveauté, vers ce qui porte l’enthousiasme et la passion.

jean de la croixEn lien avec le quatrième Niveau du Tarot, L’Amoureux est clairement la Carte du dieu Eros, ce petit dieu grec qui envoie, malicieusement, ses flèches d’amour dans les coeurs les plus improbables.

C’est aussi aux grands mystiques chrétiens qu’il est lié, tous ceux qui vivent leur amour pour le divin sous la forme d’un coup de foudre d’une intensité extrême.



Atout V-Le Pape

Le Pape

Atout V

Sacralité mâle

Père socratique, père spirituel, parrain

Guidance et protection

Émancipation et conciliation

Union, mariage

Enseignement oral

5pape

C’est bien évidemment le nombre cinq et le pentagramme qui exprime le mieux la signification tarologique du Pape. Alors que le carré est fixe, ferme, figé, solide et fermé, le pentagramme retrouve une mobilité et apporte quelque chose de nouveau, tout le comme le graphisme du V, graphisme de la coupe ouverte vers le Ciel : il reprend les quatre éléments qui le précèdent et y ajoute l’esprit. Ainsi, avec le Pape, une histoire se termine, celle du féminin de la Terre, le premier Niveau des Atouts du Tarot .

Alors que les quatre premiers chiffres et les quatre premiers Atouts s’inscrivaient dans une dynamique de l’ajout : I, puis I+I=II, puis I+I+I+I=III, et enfin I+I+I+I=IIII, le chiffre V indique qu’un ensemble est constitué, comme jamais auparavant, chaque élément étant lié aux autres par un cinquième élément, l’Esprit, recueilli dans le calice que forme l’écriture romaine du nombre cinq : V.

120px-Pentacle_1.svgLe pentagramme, constitué de cinq V, est en effet la représentation des cinq éléments, chacun se trouvant dans un des triangles formé par la figure : la terre, le feu, l’air et l’eau, à quoi s’ajoute ce qui les transforme en un tout et leur donne sens : l’esprit appelé aussi éther, cet élément subtil, invisible, et néanmoins absolument nécessaire à l’unité de la réalité. Dans  le Tarot, il incarne la réunion de l’ensemble des personnages du premier Niveau : Le Bateleur, La Papesse, L’Impératrice, L’Empereur et Le Pape qui est aussi cette unité à lui seul.

hierophantLe pentagramme est le symbole de l’union des forces contraires et complémentaires. Ainsi, dans le V, se trouve le I du Bateleur associé au IIII de L’Empereur, union donc des représentants masculins de la famille du Tarot, mais aussi le II de La Papesse associée au III de L’Impératrice. Ainsi 1+4=5 tout comme 2=3. Ainsi, Le Pape est aussi bien l’union des forces féminines que celles des forces masculines. Cette présence double, du féminin et du masculin se retrouve dans les piliers de l’iconographie du Pape.

Le pentagramme, tout en étant constitué de cinq V, qui se rejoignent par leur base, chacun étant pointé vers l’extérieur, encadrent un visage. On peut y voir le visage du Pape, avec deux grandes oreilles destinées à entendre vraiment, un chapeau pointu de la tiare pointant vers le ciel, et à la barbe dédoublée, symbole de l’union entre les forces féminines et les forces masculines. C’est aussi le symbole du corps de l’humanité spirituelle, avec son visage, ses deux bras ouverts à l’autre et ses jambes bien campées dans le sol de la Terre.

Le Pape est par excellence celui qui fait le lien entre les personnes, et entre les personnes parce qu’entre la Terre et le Ciel : il est en effet le grand sacrificateur, celui qui transforme le profane en sacré, celui qui fait de l’union sexuelle un mariage sacré, de la naissance un baptême, de la mort une cérémonie religieuse qui offre un adieu spirituel à  l’aimé. Ce lien est représenté par le cercle implicite qui entoure chaque pointe des V. Désormais, grâce au Pape, la communauté est unie.

Le Pape est donc la figure de l’union, de la réunion, de la communauté, c’est donc la Carte par excellence des conciliateurs et réconciliateurs, et c’est à raison que les taromanciens y voient souvent d’abord la carte du mariage et des contrats. Mais cette union se dépasse elle-même en se sanctifiant. Le rôle par excellence des représentants du sacré sur terre consiste à transformer le profane en sacré. Ainsi, l’union sexuelle, déjà métamorphosée de reproductive qu’elle était dans le monde animal en relation d’intimité, s’élève jusqu’au mariage qui unit dans un acte sacré deux êtres qui s’aiment. Et il est en ainsi de toutes les expressions essentielles de la vie humaine au sein de la famille.

Le Pape est en effet représentant du premier degré de cette Verticale des V où officient La  Roue de Fortune, Le Diable et Le Jugement et qui est la verticale des calices spirituels (les V)où se jouent, donc, les personnalités  les plus inspirées et les plus inspirantes. A l’écoute du divin, recueillant son enseignement mais aussi son énergie elles diffusent la véritable connaissance aux autres hommes, soignent, guérissent et aident les autres. Il est donc juste aussi de voir, dans Le Pape, un enseignant et dans les figures qui l’écoutent des élèves, des étudiants, mais il incarne aussi le médecin et plus particulièrement les thérapeutes de l’âme. C’est un grand écoutant (comme le psychanalyste qui ne dit rien mais sait écouter) et on peut voir, dans le pentagramme qui l’incarne ses oreilles grandes ouvertes mais aussi le chapeau pointu de qui est branché dans le ciel (dans le Tarot, la tiare du Pape), ainsi qu’en bas, la barbe à deux directions, symbole du lien entre la Terre et le Ciel que représente l’Atout V).

La Structure du Tarot révèle le rôle de cet Atout V au sein de la famille qu’incarne le premier Niveau du Tarot : il est celui qui garde l’arrière de L’Empereur. C’est donc une des personnes qui peut le remplacer en cas de besoin (un frère du père, l’oncle de l’enfant, le meilleur ami, le Premier ministre, le directeur adjoint, etc.) et c’est aussi un protecteur de la communauté (un garde du corps, un puissant allié, etc.). Arrivant en dernier, dans ce niveau familial, Le pape représente enfin et surtout la personne qui permet de se détacher de la famille, le mentor personnel, celui qui permet d’aller plus loin, d’entrer dans la vie sociale. C’est donc, encore une fois, un enseignant (l’école et la classe représentant la seconde communauté après celle de la famille) et sa main, ses yeux, l’orientation de son corps indiquent clairement qu’il est temps pour les jeunes gens qui sont sous sa coupe de prendre le large.pape-web

Notons que la tiare du Pape, faite de trois couronnes représente l’importance du III, ou encore du Triangle au sein même du V. Le triangle est en effet démultiplié dans le pentagramme, et c’est, dans le Tarot, l’Atout qui est au cœur du premier Niveau, celui du Féminin de la Terre : L’Impératrice, comme la mère est cœur de la famille. Si le V est l’élément secret et subtil du réel, sous la forme de l’éther, le III, le féminin terrestre et sacré, est son centre, son essence, ce sans quoi, rien ne peut exister. Cela renvoie aussi bien sûr à la sainte trinité de la religion chrétienne, bien que les Tarot ne soient pas prisonniers de cette représentation traditionnelle du sacré.

Certains tarologues opposent l’enseignement oral du Pape à l’enseignement écrit de La Papesse, mais on ne voit pas Le Pape parler sur l’iconographie de l’Atout V. Il désigne la droite de la main et du regard, c’est-à-dire le chemin nouveau, l’avenir, l’activité, la nécessité de se mettre en route, à quoi il faut ajouter la présence des personnages à l’avant de la Carte qui montre l’importance de la réalité communautaire, quand La Papesse tournée vers la gauche et solitaire incarne le temps de la méditation, du repli sur soi, et de l’isolement. Son regard à elle est tourné franchement vers la gauche, et là encore on a une indication de passivité méditative. C’est une moniale, une femme qui a choisi le retrait pour mieux se retrouver, elle et son soi spirituel. Le Pape est au contraire un guide spirituel pour un groupe, une communauté, et dans sa plus belle expression, il ne dit pas ce qu’on doit penser, mais désigne du doigt l’expérience de la vie afin que chacun expérimente et apprenne à penser par lui-même, en tant qu’individu conscient et responsable. C’est ce qui fait que l’enseignement du Pape est socratique, tandis que celle de La Papesse passe par le silence et l’exemplarité.

En tant que membre de la Verticale du V, verticale des Calices du Tarot qui recueillent les émanations les plus subtiles du Ciel, Le Pape représente incontestablement tous les intermédiaires traditionnellement reconnus pour être des médiateurs entre le  profane et  le sacré. Dans Le Pape, on retrouvera donc toutes les personnes consacrées ou assimilées (le prêtre, le moine, l’imam, le rabbin, le brahman, etc.). Comme il ne se trouve qu’au premier Niveau de cette verticale, Le pape incarne cependant aussi la religion et les Églises dans leurs aspects les moins évolués : les rituels, croyances, hiérarchies qui souvent restent immatures et infantiles, les superstitions, le fanatisme, l’intolérance.

