Atout IIII-L’Empereur

L’Empereur

Atout IIII

Protection du père tribal

Père de l’ordre et de la loi

Autorité et mâlitude

Territorialité, défense des frontières

Tyrannie patriarcale

4

C’est le nombre quatre et le carré qui donnent les clés de la signification de cet Atout : le carré est la figure la plus stable et la plus immobile. Alors que le triangle de la féminité change de signification selon que la pointe est en bas ou en haut, et qu’il peut s’associer à un autre triangle pour faire une étoile, le carré peut être mû certes, mais il reste absolument lui-même quelle que soit la position qu’on lui fait prendre. C’est donc un symbole de stabilité, de fermeté, de loyauté, de fermeture, de frontière bien gardées, de territoire, de rigidité, de concrétisation matérielle, de fixité, d’immobilité. L’Empereur en tirage parle toujours de quelqu’un de carré, dans tous les sens de cette symbolique (loyal, franc, direct, parfois brutal).

charlemageC’est aussi la première figure de la Verticale mâle des Atouts du Tarot, comme L’Impératrice est la première figure de la Verticale femelle. L’Empereur incarne dès lors l’époux, le père, le chef politique, le dirigeant, le directeur, et toute figure de l’autorité mâle dans une communauté.

Entièrement tourné vers la gauche où se situent l’enfant et la mère, regardant son épouse, ce n’est pas un aventurier rêvant de voyages et d’inconnu, mais au contraire un homme stable, aimant profondément sa compagne et sa famille, impliqué fortement dans sa communauté familiale (ce que symbolise son collier d’or et la ceinture qui le lie aux autres), un homme très protecteur (il est armé, casqué), veillant à l’ordre (son autorité est symbolisé par son bâton de pouvoir), imposant les règles et les limites à chacun (les frontières du carré), veillant à ce qu’aucun intrus vienne perturber sa communauté. Bien qu’assis sur son trône (autre symbole de pouvoir et d’autorité), il est à demi levé, prêt à combattre si besoin est.

L‘aiglon qui était encore très petit chez L’Impératrice du Tarot de Marseille a, ici, bien grandi dans la Carte de l’Empereur. Cela signifie que le rôle du Père est plus  important au fur et à mesure que l’enfant mûrit. Car c’est la figure du Père qui est la plus importante à l’adolescence, quand la figure de la mère prime dans la petite  enfance (sachant qu’il s’agit du père et de la mère symbolique, le père et la mère biologique jouant souvent les deux rôles). Les substituts du père que sont le chef politique, le gendarme, le juge sont aussi en jeu face à un adulte qui n’est pas suffisamment adulte.

Le genou plié de L’Empereur du Tarot de Marseille a une forte signification symbolique, certes il représente le 4 moderne, mais surtout, il manifeste la conscience profonde qu’a L’Empereur des  raisons de son pouvoir  et de son autorité : en tant que chef politique ou familial, il est le premier serviteur de l’État ou de sa famille (plier le genoux est toujours un signe  d’allégeance). Loin  d’imposer des règles dans un esprit pervers de voir plier les autres, il veut le bien général avant tout. C’est une personne dévouée à la communauté, et son dévouement est aussi la légitimité de son autorité.

Regardons le visage de L’Empereur : il est entièrement tourné vers la gauche, bien que le corps soit de trois quart. Cela signifie que le côté gauche de son visage est invisible. Être un homme implique souvent d’avoir caché sa féminité. Elle est là, mais invisible aux yeux des autres. Et c’est pourquoi le nombre secret de L’Empereur, ce qui lui manque pour aller à la réalisation ultime (le XXI) c’est L’Étoile, la jeune fille en fleur, l’anima, l’incarnation de la féminité virginale dans sa beauté. Aucun homme ne peut se réaliser pleinement dans sa virilité s’il n’admet pas en lui cette figure féminine de l’anima comme une composante secrète mais essentielle de son être.

Les frontières sont essentielles pour L’Empereur qui n’entend pas les agrandir (: l est tourné vers le passé (la gauche), vers la tradition, vers la transmission de ces traditions et non vers l’avenir (la droite). Mais il n’entend pas non plus diminuer les limitations de son territoire. Il en est le Gardien et le Protecteur. Et ces frontières sont symbolisées, dans le dessin du Tarot de Marseille, par le cercle de son bouclier. Le cercle, c’est la communauté.

The Emperor-RadiantDans le Rider, on voit des montagnes en fond de l’Atout : la montagne c’est la puissance inamovible, ce qu’on ne déplace pas, ce qui sert de frontière naturelle, et de  protection contre les ennemis, les envahisseurs.

Le siège de L’Empereur du Rider est en pierre. La pierre et les constructions en pierre, solides, aux contours bien tracés, correspondent à la symbolique du IIII de  L’Empereur. C’est quelqu’un qui réalise, concrétise les projets, et les rend aussi solides que son trône de pierre, mais aussi rigide.

En relation harmonique avec tous les Rois du Tarot, L’Empereur, l’Atout de l’homme dans sa masculinité, dans son autorité, dans son assise matérielle est particulièrement proche du Roi de Denier, à qui il donne son sens des réalités et du patrimoine. Il renvoie aussi aux métiers de la construction (architecte, maçon), de la protection (gendarme) et du patrimoine (notaire). Au  Roi de Bâton, il accorde son caractère guerrier tandis que ce dernier rajeunit L’Empereur et lui accorde un amour de l’aventure que ce dernier n’a pas tout seul. Il renvoie alors aux métiers de direction (chef d’entreprise, directeur d’école, président). Avec le  Roi des Épées, L’Empereur aiguise son intelligence, son sens de la justice, et de la diplomatie. Avec lui, on rencontre les juges. L’Empereur se retrouve dans l’amour paternel dont fait preuve, comme  aucun autre Roi, le Roi de Coupe. C’est essentiellement le père de famille qui est indiqué par cet Atout.

La Verticale des IIII nous apprend qu’un Père digne de ce nom qu’incarne, plus que tout autre chose, L’Empereur, mais aussi le Roi, le chef politique, le directeur, ne peut réaliser pleinement son rôle que s’il possède la sagesse de L’Hermite, la capacité de dialogue et d’inversion des hiérarchies de Tempérance, et la chaleur et le rayonnement ainsi que la capacité à aimer tous ses enfants (ou administrés) du Soleil.

L’Hermite est un père qui a abdiqué depuis longtemps. C’est un père qui donc ne vit pas la rivalité œdipienne comme le père biologique, en négatif, il représente un père trop âgé. Tempérance est le père-ami, le père qui n’est plus tant une figure d’autorité qui peut être vécu comme une tyrannie, qu’une oreille attentive qui échange ses expériences avec celle de son enfant, dans une relation complémentaire et non hiérarchique, en négatif, c’est le père copain qui revit son adolescence avec son enfant, et qui ne donne plus aucun repère en n’assumant pas son rôle de père. Le Soleil est le père de l’amour inconditionnel et égalitaire qui réchauffe de son amour tous ses enfants, mais il peut représenter, aussi, la brûlure de l’amour œdipien.

Le Père de substitution que représente L’Hermite qui se trouve au-dessus de L’Empereur représente le père du père, c’est-à-dire le grand-père (l’arrière-père), quand l’Atout qui se trouve à côté de L’Empereur, Le Pape, oriente plutôt vers l’oncle, ou le parrain. En cas de défaillance du père, ce sont ces hommes de la famille qui peuvent jouer le rôle essentiel à la constitution d’un moi solide de l’enfant.

Du point de vue spirituel, L’Empereur représente le Roi du Ciel. C’est la première figure du Dieu mâle, au sein du polythéisme comme du monothéisme (Yahvé-Dieu mais aussi Zeus par exemple), une sorte de Père tribal exalté et qui fixe ses règles, parfois de manière totalement arbitraire et absurde, assurant l’ordre dans la communauté des hommes, mais aussi une autorité sans limite. Nous sommes loin encore du Dieu solaire christique, dieu de l’amour et du pardon, même si le sceptre de L’Empereur se terminant par un globe solaire et la croix du Christ indique que tout père véritable incarne, à côté du père tribal antique et primitif de l’ordre, de la loi et de la frontière, le père solaire, ainsi que le conseil de sagesse (L’Hermite) et l’ami sur lequel l’enfant peut compter inconditionnellement (Tempérance).

Zeus_Louvre_G204En relation avec le premier Niveau du Tarot, L’Empereur représente le père de famille, le chef tribal, le chef communautaire.

En relation avec le second Niveau du Tarot, cet Atout IIII incarne les directeurs, les chefs politiques, mais aussi les maçons, les métiers de l’autorité, de la construction, des fondations. Il parle d’États nations, de frontières, de défense militaire de la nation.

En relation avec le troisième Niveau du Tarot, L’Empereur désigne le tyran et la tyrannie, la mâlitude excessive et le macho, le patriarcat historique de l’humanité. Rappelez-vous le visage de L’Empereur, le côté gauche est caché. Cela peut conduire à une sorte de mutilation psychique, le féminin étant renvoyé dans l’ombre de la personnalité. 

Cependant, ce 3e niveau du Tarot est aussi le moment où se développe les plus grandes qualités humaines : c’est alors le besoin de protéger les autres qu’incarne l’Atout IIII, le besoin d’éduquer les personnes immatures, en leur inculquant des limites.

En relation avec le quatrième Niveau du Tarot, L’Empereur représente le Père céleste et ses incarnations mythologiques (Zeus et Jupiter, Yahvé-Dieu, Vishnu, etc.).



Atout III-L’Impératrice

L’Impératrice

Atout III

Coeur de la communauté familiale, le foyer

Fécondité, créativité et perspicacité

Féminité et beauté 

Superficialité, surinvestissement de l’image et de l’apparence

Séduction perverse de la femme

Incarnation de la Mère divine

l_imperatrice

Ce qui ressort très clairement de la saisie du sens de chaque Atout par la structure dans laquelle il se situe, c’est l’importance du nombre qui l’accompagne. Avant d’être L’Impératrice, C’est le IIIe Atout. Avec ce nombre III, nous entrons dans la créativité.

Alors qu’avec le II, aucune figure liée n’est possible sans la disparition de l’un des I et son absorption par l’autre, ce qui conduit à saisir le II dans l’opposition ou dans la fusion, avec le III, nous avons la figure du triangle : un lien est fait, pour chaque trait (chaque I, chaque individualité), avec chacun des deux autres. Le triangle qui apparaît un peu partout dans cette figure  (coiffe, décorations de la robe, centre de la poitrine, posture des jambes), est le symbole de l’utérus, de le mise au monde de l’enfant. L’Impératrice est la Mère qui accouche. C’est la créatrice qui met au monde son œuvre.

Ce lien triangulaire est en outre la condition de toute créativité, qu’elle soit productive ou reproductive, car le triangle est la première surface et implique le lien entre  trois êtres qui fait un ensemble inexistant sans eux. Avec le III, c’est toujours l’enfantement qui est en jeu et qui implique un père, une mère et un enfant. L’Impératrice est dès lors le symbole de la fécondité, de la maturation d’une expression et de sa plénitude. C’est ce qu’a choisi de représenter le Rider, une femme dans la nature en plein été, juste avant la moisson.

Impératrice-Rider

Reliée à toutes les Reines du Tarot, L’Impératrice est en effet particulièrement en phase avec la Reine de Denier, la reine de la nature féconde, de la matérialité épanouie, la mère nourricière du Tarot. Le III est en effet le symbole, par excellence, de l’utérus, la matrice féminine reproductive : le personnage qui l’incarne, dans l’Atout III, a les jambes écartées, dans une posture qui indique clairement sa fécondité et l’importance de l’utérus matriciel en elle.

La Carte complémentaire de L’Impératrice, c’est La Lune. Cela signifie qu’une femme ne peut vivre pleinement sa féminité qu’en se sentant reliée aux forces mêmes de la Mère-nature dans sa fécondité infinie et sa créativité abondante, ainsi que dans sa beauté. En chaque femme parle l’intuition féminine, cette aptitude à se relier au savoir universel sans passer par les chaînes du raisonnement. Les femmes sont plus ouvertes que les hommes à la mémorisation du rêve et à sa compréhension, tout comme elles ont une aptitude naturelle à la médiumnité et à la voyance, même si ces aptitudes restent peu développées dans notre monde rationnel et encore très marqué par le patriarcat.

triangle-CercleLe triangle dans sa symbolique est le déterminant du cercle et de la sphère, et d’abord du cercle familial. Tout cercle attire l’attention sur un centre, et L’Impératrice est ce centre : la mère est au cœur de toute famille, tout comme L’Impératrice est au cœur du premier Niveau des Atouts du Tarot, celui des matrices corporelles et psychiques, de la famille, et des expressions matérielles. L’Impératrice est en effet l’Atout qui unit, dans le Tarot, l’enfant (Le Bateleur) et la mère fusionnelle (La Papesse) d’une part, avec le père (L’Empereur) et l’oncle ou parrain (Le Pape) d’autre part. Tout son corps indique ce lien : sa main gauche porte l’écusson de l’aiglon, symbole de l’enfant, mais son regard et son sceptre penchent à droite où se situe L’Empereur, son époux. Si la mère de l’enfant ne fait pas le lien avec le père (c’est surtout vrai des pères traditionnels, peu maternants), ce lien a beaucoup plus de mal à se constituer, et à se constituer sur de bonnes bases.

Le triangle que représente L’Impératrice est aussi la forme ultime, forme de la perfection, de la Sainte Trinité, et c’est pourquoi cet Atout est aussi le symbole de la beauté féminine, de la grâce. Platon explique, dans Le Banquet, que celui qui est prêt à enfanter (un fils ou une oeuvre) doit vivre dans une atmosphère de beauté. Il a besoin de cette beauté comme le milieu naturel de l’enfantement. C’est pourquoi, le triangle, L’Impératrice et l’Atout III renvoient à cette beauté de la femme épanouie, de la femme dans sa maturité génitale.

Ce que nous apprend la Structure du Tarot, c’est à quel point, la féminité a besoin de cette triangulation des relations humaines pour s’épanouir complètement. L’Impératrice est autant la mère fusionnelle des premiers mois qu’incarne La Papesse, que l’épouse aimante tournée vers L’Empereur, que la femme active, engagée dans la vie sociale (La Justice, VIII, se situe dans la quintade supérieure, juste au-dessus de L’Impératrice). Elle ne peut, sans se mutiler elle-même, sans ressentir une profonde incomplétude, nier son besoin de maternité (Atout II et son écusson), ou son besoin d’investissement social (Atout VIII), ainsi que son besoin d’être aimée comme femme (Atout IIII).

Et L’Impératrice ne serait pas totalement épanouie, en tant que femme, si elle n’était pas soutenue par La Justice, la femme détachée, qui a coupé le cordon ombilical. La Justice est en effet au-dessus de L’Impératrice dans le Tarot en 5 Verticales. On voit cet envol de l’enfant dans la posture de l’Aigle de l’écusson que porte l’Impératrice. Il a les ailes déployées vers le haut, il est prêt à s’élever vers les airs. Toute femme doit accepter que son oeuvre, son enfant ne soit pas qu’à elle. Elle doit le/la porter pour le/la rendre autonome et qu’il/elle vive sa vie.