Pour dépasser cet obstacle que représente la religion comme tradition culturelle fermée et répétitive, celui qui ambitionne d’incarner Le Pape du Tarot dans ses plus beaux aspects doit apprendre à être aussi détaché que La Roue de Fortune au regard des traditions qui sont les siennes et accepter que les leçons véritables de la vie impliquent une relation au temps, au voyage, au transculturel. Il doit aussi devenir aussi laïque, sceptique, critique et intelligent que Le Diable qui représente le plus haut Niveau de conscience humaine avant l’éveil à la rosée du Ciel et la purification par l’athéisme de ce qui, dans la religion et les Églises relève de l’impureté antispirituelle. Enfin, il doit et devenir aussi intuitif et médiumnique, ou même prophétique que Le Jugement qui représente la sanctification la plus haute de la compape-goldenmunauté. Il doit surtout être capable d’élever son sens communautaire jusqu’à l’humanité entière et sa propre religion jusqu’au Temple universel qui ne se laisse jamais enfermer dans aucune religion mais les contient toutes. C’est pourquoi, la Carte complémentaire du Pape, c’est La Maison-Dieu.

Quand Le Pape intervient dans un tirage taromancien, il représente toujours une problématique de l’union, de la protection, de la religiosité, et de l’autonomisation.

En accord avec le premier Niveau du Tarot, Le Pape représente l’oncle de l’enfant, le frère du père, l’ami proche du père.

En accord avec le second Niveau du Tarot, Le Pape oriente vers les conciliateurs, réconciliateurs, marieurs (maires), ceux qui s’occupent des unions de toutes sortes (notaires), mais aussi les enseignants, et les directeurs de conscience : prêtres, imam, rabbins, etc.

En accord avec le troisième Niveau du Tarot, Le Pape parle de sectarisme, intolérance, fanatisme, divorce, séparations. Il enjoint de développer son sens de l’union, de faire l’effort des concessions, du pardon, de la réconciliation.

En accord avec le quatrième Niveau du Tarot, Le Pape est le grand sacrificateur : il transforme la matière en calice spirituel. Il est celui qui métamorphose les unions d’impulsions en unions spirituelles.

 



Atout IIII-L’Empereur

L’Empereur

Atout IIII

Protection du père tribal

Autorité et mâlitude

Territorialité, défense des frontières

Tyrannie patriarcale

4

C’est le nombre quatre et le carré qui donnent les clés de la signification de cet Atout : le carré est la figure la plus stable et la plus immobile. Alors que le triangle de la féminité change de signification selon que la pointe est en bas ou en haut, et qu’il peut s’associer à un autre triangle pour faire une étoile, le carré peut être mû certes, mais il reste absolument lui-même quelle que soit la position qu’on lui fait prendre. C’est donc un symbole de stabilité, de fermeté, de loyauté, de fermeture, de frontière bien gardées, de territoire, de rigidité, de concrétisation matérielle, de fixité, d’immobilité. L’Empereur en tirage parle toujours de quelqu’un de carré, dans tous les sens de cette symbolique (loyal, franc, direct, parfois brutal).

charlemageC’est aussi la première figure de la Verticale mâle des Atouts du Tarot, comme L’Impératrice est la première figure de la Verticale femelle. L’Empereur incarne dès lors l’époux, le père, le chef politique, le dirigeant, le directeur, et toute figure de l’autorité mâle dans une communauté.

Entièrement tourné vers la gauche où se situent l’enfant et la mère, regardant son épouse, ce n’est pas un aventurier rêvant de voyages et d’inconnu, mais au contraire un homme stable, aimant profondément sa compagne et sa famille, impliqué fortement dans sa communauté familiale (ce que symbolise son collier d’or et la ceinture qui le lie aux autres), un homme très protecteur (il est armé, casqué), veillant à l’ordre (son autorité est symbolisé par son bâton de pouvoir), imposant les règles et les limites à chacun (les frontières du carré), veillant à ce qu’aucun intrus vienne perturber sa communauté. Bien qu’assis sur son trône (autre symbole de pouvoir et d’autorité), il est à demi levé, prêt à combattre si besoin est.

L‘aiglon qui était encore très petit chez L’Impératrice du Tarot de Marseille a, ici, bien grandi dans la Carte de l’Empereur. Cela signifie que le rôle du Père est plus  important au fur et à mesure que l’enfant mûrit. Car c’est la figure du Père qui est la plus importante à l’adolescence, quand la figure de la mère prime dans la petite  enfance (sachant qu’il s’agit du père et de la mère symbolique, le père et la mère biologique jouant souvent les deux rôles). Les substituts du père que sont le chef politique, le gendarme, le juge sont aussi en jeu face à un adulte qui n’est pas suffisamment adulte.

Le genou plié de L’Empereur du Tarot de Marseille a une forte signification symbolique, certes il représente le 4 moderne, mais surtout, il manifeste la conscience profonde qu’a L’Empereur des  raisons de son pouvoir  et de son autorité : en tant que chef politique ou familial, il est le premier serviteur de l’État ou de sa famille (plier le genoux est toujours un signe  d’allégeance). Loin  d’imposer des règles dans un esprit pervers de voir plier les autres, il veut le bien général avant tout. C’est une personne dévouée à la communauté, et son dévouement est aussi la légitimité de son autorité.

Regardons le visage de L’Empereur : il est entièrement tourné vers la gauche, bien que le corps soit de trois quart. Cela signifie que le côté gauche de son visage est invisible. Être un homme implique souvent d’avoir caché sa féminité. Elle est là, mais invisible aux yeux des autres. Et c’est pourquoi le nombre secret de L’Empereur, ce qui lui manque pour aller à la réalisation ultime (le XXI) c’est L’Étoile, la jeune fille en fleur, l’anima, l’incarnation de la féminité virginale dans sa beauté. Aucun homme ne peut se réaliser pleinement dans sa virilité s’il n’admet pas en lui cette figure féminine de l’anima comme une composante secrète mais essentielle de son être.

Les frontières sont essentielles pour L’Empereur qui n’entend pas les agrandir (: l est tourné vers le passé (la gauche), vers la tradition, vers la transmission de ces traditions et non vers l’avenir (la droite). Mais il n’entend pas non plus diminuer les limitations de son territoire. Il en est le Gardien et le Protecteur. Et ces frontières sont symbolisées, dans le dessin du Tarot de Marseille, par le cercle de son bouclier. Le cercle, c’est la communauté.

The Emperor-RadiantDans le Rider, on voit des montagnes en fond de l’Atout : la montagne c’est la puissance inamovible, ce qu’on ne déplace pas, ce qui sert de frontière naturelle, et de  protection contre les ennemis, les envahisseurs.

Le siège de L’Empereur du Rider est en pierre. La pierre et les constructions en pierre, solides, aux contours bien tracés, correspondent à la symbolique du IIII de  L’Empereur. C’est quelqu’un qui réalise, concrétise les projets, et les rend aussi solides que son trône de pierre, mais aussi rigide.

En relation harmonique avec tous les Rois du Tarot, L’Empereur, l’Atout de l’homme dans sa masculinité, dans son autorité, dans son assise matérielle est particulièrement proche du Roi de Denier, à qui il donne son sens des réalités et du patrimoine. Il renvoie aussi aux métiers de la construction (architecte, maçon), de la protection (gendarme) et du patrimoine (notaire). Au  Roi de Bâton, il accorde son caractère guerrier tandis que ce dernier rajeunit L’Empereur et lui accorde un amour de l’aventure que ce dernier n’a pas tout seul. Il renvoie alors aux métiers de direction (chef d’entreprise, directeur d’école, président). Avec le  Roi des Épées, L’Empereur aiguise son intelligence, son sens de la justice, et de la diplomatie. Avec lui, on rencontre les juges. L’Empereur se retrouve dans l’amour paternel dont fait preuve, comme  aucun autre Roi, le Roi de Coupe. C’est essentiellement le père de famille qui est indiqué par cet Atout.

La Verticale des IIII nous apprend qu’un Père digne de ce nom qu’incarne, plus que tout autre chose, L’Empereur, mais aussi le Roi, le chef politique, le directeur, ne peut réaliser pleinement son rôle que s’il possède la sagesse de L’Hermite, la capacité de dialogue et d’inversion des hiérarchies de Tempérance, et la chaleur et le rayonnement ainsi que la capacité à aimer tous ses enfants (ou administrés) du Soleil.

L’Hermite est un père qui a abdiqué depuis longtemps. C’est un père qui donc ne vit pas la rivalité œdipienne comme le père biologique, en négatif, il représente un père trop âgé. Tempérance est le père-ami, le père qui n’est plus tant une figure d’autorité qui peut être vécu comme une tyrannie, qu’une oreille attentive qui échange ses expériences avec celle de son enfant, dans une relation complémentaire et non hiérarchique, en négatif, c’est le père copain qui revit son adolescence avec son enfant, et qui ne donne plus aucun repère en n’assumant pas son rôle de père. Le Soleil est le père de l’amour inconditionnel et égalitaire qui réchauffe de son amour tous ses enfants, mais il peut représenter, aussi, la brûlure de l’amour œdipien.

Le Père de substitution que représente L’Hermite qui se trouve au-dessus de L’Empereur représente le père du père, c’est-à-dire le grand-père (l’arrière-père), quand l’Atout qui se trouve à côté de L’Empereur, Le Pape, oriente plutôt vers l’oncle, ou le parrain. En cas de défaillance du père, ce sont ces hommes de la famille qui peuvent jouer le rôle essentiel à la constitution d’un moi solide de l’enfant.

Du point de vue spirituel, L’Empereur représente le Roi du Ciel. C’est la première figure du Dieu mâle, au sein du polythéisme comme du monothéisme (Yahvé-Dieu mais aussi Zeus par exemple), une sorte de Père tribal exalté et qui fixe ses règles, parfois de manière totalement arbitraire et absurde, assurant l’ordre dans la communauté des hommes, mais aussi une autorité sans limite. Nous sommes loin encore du Dieu solaire christique, dieu de l’amour et du pardon, même si le sceptre de L’Empereur se terminant par un globe solaire et la croix du Christ indique que tout père véritable incarne, à côté du père tribal antique et primitif de l’ordre, de la loi et de la frontière, le père solaire, ainsi que le conseil de sagesse (L’Hermite) et l’ami sur lequel l’enfant peut compter inconditionnellement (Tempérance).

Zeus_Louvre_G204En relation avec le premier Niveau du Tarot, L’Empereur représente le père de famille, le chef tribal, le chef communautaire.

En relation avec le second Niveau du Tarot, cet Atout IIII incarne les directeurs, les chefs politiques, mais aussi les maçons, les métiers de l’autorité, de la construction, des fondations. Il parle d’États nations, de frontières, de défense militaire de la nation.

En relation avec le troisième Niveau du Tarot, L’Empereur désigne le tyran et la tyrannie, la mâlitude excessive et le macho, le patriarcat historique de l’humanité. Rappelez-vous le visage de L’Empereur, le côté gauche est caché. Cela peut conduire à une sorte de mutilation psychique, le féminin étant renvoyé dans l’ombre de la personnalité. 

Cependant, ce 3e niveau du Tarot est aussi le moment où se développe les plus grandes qualités humaines : c’est alors le besoin de protéger les autres qu’incarne l’Atout IIII, le besoin d’éduquer les personnes immatures, en leur inculquant des limites.

En relation avec le quatrième Niveau du Tarot, L’Empereur représente le Père céleste et ses incarnations mythologiques (Zeus et Jupiter, Yahvé-Dieu, Vishnu, etc.).



Atout III-L’Impératrice

L’Impératrice

Atout III

Coeur de la communauté familiale, le foyer

Fécondité, créativité et perspicacité

Féminité et beauté 

Superficialité, surinvestissement de l’image et de l’apparence

Séduction perverse de la femme

Incarnation de la Mère divine

l_imperatrice

Ce qui ressort très clairement de la saisie du sens de chaque Atout par la structure dans laquelle il se situe, c’est l’importance du nombre qui l’accompagne. Avant d’être L’Impératrice, l’Atout est le IIIe. Avec le III, nous entrons dans la créativité.

Alors qu’avec le II, aucune figure liée n’est possible sans la disparition de l’un des I et son absorption par l’autre, ce qui conduit à saisir le II dans l’opposition ou dans la fusion, avec le III, nous avons la figure du triangle : un lien est fait, pour chaque trait (chaque I, chaque individualité), avec chacun des deux autres. Le triangle qui apparaît un peu partout dans cette figure  (coiffe, décorations de la robe, centre de la poitrine, posture des jambes), est le symbole de l’utérus, de le mise au monde de l’enfant. L’Impératrice est la Mère qui accouche. C’est la créatrice qui met au monde son œuvre.

Ce lien triangulaire est en outre la condition de toute créativité, qu’elle soit productive ou reproductive, car le triangle est la première surface et implique le lien entre  trois êtres qui fait un ensemble inexistant sans eux. Avec le III, c’est toujours l’enfantement qui est en jeu et qui implique un père, une mère et un enfant. L’Impératrice est dès lors le symbole de la fécondité, de la maturation d’une expression et de sa plénitude. C’est ce qu’a choisi de représenter le Rider, une femme dans la nature en plein été, juste avant la moisson.

Impératrice-Rider

Reliée à toutes les Reines du Tarot, L’Impératrice est en effet particulièrement en phase avec la Reine de Denier, la reine de la nature féconde, de la matérialité épanouie, la mère nourricière du Tarot. Le III est en effet le symbole, par excellence, de l’utérus, la matrice féminine reproductive : le personnage qui l’incarne, dans l’Atout III, a les jambes écartées, dans une posture qui indique clairement sa fécondité et l’importance de l’utérus matriciel en elle.

La Carte complémentaire de L’Impératrice, c’est La Lune. Cela signifie qu’une femme ne peut vivre pleinement sa féminité qu’en se sentant reliée aux forces mêmes de la Mère-nature dans sa fécondité infinie et sa créativité abondante, ainsi que dans sa beauté. En chaque femme parle l’intuition féminine, cette aptitude à se relier au savoir universel sans passer par les chaînes du raisonnement. Les femmes sont plus ouvertes que les hommes à la mémorisation du rêve et à sa compréhension, tout comme elles ont une aptitude naturelle à la médiumnité et à la voyance, même si ces aptitudes restent peu développées dans notre monde rationnel et encore très marqué par le patriarcat.

Le triangle dans sa symbolique est le déterminant du cercle et de la sphère, et d’abord du cercle familial. Tout cercle attire l’attention sur un centre, et L’Impératrice est ce centre : la mère est au cœur de toute famille, tout comme L’Impératrice est au cœur du premier Niveau des Atouts du Tarot, celui des matrices corporelles et psychiques, de la famille, et des expressions matérielles. L’Impératrice est en effet l’Atout qui unit, dans le Tarot, l’enfant (Le Bateleur) et la mère fusionnelle (La Papesse) d’une part, avec le père (L’Empereur) et l’oncle ou parrain (Le Pape) d’autre part. Tout son corps indique ce lien : sa main gauche porte l’écusson de l’aiglon, symbole de l’enfant, mais son regard et son sceptre penchent à droite où se situe L’Empereur, son époux. Si la mère de l’enfant ne fait pas le lien avec le père (c’est surtout vrai des pères traditionnels, peu maternants), ce lien a beaucoup plus de mal à se constituer, et à se constituer sur de bonnes bases.

Le triangle que représente L’Impératrice est aussi la forme ultime, forme de la perfection, de la Sainte Trinité, et c’est pourquoi cet Atout est aussi le symbole de la beauté féminine, de la grâce. Platon explique, dans Le Banquet, que celui qui est prêt à enfanter (un fils ou une oeuvre) doit vivre dans une atmosphère de beauté. Il a besoin de cette beauté comme le milieu naturel de l’enfantement. C’est pourquoi, le triangle, L’Impératrice et l’Atout III renvoient à cette beauté de la femme épanouie, de la femme dans sa maturité génitale.

Ce que nous apprend la Structure du Tarot, c’est à quel point, la féminité a besoin de cette triangulation des relations humaines pour s’épanouir complètement. L’Impératrice est autant la mère fusionnelle des premiers mois qu’incarne La Papesse, que l’épouse aimante tournée vers L’Empereur, que la femme active, engagée dans la vie sociale (La Justice, VIII, se situe dans la quintade supérieure, juste au-dessus de L’Impératrice). Elle ne peut, sans se mutiler elle-même, sans ressentir une profonde incomplétude, nier son besoin de maternité (Atout II et son écusson), ou son besoin d’investissement social (Atout VIII), ainsi que son besoin d’être aimée comme femme (Atout IIII).

Et L’Impératrice ne serait pas totalement épanouie, en tant que femme, si elle n’était pas soutenue par La Justice, la femme détachée, qui a coupé le cordon ombilical. La Justice est en effet au-dessus de L’Impératrice dans le Tarot en 5 Verticales. On voit cet envol de l’enfant dans la posture de l’Aigle de l’écusson que porte l’Impératrice. Il a les ailes déployées vers le haut, il est prêt à s’élever vers les airs. Toute femme doit accepter que son oeuvre, son enfant ne soit pas qu’à elle. Elle doit le/la porter pour le/la rendre autonome et qu’il/elle vive sa vie.