Cet aigle est aussi le symbole de son autorité. Celle-ci se déploie ici et maintenant, quand l’aigle de l’Empereur est au repos, les ailes baissées vers le bas, parce que L’Empereur jouit une autorité anciennement installée.

hera-01Le premier Niveau du Tarot (celui des matrices matérielles et affectives de l’être humain, en relation harmonique avec les Deniers et la Terre) incarne donc L’Impératrice dans une femme bien assise dans les expressions affectives et matérielles de sa vie. Elle règne sur son univers, son pouvoir étant autant réceptif qu’actif, et autant fait de séduction que d’autorité franche. Elle est la mère de l’enfant déjà sorti des premiers mois, le lien entre tous les membres de sa communauté dont elle est incontestablement le cœur, sans jamais fusionner complètement avec l’un d’entre eux, distribuant harmonieusement son attention entre tous (La Justice) .

C’est, dans son acception la plus simple : la mère nourricière, celle qui a nourri l’enfant de son sein, celle qui le nourrit de son attention, de son éducation, etc.

C’est aussi une femme qui ne se perd pas dans la famille, qui s’accomplit socialement (du fait de la présence, au-dessus d’elle de la Justice, Atout de la femme active). Enfin, cette femme sait qu’elle ne peut incarner, sur terre, la Mère divine (La Lune) qu’en acceptant que le don de la vie est toujours aussi un don de mort (Atout XIII). En négatif, elle représente la personne débordée par la triangulation qui ne parvient pas à organiser harmonieusement sa vie.

Le second Niveau du Tarot (celui des incarnations sociétales en relation harmonique avec les Bâtons et le Feu) voit dans l’Impératrice la carte de tout ce qui concerne la nourriture et les métiers en relation. Car n’oublions pas que la première image de la mère c’est la nourricière. Les métiers de la restauration sont donc en jeu. La boulangerie et la pâtisserie que les enfants aiment particulièrement, mais aussi les traiteurs, etc. sont représentés par L’Impératrice.

Un lien à l’accouchement et à la femme est aussi en jeu (gynécologue, sage-femme), avec l’éducation des jeunes enfants (professeur de maternelle, professeur des écoles).

Le chiffre 3 et son sens de créativité oriente L’Impératrice,vers les artistes et les écrivaines qui, au contraire de celles qui sont représentées par La Papesse, connaissent une notoriété sous son propre nom.

C’est aussi la femme en relation avec la beauté et la maison (esthéticienne, coiffeuse, décoratrice d’intérieur), avec les jardins familiaux (paysagiste).

Le troisième Niveau du Tarot (celui des épreuves et des vertus, en relation harmonique avec les Épées) nous emmène vers la séduction perverse de la femme (la femme vénale et la prostitution), la vanité, l’égocentrisme, la stérilité, l’hystérie, la femme active débordée par les excès de tâches dans le monde moderne où elle se veut aussi bien mère parfaite qu’épouse et maîtresse belle et séduisante, que femme engagée dans la vie sociale mais ne parvient à tout faire qu’au prix d’un stress ou d’une fatigue excessive. Avec La Papesse elle peut incarner  la mère araignée, ou au contraire un monde sans aucun centre, un monde où le lien social et familial est disjoint.

raphael-04Les vertus que représente particulièrement L’Impératrice du 3e Niveau, c’est d’une part le dépassement des apparences et de la seule beauté physique et la saisie d’une beauté supérieure, celle de l’âme. Mais surtout, L’Impératrice est alors nourrie par l’énergie de la Reine d’Épée et l’Atout XIII, et devient lucide sur la nature humaine. Elle ne se laisse plus déborder par les besoins des autres, elle a appris à dire non et à hiérarchiser ses priorités. Elle sait, qu’en donnant la vie, elle accorde aussi, nécessairement le don de la mort et de l’oubli. Impossible de vivre sans être, un jour, confronté à la mort, c’est cela, la dure lucidité de L’Impératrice au niveau III du Tarot. Déjà avec le niveau II et l’influence de la Justice, elle a appris le détachement nécessaire pour accomplir son rôle de mère dans l’équité et pour pouvoir s’investir dans la vie sociétale. Mais avec le niveau III, la coupure qu’elle doit affronter est bien plus importante et tranchée, c’est celle du deuil. Ainsi, L’Impératrice au niveau III est la femme plus âgée, et parfois jeune encore qui est ou fut affrontée à l’avortement, à la mort d’un proche, à la nécessité de se détacher de sa propre mèreJolie.

Le quatrième Niveau du Tarot (celui de la rosée spirituelle, en relation harmonique avec les Coupes) mène à la Reine de Coupe qui incarne L’Impératrice dans ses expressions les plus élevées, et  La Lune, l’Atout XVIII qui élève le féminin de la femme jusqu’à la fécondité d’une Nature tout entière.  L’Impératrice est alors une mère de famille particulièrement aimante, une femme engagée dans le monde pour des causes humanitaires, une artiste inspirée par la source divine et à la haute spiritualité. La mère biologique (ou adoptive) qu’est la mère terrestre devient le vecteur de la Mère céleste. A chacun de ses enfants elle transmet l’amour maternel le plus pur, celui qui n’ignore pas le poids de la vie et de la mort qui nourrit la réalité de notre monde, nécessairement limité.

Cette mère de famille aimante s’est incarné dans les Déesses de l’Antiquité et de diverses religions. C’est ainsi Héra pour les Grecs, Junon, pour les Latins, Lakshmi pour les Hindous. Mais c’est aussi Marie, mère de l’enfant Jésus, Dame du Monde, œuvrant à la transfiguration de la Terre par le cœur des êtres humains.



Atout II-La Papesse

La Papesse

Atout II

Sacralité femelle : la prêtresse, la moniale, la sorcière 

Le voilé, le secret, le caché

Méditer, prier

Germiner, préparer, concevoir

Se replier sur soi, s’isoler, se couper du monde

Fusionner, couver, materner, étouffer l’autre

Mère abusive, Mère araignée

Grand-mère

La Vierge au voile

La Dame de tous les peuples

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Avec La Papesse, nous quittons  la question de l’Individualité, pour entrer dans celle de l’altérité que signalent les deux I de son nombre. Tant que la triangulation n’existe pas, et donc tant qu’on ne parvient pas à L’Impératrice et à la Verticale des III, le Tarot signale l’écueil de la relation humaine : négation d’autrui, négation de soi, opposition ou fusion tendent à exclure, hors de soi, ou à inclure, en soi, l’altérité.

Avec La Papesse, les deux expressions sont en jeu : elle désigne la mère fusionnelle qui inclut l’autre en soi, tout comme la personne qui se cache aux yeux de l’autre vécus comme intrusifs.

La Papesse est la Mère du II, celle qui porte en elle ou dans ses bras et sa vie, un autre que soi. Et cette première Mère, cette femme enceinte, cette mère des premiers mois de la vie, ne peut porter cet autre que parce qu’elle le fait sien absolument, niant en partie l’altérité qui la sépare de lui. Winnicott a parlé de cet état chez la Mère des premiers soins,  expliquant que si la personne individualisée qu’est la mère, n’amenuise pas l’épaisseur de ses murailles moïques, pour laisser filtrer, presque télépathiquement, les besoins de l’enfant, ce dernier ne peut pas être bien pris en charge. La fusion psychique est une nécessité à ce moment de la vie des deux êtres. Mais cet état de « préoccupation maternelle primaire » doit cesser dans le temps, sous peine que la bonne mère devienne une mère-araignée qui conserve, dans sa toile, des enfants prisonniers de sa trop grande sollicitude, de son excès d’amour fusionnel.