Cet aigle est aussi le symbole de son autorité. Celle-ci se déploie ici et maintenant, quand l’aigle de l’Empereur est au repos, les ailes baissées vers le bas, parce que L’Empereur jouit une autorité anciennement installée.

hera-01Le premier Niveau du Tarot (celui des matrices matérielles et affectives de l’être humain, en relation harmonique avec les Deniers et la Terre) incarne donc L’Impératrice dans une femme bien assise dans les expressions affectives et matérielles de sa vie. Elle règne sur son univers, son pouvoir étant autant réceptif qu’actif, et autant fait de séduction que d’autorité franche. Elle est la mère de l’enfant déjà sorti des premiers mois, le lien entre tous les membres de sa communauté dont elle est incontestablement le cœur, sans jamais fusionner complètement avec l’un d’entre eux, distribuant harmonieusement son attention entre tous (La Justice) .

C’est, dans son acception la plus simple : la mère nourricière, celle qui a nourri l’enfant de son sein, celle qui le nourrit de son attention, de son éducation, etc.

C’est aussi une femme qui ne se perd pas dans la famille, qui s’accomplit socialement (du fait de la présence, au-dessus d’elle de la Justice, Atout de la femme active). Enfin, cette femme sait qu’elle ne peut incarner, sur terre, la Mère divine (La Lune) qu’en acceptant que le don de la vie est toujours aussi un don de mort (Atout XIII). En négatif, elle représente la personne débordée par la triangulation qui ne parvient pas à organiser harmonieusement sa vie.

Le second Niveau du Tarot (celui des incarnations sociétales en relation harmonique avec les Bâtons et le Feu) voit dans l’Impératrice la carte de tout ce qui concerne la nourriture et les métiers en relation. Car n’oublions pas que la première image de la mère c’est la nourricière. Les métiers de la restauration sont donc en jeu. La boulangerie et la pâtisserie que les enfants aiment particulièrement, mais aussi les traiteurs, etc. sont représentés par L’Impératrice.

Un lien à l’accouchement et à la femme est aussi en jeu (gynécologue, sage-femme), avec l’éducation des jeunes enfants (professeur de maternelle, professeur des écoles).

Le chiffre 3 et son sens de créativité oriente L’Impératrice,vers les artistes et les écrivaines qui, au contraire de celles qui sont représentées par La Papesse, connaissent une notoriété sous son propre nom.

C’est aussi la femme en relation avec la beauté et la maison (esthéticienne, coiffeuse, décoratrice d’intérieur), avec les jardins familiaux (paysagiste).

Le troisième Niveau du Tarot (celui des épreuves et des vertus, en relation harmonique avec les Épées) nous emmène vers la séduction perverse de la femme (la femme vénale et la prostitution), la vanité, l’égocentrisme, la stérilité, l’hystérie, la femme active débordée par les excès de tâches dans le monde moderne où elle se veut aussi bien mère parfaite qu’épouse et maîtresse belle et séduisante, que femme engagée dans la vie sociale mais ne parvient à tout faire qu’au prix d’un stress ou d’une fatigue excessive. Avec La Papesse elle peut incarner  la mère araignée, ou au contraire un monde sans aucun centre, un monde où le lien social et familial est disjoint.

raphael-04Les vertus que représente particulièrement L’Impératrice du 3e Niveau, c’est d’une part le dépassement des apparences et de la seule beauté physique et la saisie d’une beauté supérieure, celle de l’âme. Mais surtout, L’Impératrice est alors nourrie par l’énergie de la Reine d’Épée et l’Atout XIII, et devient lucide sur la nature humaine. Elle ne se laisse plus déborder par les besoins des autres, elle a appris à dire non et à hiérarchiser ses priorités. Elle sait, qu’en donnant la vie, elle accorde aussi, nécessairement le don de la mort et de l’oubli. Impossible de vivre sans être, un jour, confronté à la mort, c’est cela, la dure lucidité de L’Impératrice au niveau III du Tarot. Déjà avec le niveau II et l’influence de la Justice, elle a appris le détachement nécessaire pour accomplir son rôle de mère dans l’équité et pour pouvoir s’investir dans la vie sociétale. Mais avec le niveau III, la coupure qu’elle doit affronter est bien plus importante et tranchée, c’est celle du deuil. Ainsi, L’Impératrice au niveau III est la femme plus âgée, et parfois jeune encore qui est ou fut affrontée à l’avortement, à la mort d’un proche, à la nécessité de se détacher de sa propre mèreJolie.

Le quatrième Niveau du Tarot (celui de la rosée spirituelle, en relation harmonique avec les Coupes) mène à la Reine de Coupe qui incarne L’Impératrice dans ses expressions les plus élevées, et  La Lune, l’Atout XVIII qui élève le féminin de la femme jusqu’à la fécondité d’une Nature tout entière.  L’Impératrice est alors une mère de famille particulièrement aimante, une femme engagée dans le monde pour des causes humanitaires, une artiste inspirée par la source divine et à la haute spiritualité. La mère biologique (ou adoptive) qu’est la mère terrestre devient le vecteur de la Mère céleste. A chacun de ses enfants elle transmet l’amour maternel le plus pur, celui qui n’ignore pas le poids de la vie et de la mort qui nourrit la réalité de notre monde, nécessairement limité.

Cette mère de famille aimante s’est incarné dans les Déesses de l’Antiquité et de diverses religions. C’est ainsi Héra pour les Grecs, Junon, pour les Latins, Lakshmi pour les Hindous. Mais c’est aussi Marie, mère de l’enfant Jésus, Dame du Monde, œuvrant à la transfiguration de la Terre par le cœur des êtres humains.



Atout II-La Papesse

La Papesse

Atout II

Sacralité femelle : la prêtresse, la moniale, la sorcière 

Le voilé, le secret, le caché

Méditer, prier

Germiner, préparer, concevoir

Se replier sur soi, s’isoler, se couper du monde

Fusionner, couver, materner, étouffer l’autre

Mère abusive, Mère araignée

Grand-mère

La Dame de tous les peuples

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Avec La Papesse, nous quittons  la question de l’Individualité, pour entrer dans celle de l’altérité que signalent les deux I de son nombre. Tant que la triangulation n’existe pas, et donc tant qu’on ne parvient pas à L’Impératrice et à la Verticale des III, le Tarot signale l’écueil de la relation humaine : négation d’autrui, négation de soi, opposition ou fusion tendent à exclure, hors de soi, ou à inclure, en soi, l’altérité.

Avec La Papesse, les deux expressions sont en jeu : elle désigne la mère fusionnelle qui inclut l’autre en soi, tout comme la personne qui se cache aux yeux de l’autre vécus comme intrusifs.

La Papesse est la Mère du II, celle qui porte en elle ou dans ses bras et sa vie, un autre que soi. Et cette première Mère, cette femme enceinte, cette mère des premiers mois de la vie, ne peut porter cet autre que parce qu’elle le fait sien absolument, niant en partie l’altérité qui la sépare de lui. Winnicott a parlé de cet état chez la Mère des premiers soins,  expliquant que si la personne individualisée qu’est la mère, n’amenuise pas l’épaisseur de ses murailles moïques, pour laisser filtrer, presque télépathiquement, les besoins de l’enfant, ce dernier ne peut pas être bien pris en charge. La fusion psychique est une nécessité à ce moment de la vie des deux êtres. Mais cet état de « préoccupation maternelle primaire » doit cesser dans le temps, sous peine que la bonne mère devienne une mère-araignée qui conserve, dans sa toile, des enfants prisonniers de sa trop grande sollicitude, de son excès d’amour fusionnel.

123-p-spin-spinneweb-170-1Et c’est ces enfants pris dans la toile de la Mère fusionnelle qu’est aussi La Papesse, que représente le Tarot : Le Chariot, ce golden boy qui réussit excellemment dans la vie sociale et publique, est porté par une mère secrète ou une arrière-mère qui assouvit ses propres besoins de reconnaissance sociale à travers lui. Gavé d’attentions maternelles, il ne s’engage pas, sérieusement, dans une relation d’amour, et ne construit pas sa vie familiale propre. Il est l’un des fils éternel de la mère. Léonardo dicaprio est ainsi un excellent exemple du Chariot. Le Pendu représente, quant-à lui, le fils handicapé, le fils en souffrance, le fils éternel du fait de ses limitations physiques. A travers Le Pendu, La Papesse satisfait un excessif besoin de se dévouer à son enfant tout en le maintenant sous son emprise. Et L’Etoile représente, quant-à elle,l’éternelle jeune fille, celle qui n’est pas destinée à être elle-même une mère, celle qui ne peut avoir de destin qu’en étant la deuxième femme, la maîtresse, parce qu’il n’y a qu’une mère possible dans son histoire, sa propre mère (et si elle se marie quand même, L’Etoile reste stérile). Arielle Dombasle représente bien cette femme éternellement virginale qu’est L’Étoile. A travers cette dernière, La Papesse, vieille femme maternelle, satisfait ses besoins féminin de jeunesse éternelle et de séduction à l’égard des hommes, tout en conservant la place unique qui est la sienne: celle de la Mère, unique et éternelle.

Papesse nous parle, aussi, de toutes les personnes qui tissent le lien entre les autres membres de la société (et entre les générations surtout) par les livres. Elles transmettent un savoir écrit ou bien conservent ce dernier. Les bibliothécaires, les enseignantes, les écrivaines sont particulièrement bien incarnées par elle. La Papesse, en effet, ne désigne pas les personnes qui agissent directement dans le monde (elle est totalement tournée vers la gauche, orientation de la passivité et de la réceptivité, et elle est assise), mais celles qui le transforment par un savoir ancien dont elles se font les transmetteurs. Ce sont toujours des personnes calmes, méticuleuses, précises, à l’esprit analytique. Beaucoup d’étude et travail en retrait.

La Papesse nous parle enfin de grande solitude, d’isolement, d’enfermement, mais aussi de l’obligation de porter un masque pour survivre ou être soi-même en secret. Elle incarne le gynécée, cet espace dédié aux femmes dans la maison, et le fait que, dans certaines cultures, elles n’ont pas accès à l’espace sociétal et publique. Elle représente aussi la femme musulmane qui emporte dans l’espace public, et autour de son corps, cette séparation d’un corps féminin objet d’un désir masculin insupportable à l’époux qui se croit le destinataire exclusif de la beauté féminine de son épouse, le voile représentant alors l’enfermement nomade des femmes, expression résiduelle d’un pouvoir patriarcal archaïque et oppressif. Mais ce Niveau est aussi celui du silence et de la méditation, de l’oraison monacale.

Cloitre_prieure_Saint-Michel_de_GrandmontLa Papesse nous parle encore de prison, de cloitre, de monastère, mais aussi du temps de la retraite, pour la femme âgée. Elle représente le grand âge de la femme, et donc la grand-mère du Tarot.

l’élément le plus important dans l’iconographie de la Papesse, c’est le voile qui cache son corps, ainsi que son trône. C’est le personnage le plus couvert du Tarot. En tant qu’Atout II, La Papesse a pour Carte complémentaire, Le Soleil qui incarne la Lumière, le dévoilement, la nudité de la vérité des êtres humains. C’est pourquoi, avec la fusion maternelle, le secret est l’une des deux significations majeures de l’Atout.

Sur un plan ésotérique, La Papesse représente de ce fait l’Adepte ou le Disciple de l’hermétisme et de l’alchimie qui avancent masqués dans une société qui ne peut les comprendre. Le secret entoure nécessairement le mystère de leurs activités. La Papesse, dans le milieu chrétien de l’émergence du Tarot, représente enfin l’expression féminine du sacerdoce, et les Tarots anglo-saxons, sous l’influence de Court de Gébelin,  ont renommé La Papesse, Grande Prêtresse. Cette fonction féminine du sacerdoce a été entravée dans nos sociétés patriarcales qui identifient le Divin à un principe exclusivement masculin, et elle n’a pu exister que dans le secret des rêves et celui des sociétés initiatiques. L’Adepte, qui créa le Tarot, a replace au centre de tout cheminement spirituel, ce médium féminin dont l’activité est absolument nécessaire à la spiritualisation du monde, le but ultime de tout son travail.

Marie est aussi la Mère fusionnelle parfaite, celle dont l’apparition dans les rêves éveillés, et selon G. Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, répare les déficiences la relation historique à la mère du rêveur. Sans époux véritable et sans autre enfant, elle est tout entière consacrée au Fils. Si ce symbole qu’est Marie pour tous les rêveurs, quelle que soit leur appartenance confessionnelle, possède une telle capacité de réhabilitation de la mère terrestre, c’est que Marie, comme La Papesse, règne sur les trois mondes de l’homme : inconscient, conscient et surconscient (ou encore la nature, la société des hommes, le Ciel), comme le montre la mitre à trois niveaux de la Papesse.

La Papesse est encore l’avatar christianisé d’Isis, le Principe divin féminin qui exista d’abord comme Ishtar, la Déesse mésopotamienne, puis Athéna, Diane et bien d’autres Déesses l’ont incarnée et elle réapparaît, dans le monde chrétien, sous la forme des Vierges Noires. Cette incarnation du Pouvoir féminin sacré a pour premier symbole, non La Lune comme l’a cru à tord le Tarot Rider, mais l’étoile à Huit branches qui se trouve, précisément, tout en haut de la Verticale des II qu’inaugure La Papesse, dans l’Atout XVII, porteur, lui aussi de la dualité de cette Verticale.

A terme, La Papesse spirituelle est vouée à la Jeunesse, à la Beauté et à la Nudité de l’Etoile, une nudité qui n’a rien d’impudique, parce que, quand le monde tout entier sera spiritualisé, l’humanité tout entière aura conquis un regard de pudeur respectueux sur l’autre qui n’aura nul besoin des voiles pour masquer son corps. Le voile alors, pas plus que le vêtement, ne sera nécessaire, chacun pouvant être pleinement lui-même, pleinement réalisé dans son être, sans craindre la vindicte sociale.

En relation avec le Niveau I du Tarot, La Papesse représente donc la mère enceinte, la mère fusionnelle, la mère des premiers mois de la vie, mais aussi la grand-mère.

En relation avec le Niveau II du Tarot, La Papesse oriente vers les métiers liés à l’accouchement (sage-femme), du livre (libraire, bibliothécaire, écrivaine), de transmission du savoir (enseignante), mais aussi les métiers du secret (service de renseignement, espionne), de l’occulte (sorcière, voyante, médium), et encore la femme voilée, la musulmane.

Il est indicateur d’un projet en phase de conception et de maturation.Dame de tous les peuples

En relation avec le Niveau III du Tarot, La Papesse parle de secret qui ronge, d’un étouffement liée à la famille, d’une fusion malsaine, d’une mère-araignée, d’une femme manipulatrice et perverse qui gère une toile et surveille ses proies, de sorcellerie, de magie noire, d’occultisme. Elle indique un masque, des personnes masquées, en apparence aimante, fusionnelles, et en réalité destructrice.

Avec ce Niveau III, La Papesse parle de prison pour femmes, de période de maladie, d’hospitalisation.

La lecture en Niveau III de La Papesse invite à cultiver l’étude, le silence, le secret, la méditation, l’oraison. Le véritable pouvoir de La Papesse réside dans la discrétion, dans l’initiation, dans l’appel secret au divin.

En lien avec le Niveau IV du Tarot, La Papesse représente tout d’abord les grandes prêtresses de l’Antiquité, les religieuses, le féminin sacré. Cet Atout II évoque aussi la Déesse-mère des Premiers Temps : Ishtar, Isis, Diane, Ashéra entrée dans l’ombre avec le monothéisme patriarcal, et dès lors la Déesse perdue par l’humanité, agissant dans l’ombre, prête désormais à se dévoiler.

C’est aussi l’Atout de l’initié caché sous un manteau social, la femme de savoir qui en sait bien plus long qu’elle ne le dit, l’Adepte qui travaille en secret au grand Œuvre.

C’est enfin Marie la mère de douleur et de consolation, la grande protectrice de l’humanité, la Dame de tous les peuples, et ses représentantes sur terre : toutes les moniales, mais aussi toutes les mères de la terre.



Atout I-Le Bateleur

Le Bateleur

ATOUT I

Commencement et potentialité

Enfance

Jeu et prise en main

Le grain de sénevé


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Le Bateleur représente le premier porteur du I du tarot. Le I se trouve dans tous les Atouts qui expriment une individualité intégrée ou en chemin d’intégration, c’est-à-dire un Soi, un soi-même en constitution ou constitué.

Deux Atouts expriment l’intégration parfaite : La Force (XI) et Le Monde (XXI). La Force représente la Discipline d’un être qui maîtrise toutes les expressions de la Terre de son être (représentée par le premier X du Tarot), Le Monde celle d’un être qui maîtrise toutes les expressions de la Terre et du Ciel de son être (représentés par les deux X). C’est pourquoi La Force et Le Monde sont les deux Atouts maîtres des As du Tarot qui expriment la maîtrise de leurs couleurs respectives.

L’Amoureux et La Maison-Dieu qui lient le I au V marquent au contraire une défaillance relative dans l’ordre de cette intégration, puisque cette dernière n’est portée que par la moitié d’un cycle, celui de la Terre pour L’Amoureux, celui du Ciel pour La Maison Dieu (la moitié d’un cycle est en effet représentée par le V, dont on voit clairement dans sa forme écrite qu’il n’est que la moitié du X, moitié tournée vers la terre pour la bas du X [^] et tourné vers le Ciel pour le haut du X [v].