123-p-spin-spinneweb-170-1Et c’est ces enfants pris dans la toile de la Mère fusionnelle qu’est aussi La Papesse, que représente le Tarot : Le Chariot, ce golden boy qui réussit excellemment dans la vie sociale et publique, est porté par une mère secrète ou une arrière-mère qui assouvit ses propres besoins de reconnaissance sociale à travers lui. Gavé d’attentions maternelles, il ne s’engage pas, sérieusement, dans une relation d’amour, et ne construit pas sa vie familiale propre. Il est l’un des fils éternel de la mère. Léonardo dicaprio est ainsi un excellent exemple du Chariot. Le Pendu représente, quant-à lui, le fils handicapé, le fils en souffrance, le fils éternel du fait de ses limitations physiques. A travers Le Pendu, La Papesse satisfait un excessif besoin de se dévouer à son enfant tout en le maintenant sous son emprise. Et L’Etoile représente, quant-à elle,l’éternelle jeune fille, celle qui n’est pas destinée à être elle-même une mère, celle qui ne peut avoir de destin qu’en étant la deuxième femme, la maîtresse, parce qu’il n’y a qu’une mère possible dans son histoire, sa propre mère (et si elle se marie quand même, L’Etoile reste stérile). Arielle Dombasle représente bien cette femme éternellement virginale qu’est L’Étoile. A travers cette dernière, La Papesse, vieille femme maternelle, satisfait ses besoins féminin de jeunesse éternelle et de séduction à l’égard des hommes, tout en conservant la place unique qui est la sienne: celle de la Mère, unique et éternelle.

Papesse nous parle, aussi, de toutes les personnes qui tissent le lien entre les autres membres de la société (et entre les générations surtout) par les livres. Elles transmettent un savoir écrit ou bien conservent ce dernier. Les bibliothécaires, les enseignantes, les écrivaines sont particulièrement bien incarnées par elle. La Papesse, en effet, ne désigne pas les personnes qui agissent directement dans le monde (elle est totalement tournée vers la gauche, orientation de la passivité et de la réceptivité, et elle est assise), mais celles qui le transforment par un savoir ancien dont elles se font les transmetteurs. Ce sont toujours des personnes calmes, méticuleuses, précises, à l’esprit analytique. Beaucoup d’étude et travail en retrait.

La Papesse nous parle enfin de grande solitude, d’isolement, d’enfermement, mais aussi de l’obligation de porter un masque pour survivre ou être soi-même en secret. Elle incarne le gynécée, cet espace dédié aux femmes dans la maison, et le fait que, dans certaines cultures, elles n’ont pas accès à l’espace sociétal et publique. Elle représente aussi la femme musulmane qui emporte dans l’espace public, et autour de son corps, cette séparation d’un corps féminin objet d’un désir masculin insupportable à l’époux qui se croit le destinataire exclusif de la beauté féminine de son épouse, le voile représentant alors l’enfermement nomade des femmes, expression résiduelle d’un pouvoir patriarcal archaïque et oppressif. Mais ce Niveau est aussi celui du silence et de la méditation, de l’oraison monacale.

Cloitre_prieure_Saint-Michel_de_GrandmontLa Papesse nous parle encore de prison, de cloitre, de monastère, mais aussi du temps de la retraite, pour la femme âgée. Elle représente le grand âge de la femme, et donc la grand-mère du Tarot.

l’élément le plus important dans l’iconographie de la Papesse, c’est le voile qui cache son corps, ainsi que son trône. C’est le personnage le plus couvert du Tarot. En tant qu’Atout II, La Papesse a pour Carte complémentaire, Le Soleil qui incarne la Lumière, le dévoilement, la nudité de la vérité des êtres humains. C’est pourquoi, avec la fusion maternelle, le secret est l’une des deux significations majeures de l’Atout.

Sur un plan ésotérique, La Papesse représente de ce fait l’Adepte ou le Disciple de l’hermétisme et de l’alchimie qui avancent masqués dans une société qui ne peut les comprendre. Le secret entoure nécessairement le mystère de leurs activités. La Papesse, dans le milieu chrétien de l’émergence du Tarot, représente enfin l’expression féminine du sacerdoce, et les Tarots anglo-saxons, sous l’influence de Court de Gébelin,  ont renommé La Papesse, Grande Prêtresse. Cette fonction féminine du sacerdoce a été entravée dans nos sociétés patriarcales qui identifient le Divin à un principe exclusivement masculin, et elle n’a pu exister que dans le secret des rêves et celui des sociétés initiatiques. L’Adepte, qui créa le Tarot, a replace au centre de tout cheminement spirituel, ce médium féminin dont l’activité est absolument nécessaire à la spiritualisation du monde, le but ultime de tout son travail.

Marie est aussi la Mère fusionnelle parfaite, celle dont l’apparition dans les rêves éveillés, et selon G. Romey, auteur du Dictionnaire de la Symbolique, répare les déficiences la relation historique à la mère du rêveur. Sans époux véritable et sans autre enfant, elle est tout entière consacrée au Fils. Si ce symbole qu’est Marie pour tous les rêveurs, quelle que soit leur appartenance confessionnelle, possède une telle capacité de réhabilitation de la mère terrestre, c’est que Marie, comme La Papesse, règne sur les trois mondes de l’homme : inconscient, conscient et surconscient (ou encore la nature, la société des hommes, le Ciel), comme le montre la mitre à trois niveaux de la Papesse.

La Papesse est encore l’avatar christianisé d’Isis, le Principe divin féminin qui exista d’abord comme Ishtar, la Déesse mésopotamienne, puis Athéna, Diane et bien d’autres Déesses l’ont incarnée et elle réapparaît, dans le monde chrétien, sous la forme des Vierges Noires. Cette incarnation du Pouvoir féminin sacré a pour premier symbole, non La Lune comme l’a cru à tord le Tarot Rider, mais l’étoile à Huit branches qui se trouve, précisément, tout en haut de la Verticale des II qu’inaugure La Papesse, dans l’Atout XVII, porteur, lui aussi de la dualité de cette Verticale.

A terme, La Papesse spirituelle est vouée à la Jeunesse, à la Beauté et à la Nudité de l’Etoile, une nudité qui n’a rien d’impudique, parce que, quand le monde tout entier sera spiritualisé, l’humanité tout entière aura conquis un regard de pudeur respectueux sur l’autre qui n’aura nul besoin des voiles pour masquer son corps. Le voile alors, pas plus que le vêtement, ne sera nécessaire, chacun pouvant être pleinement lui-même, pleinement réalisé dans son être, sans craindre la vindicte sociale.

La Vierge au voile bleuEn relation avec le Niveau I du Tarot, La Papesse représente donc la mère enceinte, la mère fusionnelle, la mère des premiers mois de la vie, mais aussi la grand-mère.

En relation avec le Niveau II du Tarot, La Papesse oriente vers les métiers liés à l’accouchement (sage-femme), du livre (libraire, bibliothécaire, écrivaine), de transmission du savoir (enseignante), mais aussi les métiers du secret (service de renseignement, espionne), de l’occulte (sorcière, voyante, médium), et encore la femme voilée, la musulmane.