Le Bateleur, cependant, est une intégration qui ne possède aucune réalisation propre. C’est un I accompagné d’aucun V, ni d’aucun X. Et l’on comprend dès lors l’iconographie qui le représente : le jeune homme qui se trouve sur la Carte est devant une table basse qui comporte une partie des éléments qui composent le Tarot : Coupe et Épée, tandis que lui-même s’en est emparé du Denier et du Bâton. Cette Individualité que représente le Bateleur commence à peine à s’affirmer, en s’emparant ainsi des deux premiers des quatre éléments fondamentaux (terre, feu, air, eau). Le Denier est l’expression de la Terre, quand le Bâton incarne le Feu.  Bien qu’il ait devant lui l’ensemble de ses potentialités, il ne peut, dans un premier temps, réaliser que celles qui correspondent au Cycle de la Terre des Atouts du Tarot : le corps et ses enveloppes matérielles d’une part, la société et ses expressions d’autre part sont les lieux où son énergie peut être canalisé. Le Ciel des épreuves, des grandes vertus, mais aussi des inspirations spirituelles ne lui est pas ouvert.

Annonçant L’Amoureux qui le surplombe dans la Verticale des I, Le Bateleur qui inaugure tout le système des Atouts du Tarot et qui incarne, de ce fait, le Commencement par excellence, est tiraillé par un choix : son corps manifeste qu’il hésite entre la part féminine, passive et réceptive qui est en lui et qui représente aussi les acquis et le passé [le bras gauche et le denier qu’il place au bas du ventre, autrement dit près du chakra sacré, le chakra des émotions et de l’énergie sexuelle] ou la part masculine, active et émissive, tournée vers l’avenir [le bras droit, levé, portant un petit bâton]. Ce tiraillement se voit dans la posture entière de son corps, dans l’orientation des pieds en particulier, dans son vêtement, et encore dans son couvre-chef.

Le visage du Bateleur penche cependant très clairement vers la gauche et son regard est tourné vers la Terre : il reste, à cette heure, une potentialité encore non réalisée et qu’il s’agit encore pour lui de recevoir l’aide dont il a besoin, plutôt que de pouvoir généreusement exprimer son Soi dans le monde. Il lui faut aussi commencer par la Terre : rien de concret n’est possible, pour le Nouveau qu’incarne le Bateleur, sans commencer par le commencement : satisfaire les besoins matériels.

La main gauche du Bateleur, qui est celle du passé, tient le petit Denier, élément de la Terre, en bas de son buste, signifiant que tout enfant est d’abord le résultat d’une hérédité, mais aussi d’une éducation, d’un milieu. Mais il n’est pas que cela. La façon dont il va investir cette éducation familiale est le lieu de sa créativité, ce que symbolise la baguette hardiment levée dans la main droite, main de l’avenir. Le Bateleur appuie sa créativité symbolisée par la baguette sur les acquis génétiques et éducationnels, son héritage, mais pour l’incarner d’une manière singulière.Pinocciorq5o8

Non seulement Le Bateleur représente l’enfance du Tarot, mais l’activité enfantine par excellence qu’est le jeu. Le jeu est la plus libre des activités humaines [le jeu obéit à des règles arbitraires qu’il se donne à lui-même], et la moins efficace parce que la plus gratuite [le jeu n’a pas pour but de produire un bien, un service, mais d’imiter les activités des adultes]. Le Bateleur est le joueur du Tarot, et par là, il peut être aussi un illusionniste [avec La Lune et Le Diable par exemple] et c’est d’ailleurs le premier sens du mot « Bateleur » (le prestidigitateur des foires): il est celui qui fait semblant dans son abord des choses. Il peut donc représenter un trompeur et un menteur.

Mais, en même temps, Le Bateleur est le seul personnage qui présente tout ce qu’il possède, tout ce qu’il est, devant lui. Il a mis son âme sur la table. Il est, de ce fait, le moins caché, le moins trompeur des personnages. C’est le plus exposé. C’est celui qui, comme l’enfant, n’a pas appris à voiler ses émotions, ses sentiments, pour les faire cadrer avec la pudeur sociale. C’est une transparence et une fragilité.

La place du Bateleur dans le système du Tarot, fait en outre de lui le plus jeune des personnages du Tarot et c’est pourquoi il est, avec L’Amoureux, l’Atout-maître par excellence des Valets du Tarot qui représentent les enfants, l’enfance, l’immaturité. Les quatre symboles qui sont sur cette iconographie [denier, bâton, épée et coupe] sont en réduction [on a plutôt des balles, un petit bâton, des poignards et un gobelet], car ce sont des jouets. L’enfant-Bateleur s’amuse, avec des jouets qui sont des réductions de ce qui, dans le monde des adultes, porte l’identité et l’activité. Tout le Tarot se trouve devant le personnage du Bateleur sous une forme simplement esquissée pour signifier que nous n’en sommes qu’aux  potentialités et aux choix qu’il faudra faire pour les réaliser.

Le Bateleur est entièrement tourné vers lui-même. Situé au commencement du Système des Atouts du Tarot, il ne regarde personne, même si son regard penche vers la terre. Il incarne, de ce fait, l’égocentrisme de la jeunesse qui ne peut se consacrer à autre chose qu’à sa propre croissance.

Il lui manque beaucoup de chose pour atteindre la plénitude du Monde, mais principalement une famille attentive qu’incarne Le Jugement où l’on voit une mère et un père aimant leur enfant sous le regard bienveillant de l’ange. Le potentiel du Bateleur doit naître, advenir pleinement au Monde par l’amour attentif d’un Père et d’une Mère spirituels. Si vous tirez cet Atout, cherchez un appui extérieur, un protecteur et mieux encore, deux protecteurs.

Le Bateleur, en tant que Premier I, possède en effet la possibilité, unique, d’un déploiement parfait dans le Cycle de la Terre, ce que représente aussi la lemniscate de son couvre-chef qui forme un 8 horizontal. On pourrait y voir la représentation potentielle de deux Cycles : celui de la Terre et celui du Ciel, mais ce 8 reste allongé, il n’est pas encore dans la posture verticale qui pourrait incarner ce Ciel et cette Terre complète des Atouts du Tarot. A ce stade, la lemniscate du couvre-chef du Bateleur ne représente que les deux premiers Niveaux du Cycle de la Terre ([faisant un doublet de signification avec la prise en main du petit denier et du petit bâton] : celui de la terre (ou du féminin, correspondant aux Deniers et à l’élément terre) de la Terre qui correspond aux  aux cinq premiers Atouts, et celui du ciel (ou du masculin, correspondant aux Bâton et au feu) de la Terre qui s’incarne dans les cinq Atouts suivants.

De ce fait, il y a une résonance particulière entre Le Bateleur, La Force et Le Monde : le premier n’est encore qu’une énergie ayant devant lui tout son potentiel, le second [La Force] incarne la parfaite maîtrise du Cycle de la Terre, intégré en une individualité qui se connaît elle-même et s’imprime dans le monde, le dernier [Le Monde] incarne la totalité du potentiel du Bateleur dans une intégration parfaite, où les deux Cycles de la Terre et du Ciel sont unifiés dans le I de l’individualité. C’est un chemin d’individuation que commence donc Le Bateleur. Sur un plan spirituel, le Bateleur est donc l’Individu dans sa première forme, ce soi-même que chacun porte en soi dès la naissance et qui cherche à se réaliser dans le monde.

Quand Le Bateleur apparaît, il signifie d’abord le Nouveau, le Commencement ou le recommencement de toutes choses, mais aussi l’enfance, l’égocentrisme, l’égoïsme, l’immaturité, le jeu, l’illusion, le mensonge, le tiraillement, le choix, le potentiel, l’engagement dans la matière [et donc les métiers artisanaux, de production de biens matériels], la nécessité de commencer par le commencement, de satisfaire aux besoins matériels du projet, de concrétiser les choses.

bateleur-magicienEn relation avec le Niveau I du Tarot, Le Bateleur parle de l’enfance et du petit dernier, du monde de l’enfance et du jeu.

En relation avec le Niveau II du Tarot, Le Bateleur oriente vers le commerce de foire, parle de démonstrateur, de prestidigitateur, d’amuseur public, de présentateur télé, de vendeurs de jouets, de sorciers, de mages et magiciens. Il indique le commencement d’une activité, et l’énergie du commencement. Il parle de choix d’orientation qui reste encore multiple. Il oriente vers les métiers manuels, artisanaux.

En relation avec le Niveau III du Tarot, Le Bateleur est indicateur d’immaturité, et d’un excès de transparence, d’une exposition de ses émotions, de ses atouts presque impudique ou imbécile. A l’inverse, il est traditionnellement le personnage du mensonge et de manipulation, voire de magie noire.

En relation avec le Niveau IV du Tarot, Le Bateleur parle de la Création à son commencement, dans la pureté originelle d’une Nature parfaitement informée. Il parle des grands Mages de l’imaginaire mythique, de Gandalf le Gris. Dans la mythologie chrétienne, Le Bateleur est l’Enfant premier, l’humanité adamique, faite de glèbe, promise à la Renaissance spirituelle, et à devenir la Réplique du Divin.

Il représente ce Nouveau, tout petit, mais profondément créatif. Le Nouveau créateur qui n’oublie jamais que la Création est un jeu. C’est le grain de sénevé planté par Jésus de Nazareth, le germe du Nouveau Monde, la graine du Royaume des Cieux. C’est le Vin Nouveau, celui qui livre l’Ivresse divine.

C’est encore  »la voie du tout petit » découverte par Thérèse de Lisieux.

« Jésus leur proposa une autre parabole, et il dit : le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. » Evangile selon Matthieu, 13, 31-32.

 



Atout 0-Le Mat

Le Mat

Atout zéro

Chaos, pauvreté, marginalité

Liberté, énergie pure, pulsion

Le pèlerin

le génie créatif

Le Mat

Le Mat est un Atout mystérieux. C’est d’abord par son nom que cette carte intrigue : que signifie Le Mat ? On donne généralement deux origines à ce terme.

L’une est arabe qui signifie « la mort », comme dans le jeu d’échecs qui se termine par cette formule : « échec et mat ! » et aurait accompagné les naibi, ces jeux de cartes des Mamelouks (ancienne milice des califes musulmans) et qui ressemblent aux cartes numérales du Tarot, mais en l’absence de tout atout.

L’autre généalogie, beaucoup plus vraisemblable, si on tient compte du de l’histoire des Tarots, rapproche Le Mat du terme italien « matto » qui désigne la folie. De fait, cet Atout peut être désigné indifféremment par la dénomination de « Mat » ou par l’ancien terme de « Fol ».

Le Mat interpelle ensuite par le fait que c’est le seul Atout sans nombre, d’où la difficulté qu’éprouvent les tarologues à le situer dans la structure globale du Tarot de Marseille. Est-il le premier des Atouts, correspondant en quelque sorte à un zéro non nommé ? Ou bien se situe-t-il au-delà de tous les nombres, ce qui fait que certains tarologues et taromanciens lui accordent la valeur 22, le 21 étant le dernier nombre des Atouts du tarot ?

Cette dernière interprétation, souvent utilisée dans les calcules tarologiques, n’a en réalité aucun fondement pour qui connaît la structure du tarot ainsi que son histoire. Le Tarot est né à la Renaissance, en Italie. Et en même temps, à peu près, que les Tarots émergaient – l’un des plus anciens jeu, celui dit de Visconti-Sforza, est peint au xve siècle – le monde occidental commençait à peine s’approprier la numérotation arabe (ou indienne) qui est la nôtre et qui comporte le nombre zéro.

Le zéro, qui n’existait pas pour les Romains, est en effet venu d’Inde, en passant par le monde arabe où il prit la forme numérale qu’on lui connaît (le « 0″ ) ouvrant la suite des 1, 2, 3, 4, etc. du monde moderne.

Or, le Tarot se situe encore dans une numérotation romaine qui reste pour longtemps encore utilisée en Europe et qui ne possède pas de désignation du zéro.

Le Fol-RiderLe tarot qui n’use que des chiffres romain ne pouvait donc signifier, par cette absence de nombre du Mat, que le chiffre nul, le néant d’avant le 1. Rien n’empêchait, au contraire, la numérotation du XXII, si ce n’est la logique même du tarot, qui s’arrête à XXI. Chaque X du XXI représente en effet un monde complet : la Terre d’abord, le Ciel ensuite, mais contenus dans  le I final de l’individualité intégrative qui contient en elle ces deux ensembles de la Terre et du Ciel. Il ne peut donc rien y avoir au-delà du XXI qui est l’aboutissement de la quête tarologique, quand une individualité a, tout en elle, du Ciel et de la Terre. 

Et voir, dans le Mat, le Divin (22) qui serait au-delà de la création, c’est décidément ne rien avoir compris non plus au cheminement même du Tarot qui vise, alchimiquement et hermétiquement, l’Union de la Terre et du Ciel en une individualité divinisée à la fois matérielle et divine.

La structure complète du Tarot conduit donc à ne voir dans le Mat qu’une Carte qui porte en elle le néant du zéro, néant innommé, et  qui fait pendant au Tout intégré en une individualité réalisée du XXI. Tandis que Le Monde représente l’Individu qui a tout en lui en une intégration parfaite, le Mat représente l’individualité qui n’est encore aucunement unifiée. C’est une pure potentialité qui part dans tous les sens, comme le montre le vêtement bariolé du Mat.

Dans le jeu de tarot qu’est aussi, ne l’oublions jamais, le Tarot de Marseille, Le Mat est « l’excuse » des joueurs et pour citer Court de Gébelin, qui témoigna de son rôle au sein du jeu de société qu’il découvrait : « Le Fou ne prend rien, rien ne le prend ». Aucune Carte n’a de prise sur lui. Il glisse en quelque sorte entre les mains de l’adversaire qui ne peut se l’approprier, car, hormis dans la dernière levée, il revient toujours à son propriétaire initial. Si un adversaire gagne le pli dans lequel se trouve l’excuse, celle-ci est en effet remplacée, à la volonté de son possesseur, par n’importe quelle Carte dont il voudrait se débarrasser. D’où son appellation, dans le Tarot moderne, par le terme de « mandoline » par référence au chanteur napolitain qui accompagne ses sérénades amoureuses de cet instrument de musique : le Mat exprime par là son pouvoir de narguer l’adversaire. L’excuse n’est pas dès lors sans rapport avec le Joker qui appartient aux jeux américains plus tardifs où il figure une sorte d’arlequin ou bouffon rieur qui change de valeur en fonction des besoins du joueur.

De ce fait, dans les calculs tarologiques, il représente toujours le zéro qui renvoie, en miroir, chaque carte à elle-même. Tirer une Papesse et Le Mat, outre les  significations précises de ces Cartes très différentes (immobilité – mouvement, vivre caché – vivre sans toit, féminité passive et réceptive – masculinité active et émissive, etc.) renvoie, par calcul, à la nécessité absolue de prendre en compte les indications de La Papesse qui se redouble en absorbant la force du Mat ; car 2 + 0 = 2. C’est comme si le Tarot nous disait que La Papesse n’ayant pas été intégrée est de nouveau sur le tapis.

visconti sforza le mat

 

En tant que zéro, il n’a sa place nulle part, et de fait, dans la structure du Tarot, il est en dehors de tout niveau et des ensembles qui représentent la Terre et le Ciel des Atouts. Mais, en tant qu’excuse du jeu, il a potentiellement sa place partout. « Il forme Atout » explique Court de Gébelin qui ajoute « il est de toutes couleurs ». S’il forme atout, c’est qu’il n’est pas un Atout en lui-même, mais peut avoir, momentanément, cette valeur, tout comme il prend la couleur qui convient. Les joueurs le considèrent comme un honneur et non comme un Atout. Tout fol avait, en effet, sa place dans les Cours d’antan, et dans le Tarot, on l’imagine très bien divertir les Figures des quatre Couleurs par ses cabrioles et ses calembours et en même temps qu’il éclaire ses souverains, osant dire la vérité comme personne. Sa parole se révèle, de ce fait, un puissant contre-pouvoir. Prenant un ton sérieux pour dire des fadaises, et il exprime des vérités déplaisantes, mais nécessaires, sur le ton de la plaisanterie. Il embrouille apparemment les esprits et, en réalité, les éclaire. Sa seule contrainte : adopter le masque du clown pour emmener le Roi vers plus de sagesse.

le-mat-1Regardez comment se tient le personnage sur cette Carte : on le voit presque que de dos. C’est même le seul personnage central qui a cette posture où la face du corps est invisible. On  ne voit que son visage parce qu’il tourne la tête violemment vers la droite. Et la posture qu’il adopte manifeste cette distorsion de son âme : il porte son baluchon sur l’épaule qui n’est pas celle de la main qui tient le bâton de ce baluchon. Essayez donc de voyager ainsi ! Avec cette main et ce visage, on le voit se diriger vers la droite, mais l’autre main et une partie du corps semble tourner vers l’autre côté. De même que ses vêtements sont bariolés, déchirés, cousus et décousus, son âme est profondément chaotique, ce que manifeste aussi ce chat-chien qui déchire sa jambière droite. Et curieusement, ce n’est pas la chair qu’il découvre, c’est le vêtement sous la chair. Tout est bizarre avec ce personnage qui à juste titre s’appelle aussi Le Fol.

Sur un plan tarologique, Le Mat représente le premier Atout d’avant le I, et le pont entre les Figures et le Ciel des Atouts. Alors que chacune des autres Cartes a une signification et une seule, celle qui leur est donnée par la place précise qu’elle occupe dans la hiérarchie du jeu, si l’on admet une proximité entre Le Mat et le Joker, cet Atout a une flexibilité qui le situe à la marge de tout cadre.

C’est pourquoi, il représente le marginal par excellence, celui qui se trouve sinon exclu, du moins toujours en quelque manière à côté de la communauté.

C’est, comme le montre l’illustration, un grand voyageur, l’éternel étranger, mais aussi un pèlerin. Il est idéaliste. Il lève les yeux au Ciel. Et il avance d’un grand pas, bâton à la main.