Il est indicateur d’un projet en phase de conception et de maturation.Dame de tous les peuples

En relation avec le Niveau III du Tarot, La Papesse parle de secret qui ronge, d’un étouffement liée à la famille, d’une fusion malsaine, d’une mère-araignée, d’une femme manipulatrice et perverse qui gère une toile et surveille ses proies, de sorcellerie, de magie noire, d’occultisme. Elle indique un masque, des personnes masquées, en apparence aimante, fusionnelles, et en réalité destructrice.

Avec ce Niveau III, La Papesse parle de prison pour femmes, de période de maladie, d’hospitalisation.

La lecture en Niveau III de La Papesse invite à cultiver l’étude, le silence, le secret, la méditation, l’oraison. Le véritable pouvoir de La Papesse réside dans la discrétion, dans l’initiation, dans l’appel secret au divin.

En lien avec le Niveau IV du Tarot, La Papesse représente tout d’abord les grandes prêtresses de l’Antiquité, les religieuses, le féminin sacré. Cet Atout II évoque aussi la Déesse-mère des Premiers Temps : Ishtar, Isis, Diane, Ashéra entrée dans l’ombre avec le monothéisme patriarcal, et dès lors la Déesse perdue par l’humanité, agissant dans l’ombre, prête désormais à se dévoiler.

C’est aussi l’Atout de l’initié caché sous un manteau social, la femme de savoir qui en sait bien plus long qu’elle ne le dit, l’Adepte qui travaille en secret au grand Œuvre.

C’est enfin Marie la mère de douleur et de consolation, la grande protectrice de l’humanité, la Dame de tous les peuples, et ses représentantes sur terre : toutes les moniales, mais aussi toutes les mères de la terre.



Atout I-Le Bateleur

Le Bateleur

ATOUT I

Commencement et potentialité

Enfance

Jeu et prise en main

Le grain de sénevé


 bateleur2

Le Bateleur représente le premier porteur du I du tarot. Le I se trouve dans tous les Atouts qui expriment une individualité intégrée ou en chemin d’intégration, c’est-à-dire un Soi, un soi-même en constitution ou constitué.

Deux Atouts expriment l’intégration parfaite : La Force (XI) et Le Monde (XXI). La Force représente la Discipline d’un être qui maîtrise toutes les expressions de la Terre de son être (représentée par le premier X du Tarot), Le Monde celle d’un être qui maîtrise toutes les expressions de la Terre et du Ciel de son être (représentés par les deux X). C’est pourquoi La Force et Le Monde sont les deux Atouts maîtres des As du Tarot qui expriment la maîtrise de leurs couleurs respectives.

L’Amoureux et La Maison-Dieu qui lient le I au V marquent au contraire une défaillance relative dans l’ordre de cette intégration, puisque cette dernière n’est portée que par la moitié d’un cycle, celui de la Terre pour L’Amoureux, celui du Ciel pour La Maison Dieu (la moitié d’un cycle est en effet représentée par le V, dont on voit clairement dans sa forme écrite qu’il n’est que la moitié du X, moitié tournée vers la terre pour la bas du X [^] et tourné vers le Ciel pour le haut du X [v].

Le Bateleur, cependant, est une intégration qui ne possède aucune réalisation propre. C’est un I accompagné d’aucun V, ni d’aucun X. Et l’on comprend dès lors l’iconographie qui le représente : le jeune homme qui se trouve sur la Carte est devant une table basse qui comporte une partie des éléments qui composent le Tarot : Coupe et Épée, tandis que lui-même s’en est emparé du Denier et du Bâton. Cette Individualité que représente le Bateleur commence à peine à s’affirmer, en s’emparant ainsi des deux premiers des quatre éléments fondamentaux (terre, feu, air, eau). Le Denier est l’expression de la Terre, quand le Bâton incarne le Feu.  Bien qu’il ait devant lui l’ensemble de ses potentialités, il ne peut, dans un premier temps, réaliser que celles qui correspondent au Cycle de la Terre des Atouts du Tarot : le corps et ses enveloppes matérielles d’une part, la société et ses expressions d’autre part sont les lieux où son énergie peut être canalisé. Le Ciel des épreuves, des grandes vertus, mais aussi des inspirations spirituelles ne lui est pas ouvert.

Annonçant L’Amoureux qui le surplombe dans la Verticale des I, Le Bateleur qui inaugure tout le système des Atouts du Tarot et qui incarne, de ce fait, le Commencement par excellence, est tiraillé par un choix : son corps manifeste qu’il hésite entre la part féminine, passive et réceptive qui est en lui et qui représente aussi les acquis et le passé [le bras gauche et le denier qu’il place au bas du ventre, autrement dit près du chakra sacré, le chakra des émotions et de l’énergie sexuelle] ou la part masculine, active et émissive, tournée vers l’avenir [le bras droit, levé, portant un petit bâton]. Ce tiraillement se voit dans la posture entière de son corps, dans l’orientation des pieds en particulier, dans son vêtement, et encore dans son couvre-chef.

Le visage du Bateleur penche cependant très clairement vers la gauche et son regard est tourné vers la Terre : il reste, à cette heure, une potentialité encore non réalisée et qu’il s’agit encore pour lui de recevoir l’aide dont il a besoin, plutôt que de pouvoir généreusement exprimer son Soi dans le monde. Il lui faut aussi commencer par la Terre : rien de concret n’est possible, pour le Nouveau qu’incarne le Bateleur, sans commencer par le commencement : satisfaire les besoins matériels.

La main gauche du Bateleur, qui est celle du passé, tient le petit Denier, élément de la Terre, en bas de son buste, signifiant que tout enfant est d’abord le résultat d’une hérédité, mais aussi d’une éducation, d’un milieu. Mais il n’est pas que cela. La façon dont il va investir cette éducation familiale est le lieu de sa créativité, ce que symbolise la baguette hardiment levée dans la main droite, main de l’avenir. Le Bateleur appuie sa créativité symbolisée par la baguette sur les acquis génétiques et éducationnels, son héritage, mais pour l’incarner d’une manière singulière.Pinocciorq5o8

Non seulement Le Bateleur représente l’enfance du Tarot, mais l’activité enfantine par excellence qu’est le jeu. Le jeu est la plus libre des activités humaines [le jeu obéit à des règles arbitraires qu’il se donne à lui-même], et la moins efficace parce que la plus gratuite [le jeu n’a pas pour but de produire un bien, un service, mais d’imiter les activités des adultes]. Le Bateleur est le joueur du Tarot, et par là, il peut être aussi un illusionniste [avec La Lune et Le Diable par exemple] et c’est d’ailleurs le premier sens du mot « Bateleur » (le prestidigitateur des foires): il est celui qui fait semblant dans son abord des choses. Il peut donc représenter un trompeur et un menteur.

Mais, en même temps, Le Bateleur est le seul personnage qui présente tout ce qu’il possède, tout ce qu’il est, devant lui. Il a mis son âme sur la table. Il est, de ce fait, le moins caché, le moins trompeur des personnages. C’est le plus exposé. C’est celui qui, comme l’enfant, n’a pas appris à voiler ses émotions, ses sentiments, pour les faire cadrer avec la pudeur sociale. C’est une transparence et une fragilité.

La place du Bateleur dans le système du Tarot, fait en outre de lui le plus jeune des personnages du Tarot et c’est pourquoi il est, avec L’Amoureux, l’Atout-maître par excellence des Valets du Tarot qui représentent les enfants, l’enfance, l’immaturité. Les quatre symboles qui sont sur cette iconographie [denier, bâton, épée et coupe] sont en réduction [on a plutôt des balles, un petit bâton, des poignards et un gobelet], car ce sont des jouets. L’enfant-Bateleur s’amuse, avec des jouets qui sont des réductions de ce qui, dans le monde des adultes, porte l’identité et l’activité. Tout le Tarot se trouve devant le personnage du Bateleur sous une forme simplement esquissée pour signifier que nous n’en sommes qu’aux  potentialités et aux choix qu’il faudra faire pour les réaliser.