Entièrement tourné vers la droite, Le Mat est une carte qui possède une énergie très masculine, ce que corrobore la couleur rouge qu’on voit souvent sur son bâton.

Sans attache, Le Mat porte sur son dos la totalité de ses biens. D’où sa pauvreté aussi que met en avant le Triomphe Visconti Sforza. Totalement désintéressé, rien ne peut l’enfermer, car sa valeur par excellence, c’est la liberté. Aussi n’est-il pas quelqu’un qui s’engage, ni qui peut rester longtemps à la même place.

Bien évidemment que le terme de Fol indique la possibilité d’une difficulté psychologique, et la présence d’une psychopathologie. Il représente en particulier la schizophrénie qui est une pathologie par absence d’intégration des parties du psychisme et que manifeste son vêtement fait de pièces sans accords et bariolé.

(Pour la psychopathologie, La Lune indique le délire, Le Diable : la perversion, La Papesse : l’autisme, Le Pendu : le délire de persécution).

Mais le Mat a bien d’autres significations.

En tant que lié au zéro du Tarot, il désigne le néant divin et créateur qui préside secrètement à toute création et que toutes les spiritualités cherchent à atteindre par le silence intérieur et la méditation ou l’oraison. Le vide des espaces cosmiques infinis où ni le temps, ni l’espace, ni la différenciation des êtres par la fragmentation de l’être n’existe, possède en effet, et selon le physicien David Bohm, des ressources créatives inimaginables au regard de la réalité visible qui n’en serait qu’un déploiement infime. C’est à cette source que puise le génie créateur de l’artiste, de l’inventeur, du prodige.

Le Mat incarne dès lors les forces pulsionnelles de la nature, sexuelles, mais aussi créatrices ; et l’animal qui le talonne, chat ou chien, en est la représentation. Si c’est un chien, c’est la difficulté de s’intégrer que cette Carte incarne, et le fait que le conformisme lui est absolument inaccessible et ses représentants hostiles. Si c’est un chat, c’est sa propre singularité qui est ainsi représentée, et la puissance de ses intuitions. Du fait de sa marginalité, de son originalité, mais aussi de sa créativité, il représente en effet le génie créateur sous toutes ses formes artistique, scientifique, technique, etc.

EinsteinEinstein est ainsi un magnifique Mat, celui qui fait évoluer dans la rapidité toute une communauté, par la vision absolument singulière qui est la sienne, mais d’autres aussi, comme Mendel par exemple qui découvrit, en solitaire, les lois de l’hérédité qui s’imposèrent des décennies plus tard dans le monde scientifique.

Socrate, l’inventeur de la philosophie, est aussi un Mat particulièrement remarquable. Ce plus sage des hommes selon Apollon et La Pythie, sa prophétesse, est souvent apparu, aux yeux de bien de ses contemporains, comme un pauvre fou dont ils aimaient se railler. Toujours vêtu de son manteau grossier, et marchant pieds nus, il parcourait les rues d’Athènes à la recherche d’un interlocuteur avec qui dialoguer. Mais dialoguer avec Socrate, c’était une épreuve. C’était risquer de perdre tous ses repères, c’était toucher sa propre folie. C’est peu dire qu’affirmer que la rencontre avec Socrate pouvait se révéler fort désagréable. Toutes les certitudes s’effondraient et ceux qui, par exemple, se croyaient courageux, découvraient qu’ils ignorent tout du courage, ceux qui se pensaient vertueux ne savaient plus ce qu’est la vertu, etc. « Est-ce une manière de se présenter et une façon d’occuper son temps pour un homme fait ? » lui demandait Calliclès, qui lui reprochait le manque total de sérieux avec lequel, Socrate avançait,lui,  selon dans la vie. Vêtu aussi pauvrement que Le Mat du Tarot, tout aussi insaisissable, incompréhensible, ce fils de tailleur de pierre et d’une sage-femme, était pourtant l’ami des plus éminentes figures de l’aristocratie d’Athènes. Il n’appartenait à aucune classe sociale et s’adressait à tous de la même manière. Génie incontestable de son temps, il a fondé une discipline qui continue, à former la jeunesse au questionnement sur le sens de la vie humaine. Socrate fut mis à mort par des contemporains dépassés qu’ils furent par cette figure inclassable, mais il est resté dans le cœur de la Grèce comme un père spirituel inégalable et apparaît à tous comme l’un des plus grands sages de tous les temps.

Enfin, au sein de la représentation chrétienne, le Mat incarne la folie en croix, cette sage folie qui caractérise certains saints et à laquelle déjà les Évangiles font allusion. Ainsi, Jésus dans l’Évangile de Mathieu fait du fou un maître spirituel : « Si vous voulez connaître la vérité, interrogez un enfant ou un faible d’esprit » (Mt, 11, 22) . Syméon ou André et jusqu’à François d’Assise ont ainsi rejeté tous les rôles et carcans sociaux afin de dépasser les apparences et aller à l’essence mystique de la sagesse supérieure, celle qui se trouve au-delà du raisonnable.

Cette sagesse spirituelle conquise par la marginalité et la folie s’est particulièrement incarnée dans le pèlerinage qui mène à Compostelle. Aussi le Mat est-il la Carte, par excellence, du pèlerin et de tous ceux qui sont des voyageurs sans attache, mais en quête d’un trésor supérieur et spirituel.

Porteur d’un savoir secret, Le Mat  incarne enfin, particulièrement bien, l’alchimiste, ce vieux fou qui a passé sa vie à chercher l’impossible, et qui peut-être l’a trouvé en lui, l’emportant dans sa petite besace, marchant librement sous le ciel étoilé. Loin d’errer hors du centre de son être au contraire des autres hommes, il allait à l’essentiel : à la création d’un monde spirituel.

Quand Le Mat est en jeu dans un tirage taromancien, la folie, le pulsionnel, la maladie (comme désintégration holistique), l’absence d’intégration sociale et la marginalité, le fait d’être un étranger, la grande pauvreté, le nomadisme, mais aussi l’aventure, la découverte de nouveaux chemins, la créativité, l’alchimie, le génie sont potentiellement en jeu. S’il n’est pas l’Atout du divin qui est au-delà de toute représentation, il représente la source sombre, ténébreuse, chaotique, d’où tout vient, pour intervenir immédiatement dans un monde aux constructions bien ordonnées et changer la donne, en faisant surgir de nouvelles manières d’être au monde, imprévisibles au regard du passé, mais qui deviendront peut-être, demain, celles de tous les autres.

L’originalité du Mat peut en effet se révéler une originellité qui suit le chemin le plus authentique et le plus court pour aller au Monde.

A la lumière du Premier Niveau du Tarot, Le Mat renvoie de la période d’avant la conception, du membre de la famille inconnu, parti au loin, ayant coupé les ponts, s’étant marginalisé. Il parle aussi d’une personnalité très impulsive dans la famille. Parfois d’un membre ayant de gros problèmes psychiques. Il peut aussi exprimer un manque de structure familial, une famille avec des rôles non fixés, la mère devenant la fille, le père, le fils, la fille devenant la mère de ses parents, de ses frères et sœurs, etc.

IStFrancoisdassisevers11811226iconebyzantine1A la lumière du Second Niveau du Tarot, Le Mat parle d’une période de recommencement à zéro, d’un retour à la case départ, d’un départ en quittant tout, d’un déménagement, d’un changement de structure professionnel. Il parle des aliénistes, des infirmiers en hôpital psychiatrique, des médecins sans frontière, des métiers impliquant de très nombreux déplacements, l’impossibilité d’avoir un port d’attache.

A la lumière du Troisième Niveau du Tarot, Le Mat est principalement la Carte indiquant une personnalité sans intégration, un tissu moïque multiple, bigarré, et contradictoire, avec des forces pulsionnelles qui tendent à déborder. Indicateur d’une personnalité pulsionnelle incapable de se maîtriser, il peut  renvoyer à l’inceste et au viol, mais aussi au retour du refoulé, à la violence, à la colère qui déborde.

Il est aussi le signe de la perte des repères et même d’aliénation mentale.

Plus souvent, cependant, il indique simplement la marginalité et sa pauvreté extrême, la maladie, la solitude de qui est mis à l’écart de la société.

N’oublions pas que Le Mat a pour complémentaire Le Monde, l’Atout de l’intégration, et de la sociabilité. Pour être heureux, il lui faut aller sur le plus long chemin, celui qui le mènera à pouvoir enfin organiser son monde intérieur d’une manière unifiée.

A la lumière du Quatrième Niveau du Tarot, Le Mat est l’Atout du Tohu-Bohu d’avant la Création divine.

Il désigne le pèlerin,  l’alchimiste en chemin, mais aussi le génie humain.

Il est, encore,indicateur du vœux de pauvreté et de chasteté, du moine errant, de la folie en Dieu, et de saint François d’Assise et de l’ordre des franciscains.

Liliblue



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