Le Bateleur est entièrement tourné vers lui-même. Situé au commencement du Système des Atouts du Tarot, il ne regarde personne, même si son regard penche vers la terre. Il incarne, de ce fait, l’égocentrisme de la jeunesse qui ne peut se consacrer à autre chose qu’à sa propre croissance.

Il lui manque beaucoup de chose pour atteindre la plénitude du Monde, mais principalement une famille attentive qu’incarne Le Jugement où l’on voit une mère et un père aimant leur enfant sous le regard bienveillant de l’ange. Le potentiel du Bateleur doit naître, advenir pleinement au Monde par l’amour attentif d’un Père et d’une Mère spirituels. Si vous tirez cet Atout, cherchez un appui extérieur, un protecteur et mieux encore, deux protecteurs.

Le Bateleur, en tant que Premier I, possède en effet la possibilité, unique, d’un déploiement parfait dans le Cycle de la Terre, ce que représente aussi la lemniscate de son couvre-chef qui forme un 8 horizontal. On pourrait y voir la représentation potentielle de deux Cycles : celui de la Terre et celui du Ciel, mais ce 8 reste allongé, il n’est pas encore dans la posture verticale qui pourrait incarner ce Ciel et cette Terre complète des Atouts du Tarot. A ce stade, la lemniscate du couvre-chef du Bateleur ne représente que les deux premiers Niveaux du Cycle de la Terre ([faisant un doublet de signification avec la prise en main du petit denier et du petit bâton] : celui de la terre (ou du féminin, correspondant aux Deniers et à l’élément terre) de la Terre qui correspond aux  aux cinq premiers Atouts, et celui du ciel (ou du masculin, correspondant aux Bâton et au feu) de la Terre qui s’incarne dans les cinq Atouts suivants.

De ce fait, il y a une résonance particulière entre Le Bateleur, La Force et Le Monde : le premier n’est encore qu’une énergie ayant devant lui tout son potentiel, le second [La Force] incarne la parfaite maîtrise du Cycle de la Terre, intégré en une individualité qui se connaît elle-même et s’imprime dans le monde, le dernier [Le Monde] incarne la totalité du potentiel du Bateleur dans une intégration parfaite, où les deux Cycles de la Terre et du Ciel sont unifiés dans le I de l’individualité. C’est un chemin d’individuation que commence donc Le Bateleur. Sur un plan spirituel, le Bateleur est donc l’Individu dans sa première forme, ce soi-même que chacun porte en soi dès la naissance et qui cherche à se réaliser dans le monde.

Quand Le Bateleur apparaît, il signifie d’abord le Nouveau, le Commencement ou le recommencement de toutes choses, mais aussi l’enfance, l’égocentrisme, l’égoïsme, l’immaturité, le jeu, l’illusion, le mensonge, le tiraillement, le choix, le potentiel, l’engagement dans la matière [et donc les métiers artisanaux, de production de biens matériels], la nécessité de commencer par le commencement, de satisfaire aux besoins matériels du projet, de concrétiser les choses.

bateleur-magicienEn relation avec le Niveau I du Tarot, Le Bateleur parle de l’enfance et du petit dernier, du monde de l’enfance et du jeu.

En relation avec le Niveau II du Tarot, Le Bateleur oriente vers le commerce de foire, parle de démonstrateur, de prestidigitateur, d’amuseur public, de présentateur télé, de vendeurs de jouets, de sorciers, de mages et magiciens. Il indique le commencement d’une activité, et l’énergie du commencement. Il parle de choix d’orientation qui reste encore multiple. Il oriente vers les métiers manuels, artisanaux.

En relation avec le Niveau III du Tarot, Le Bateleur est indicateur d’immaturité, et d’un excès de transparence, d’une exposition de ses émotions, de ses atouts presque impudique ou imbécile. A l’inverse, il est traditionnellement le personnage du mensonge et de manipulation, voire de magie noire.

En relation avec le Niveau IV du Tarot, Le Bateleur parle de la Création à son commencement, dans la pureté originelle d’une Nature parfaitement informée. Il parle des grands Mages de l’imaginaire mythique, de Gandalf le Gris. Dans la mythologie chrétienne, Le Bateleur est l’Enfant premier, l’humanité adamique, faite de glèbe, promise à la Renaissance spirituelle, et à devenir la Réplique du Divin.

Il représente ce Nouveau, tout petit, mais profondément créatif. Le Nouveau créateur qui n’oublie jamais que la Création est un jeu. C’est le grain de sénevé planté par Jésus de Nazareth, le germe du Nouveau Monde, la graine du Royaume des Cieux. C’est le Vin Nouveau, celui qui livre l’Ivresse divine.

C’est encore  »la voie du tout petit » découverte par Thérèse de Lisieux.

« Jésus leur proposa une autre parabole, et il dit : le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. » Evangile selon Matthieu, 13, 31-32.

 



Atout 0-Le Mat

Le Mat

Atout zéro

Chaos, pauvreté, marginalité

Liberté, énergie pure, pulsion

Le pèlerin

le génie créatif

Le Mat

Le Mat est un Atout mystérieux. C’est d’abord par son nom que cette carte intrigue : que signifie Le Mat ? On donne généralement deux origines à ce terme.

L’une est arabe qui signifie « la mort », comme dans le jeu d’échecs qui se termine par cette formule : « échec et mat ! » et aurait accompagné les naibi, ces jeux de cartes des Mamelouks (ancienne milice des califes musulmans) et qui ressemblent aux cartes numérales du Tarot, mais en l’absence de tout atout.

L’autre généalogie, beaucoup plus vraisemblable, si on tient compte du de l’histoire des Tarots, rapproche Le Mat du terme italien « matto » qui désigne la folie. De fait, cet Atout peut être désigné indifféremment par la dénomination de « Mat » ou par l’ancien terme de « Fol ».

Le Mat interpelle ensuite par le fait que c’est le seul Atout sans nombre, d’où la difficulté qu’éprouvent les tarologues à le situer dans la structure globale du Tarot de Marseille. Est-il le premier des Atouts, correspondant en quelque sorte à un zéro non nommé ? Ou bien se situe-t-il au-delà de tous les nombres, ce qui fait que certains tarologues et taromanciens lui accordent la valeur 22, le 21 étant le dernier nombre des Atouts du tarot ?

Cette dernière interprétation, souvent utilisée dans les calcules tarologiques, n’a en réalité aucun fondement pour qui connaît la structure du tarot ainsi que son histoire. Le Tarot est né à la Renaissance, en Italie. Et en même temps, à peu près, que les Tarots émergaient – l’un des plus anciens jeu, celui dit de Visconti-Sforza, est peint au xve siècle – le monde occidental commençait à peine s’approprier la numérotation arabe (ou indienne) qui est la nôtre et qui comporte le nombre zéro.

Le zéro, qui n’existait pas pour les Romains, est en effet venu d’Inde, en passant par le monde arabe où il prit la forme numérale qu’on lui connaît (le « 0″ ) ouvrant la suite des 1, 2, 3, 4, etc. du monde moderne.

Or, le Tarot se situe encore dans une numérotation romaine qui reste pour longtemps encore utilisée en Europe et qui ne possède pas de désignation du zéro.

Le Fol-RiderLe tarot qui n’use que des chiffres romain ne pouvait donc signifier, par cette absence de nombre du Mat, que le chiffre nul, le néant d’avant le 1. Rien n’empêchait, au contraire, la numérotation du XXII, si ce n’est la logique même du tarot, qui s’arrête à XXI. Chaque X du XXI représente en effet un monde complet : la Terre d’abord, le Ciel ensuite, mais contenus dans  le I final de l’individualité intégrative qui contient en elle ces deux ensembles de la Terre et du Ciel. Il ne peut donc rien y avoir au-delà du XXI qui est l’aboutissement de la quête tarologique, quand une individualité a, tout en elle, du Ciel et de la Terre. 

Et voir, dans le Mat, le Divin (22) qui serait au-delà de la création, c’est décidément ne rien avoir compris non plus au cheminement même du Tarot qui vise, alchimiquement et hermétiquement, l’Union de la Terre et du Ciel en une individualité divinisée à la fois matérielle et divine.

La structure complète du Tarot conduit donc à ne voir dans le Mat qu’une Carte qui porte en elle le néant du zéro, néant innommé, et  qui fait pendant au Tout intégré en une individualité réalisée du XXI. Tandis que Le Monde représente l’Individu qui a tout en lui en une intégration parfaite, le Mat représente l’individualité qui n’est encore aucunement unifiée. C’est une pure potentialité qui part dans tous les sens, comme le montre le vêtement bariolé du Mat.

Dans le jeu de tarot qu’est aussi, ne l’oublions jamais, le Tarot de Marseille, Le Mat est « l’excuse » des joueurs et pour citer Court de Gébelin, qui témoigna de son rôle au sein du jeu de société qu’il découvrait : « Le Fou ne prend rien, rien ne le prend ». Aucune Carte n’a de prise sur lui. Il glisse en quelque sorte entre les mains de l’adversaire qui ne peut se l’approprier, car, hormis dans la dernière levée, il revient toujours à son propriétaire initial. Si un adversaire gagne le pli dans lequel se trouve l’excuse, celle-ci est en effet remplacée, à la volonté de son possesseur, par n’importe quelle Carte dont il voudrait se débarrasser. D’où son appellation, dans le Tarot moderne, par le terme de « mandoline » par référence au chanteur napolitain qui accompagne ses sérénades amoureuses de cet instrument de musique : le Mat exprime par là son pouvoir de narguer l’adversaire. L’excuse n’est pas dès lors sans rapport avec le Joker qui appartient aux jeux américains plus tardifs où il figure une sorte d’arlequin ou bouffon rieur qui change de valeur en fonction des besoins du joueur.

De ce fait, dans les calculs tarologiques, il représente toujours le zéro qui renvoie, en miroir, chaque carte à elle-même. Tirer une Papesse et Le Mat, outre les  significations précises de ces Cartes très différentes (immobilité – mouvement, vivre caché – vivre sans toit, féminité passive et réceptive – masculinité active et émissive, etc.) renvoie, par calcul, à la nécessité absolue de prendre en compte les indications de La Papesse qui se redouble en absorbant la force du Mat ; car 2 + 0 = 2. C’est comme si le Tarot nous disait que La Papesse n’ayant pas été intégrée est de nouveau sur le tapis.

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En tant que zéro, il n’a sa place nulle part, et de fait, dans la structure du Tarot, il est en dehors de tout niveau et des ensembles qui représentent la Terre et le Ciel des Atouts. Mais, en tant qu’excuse du jeu, il a potentiellement sa place partout. « Il forme Atout » explique Court de Gébelin qui ajoute « il est de toutes couleurs ». S’il forme atout, c’est qu’il n’est pas un Atout en lui-même, mais peut avoir, momentanément, cette valeur, tout comme il prend la couleur qui convient. Les joueurs le considèrent comme un honneur et non comme un Atout. Tout fol avait, en effet, sa place dans les Cours d’antan, et dans le Tarot, on l’imagine très bien divertir les Figures des quatre Couleurs par ses cabrioles et ses calembours et en même temps qu’il éclaire ses souverains, osant dire la vérité comme personne. Sa parole se révèle, de ce fait, un puissant contre-pouvoir. Prenant un ton sérieux pour dire des fadaises, et il exprime des vérités déplaisantes, mais nécessaires, sur le ton de la plaisanterie. Il embrouille apparemment les esprits et, en réalité, les éclaire. Sa seule contrainte : adopter le masque du clown pour emmener le Roi vers plus de sagesse.

le-mat-1Regardez comment se tient le personnage sur cette Carte : on le voit presque que de dos. C’est même le seul personnage central qui a cette posture où la face du corps est invisible. On  ne voit que son visage parce qu’il tourne la tête violemment vers la droite. Et la posture qu’il adopte manifeste cette distorsion de son âme : il porte son baluchon sur l’épaule qui n’est pas celle de la main qui tient le bâton de ce baluchon. Essayez donc de voyager ainsi ! Avec cette main et ce visage, on le voit se diriger vers la droite, mais l’autre main et une partie du corps semble tourner vers l’autre côté. De même que ses vêtements sont bariolés, déchirés, cousus et décousus, son âme est profondément chaotique, ce que manifeste aussi ce chat-chien qui déchire sa jambière droite. Et curieusement, la chair qu’il découvre, est blessée, griffée, marquée par l’animal qui bondit derrière Le Mat, comme si l’impulsivité du Mat le blessait lui avant tout autre. Tout est bizarre avec ce personnage qui à juste titre s’appelle aussi Le Fol.

Sur un plan tarologique, Le Mat représente le premier Atout d’avant le I, et le pont entre les Figures et le Ciel des Atouts. Alors que chacune des autres Cartes a une signification et une seule, celle qui leur est donnée par la place précise qu’elle occupe dans la hiérarchie du jeu, si l’on admet une proximité entre Le Mat et le Joker, cet Atout a une flexibilité qui le situe à la marge de tout cadre.

C’est pourquoi, il représente le marginal par excellence, celui qui se trouve sinon exclu, du moins toujours en quelque manière à côté de la communauté.

C’est, comme le montre l’illustration, un grand voyageur, l’éternel étranger, mais aussi un pèlerin. Il est idéaliste. Il lève les yeux au Ciel. Et il avance d’un grand pas, bâton à la main.

Entièrement tourné vers la droite, Le Mat est une carte qui possède une énergie très masculine, ce que corrobore la couleur rouge qu’on voit souvent sur son bâton.

Sans attache, Le Mat porte sur son dos la totalité de ses biens. D’où sa pauvreté aussi que met en avant le Triomphe Visconti Sforza. Totalement désintéressé, rien ne peut l’enfermer, car sa valeur par excellence, c’est la liberté. Aussi n’est-il pas quelqu’un qui s’engage, ni qui peut rester longtemps à la même place.

Bien évidemment que le terme de Fol indique la possibilité d’une difficulté psychologique, et la présence d’une psychopathologie. Il représente en particulier la schizophrénie qui est une pathologie par absence d’intégration des parties du psychisme et que manifeste son vêtement fait de pièces sans accords et bariolé.

(Pour la psychopathologie, La Lune indique le délire, Le Diable : la perversion, La Papesse : l’autisme, Le Pendu : le délire de persécution).

Mais le Mat a bien d’autres significations.

En tant que lié au zéro du Tarot, il désigne le néant divin et créateur qui préside secrètement à toute création et que toutes les spiritualités cherchent à atteindre par le silence intérieur et la méditation ou l’oraison. Le vide des espaces cosmiques infinis où ni le temps, ni l’espace, ni la différenciation des êtres par la fragmentation de l’être n’existe, possède en effet, et selon le physicien David Bohm, des ressources créatives inimaginables au regard de la réalité visible qui n’en serait qu’un déploiement infime. C’est à cette source que puise le génie créateur de l’artiste, de l’inventeur, du prodige.

Le Mat incarne dès lors les forces pulsionnelles de la nature, sexuelles, mais aussi créatrices ; et l’animal qui le talonne, chat ou chien, en est la représentation. Si c’est un chien, c’est la difficulté de s’intégrer que cette Carte incarne, et le fait que le conformisme lui est absolument inaccessible et ses représentants hostiles. Si c’est un chat, c’est sa propre singularité qui est ainsi représentée, et la puissance de ses intuitions. Du fait de sa marginalité, de son originalité, mais aussi de sa créativité, il représente en effet le génie créateur sous toutes ses formes artistique, scientifique, technique, etc.

EinsteinEinstein est ainsi un magnifique Mat, celui qui fait évoluer dans la rapidité toute une communauté, par la vision absolument singulière qui est la sienne, mais d’autres aussi, comme Mendel par exemple qui découvrit, en solitaire, les lois de l’hérédité qui s’imposèrent des décennies plus tard dans le monde scientifique.

Socrate, l’inventeur de la philosophie, est aussi un Mat particulièrement remarquable. Ce plus sage des hommes selon Apollon et La Pythie, sa prophétesse, est souvent apparu, aux yeux de bien de ses contemporains, comme un pauvre fou dont ils aimaient se railler. Toujours vêtu de son manteau grossier, et marchant pieds nus, il parcourait les rues d’Athènes à la recherche d’un interlocuteur avec qui dialoguer. Mais dialoguer avec Socrate, c’était une épreuve. C’était risquer de perdre tous ses repères, c’était toucher sa propre folie. C’est peu dire qu’affirmer que la rencontre avec Socrate pouvait se révéler fort désagréable. Toutes les certitudes s’effondraient et ceux qui, par exemple, se croyaient courageux, découvraient qu’ils ignorent tout du courage, ceux qui se pensaient vertueux ne savaient plus ce qu’est la vertu, etc. « Est-ce une manière de se présenter et une façon d’occuper son temps pour un homme fait ? » lui demandait Calliclès, qui lui reprochait le manque total de sérieux avec lequel, Socrate avançait,lui,  selon dans la vie. Vêtu aussi pauvrement que Le Mat du Tarot, tout aussi insaisissable, incompréhensible, ce fils de tailleur de pierre et d’une sage-femme, était pourtant l’ami des plus éminentes figures de l’aristocratie d’Athènes. Il n’appartenait à aucune classe sociale et s’adressait à tous de la même manière. Génie incontestable de son temps, il a fondé une discipline qui continue, à former la jeunesse au questionnement sur le sens de la vie humaine. Socrate fut mis à mort par des contemporains dépassés qu’ils furent par cette figure inclassable, mais il est resté dans le cœur de la Grèce comme un père spirituel inégalable et apparaît à tous comme l’un des plus grands sages de tous les temps.

Enfin, au sein de la représentation chrétienne, le Mat incarne la folie en croix, cette sage folie qui caractérise certains saints et à laquelle déjà les Évangiles font allusion. Ainsi, Jésus dans l’Évangile de Mathieu fait du fou un maître spirituel : « Si vous voulez connaître la vérité, interrogez un enfant ou un faible d’esprit » (Mt, 11, 22) . Syméon ou André et jusqu’à François d’Assise ont ainsi rejeté tous les rôles et carcans sociaux afin de dépasser les apparences et aller à l’essence mystique de la sagesse supérieure, celle qui se trouve au-delà du raisonnable.

Cette sagesse spirituelle conquise par la marginalité et la folie s’est particulièrement incarnée dans le pèlerinage qui mène à Compostelle. Aussi le Mat est-il la Carte, par excellence, du pèlerin et de tous ceux qui sont des voyageurs sans attache, mais en quête d’un trésor supérieur et spirituel.

Porteur d’un savoir secret, Le Mat  incarne enfin, particulièrement bien, l’alchimiste, ce vieux fou qui a passé sa vie à chercher l’impossible, et qui peut-être l’a trouvé en lui, l’emportant dans sa petite besace, marchant librement sous le ciel étoilé. Loin d’errer hors du centre de son être au contraire des autres hommes, il allait à l’essentiel : à la création d’un monde spirituel.

Quand Le Mat est en jeu dans un tirage taromancien, la folie, le pulsionnel, la maladie (comme désintégration holistique), l’absence d’intégration sociale et la marginalité, le fait d’être un étranger, la grande pauvreté, le nomadisme, mais aussi l’aventure, la découverte de nouveaux chemins, la créativité, l’alchimie, le génie sont potentiellement en jeu. S’il n’est pas l’Atout du divin qui est au-delà de toute représentation, il représente la source sombre, ténébreuse, chaotique, d’où tout vient, pour intervenir immédiatement dans un monde aux constructions bien ordonnées et changer la donne, en faisant surgir de nouvelles manières d’être au monde, imprévisibles au regard du passé, mais qui deviendront peut-être, demain, celles de tous les autres.

L’originalité du Mat peut en effet se révéler une originellité qui suit le chemin le plus authentique et le plus court pour aller au Monde.

A la lumière du Premier Niveau du Tarot, Le Mat renvoie de la période d’avant la conception, du membre de la famille inconnu, parti au loin, ayant coupé les ponts, s’étant marginalisé. Il parle aussi d’une personnalité très impulsive dans la famille. Parfois d’un membre ayant de gros problèmes psychiques. Il peut aussi exprimer un manque de structure familial, une famille avec des rôles non fixés, la mère devenant la fille, le père, le fils, la fille devenant la mère de ses parents, de ses frères et sœurs, etc.

IStFrancoisdassisevers11811226iconebyzantine1A la lumière du Second Niveau du Tarot, Le Mat parle d’une période de recommencement à zéro, d’un retour à la case départ, d’un départ en quittant tout, d’un déménagement, d’un changement de structure professionnel. Il parle des aliénistes, des infirmiers en hôpital psychiatrique, des médecins sans frontière, des métiers impliquant de très nombreux déplacements, l’impossibilité d’avoir un port d’attache.

A la lumière du Troisième Niveau du Tarot, Le Mat est principalement la Carte indiquant une personnalité sans intégration, un tissu moïque multiple, bigarré, et contradictoire, avec des forces pulsionnelles qui tendent à déborder. Indicateur d’une personnalité pulsionnelle incapable de se maîtriser, il peut  renvoyer à l’inceste et au viol, mais aussi au retour du refoulé, à la violence, à la colère qui déborde.

Il est aussi le signe de la perte des repères et même d’aliénation mentale.

Plus souvent, cependant, il indique simplement la marginalité et sa pauvreté extrême, la maladie, la solitude de qui est mis à l’écart de la société.

N’oublions pas que Le Mat a pour complémentaire Le Monde, l’Atout de l’intégration, et de la sociabilité. Pour être heureux, il lui faut aller sur le plus long chemin, celui qui le mènera à pouvoir enfin organiser son monde intérieur d’une manière unifiée.

A la lumière du Quatrième Niveau du Tarot, Le Mat est l’Atout du Tohu-Bohu d’avant la Création divine.

Il désigne le pèlerin,  l’alchimiste en chemin, mais aussi le génie humain.

Il est, encore,indicateur du vœux de pauvreté et de chasteté, du moine errant, de la folie en Dieu, et de saint François d’Assise et de l’ordre des franciscains.

Liliblue



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